Nos prisons sont des passoires, 132 détenus évadés en un trimestre



Jacaranda

Les fonctionnaires de l’administration pénitentiaire ne vont pas aimer certainement le qualificatif que nous avons donné à nos maisons carcérales, mais ils ne peuvent pas non plus déformer les réalités. Oui, nos prisons sont de véritables passoires. Et le monde entier en parle depuis l’évasion du tristement célèbre Arfa Houcine. Ce n’est pas que lui, puisqu’à Antanimora, pas plus tard que le week-end dernier, une personne condamnée à perpétuité a pris la clé des champs. Lui et ses deux compères, un violeur et un criminel ont escaladé le mur pour retrouver la liberté. Hier aussi, dans la même maison centrale, deux prisonniers ont tenté le même coup, mais ils n’ont pas réussi. Deux versions sur ce fait. Ils ont essayé de gagner le quartier des femmes détenues, certainement dictés par leurs pulsions. Deuxième version, ils ont pris cette option pour s’évader par la suite. Dans les deux cas, ils ont échoué. Ajouter à ces quelques cas, l’évasion massive d’Ikongo en décembre dernier, celle d’Ambatondrazaka, en passant par Ankazobe, ou encore celle de Vatomandry. En tout, notre rétrospective assortie d’un petit calcul indique 132 détenus évadés en un trimestre. Sans parler de celles que nous ne connaissons pas, puisque nombreux sont les détenus retrouvant leur « liberté » sous la formule classique de la MOP (Main d’Œuvre Pénale). Focus et rétrospective sur les évasions depuis l’année dernière.

En réalité, des questions fusent quant à la manière dont notre administration pénitentiaire gère les prisons de ce pays quand on pense aux circonstances de la plupart de ces actes d’évasion. La dernière en date est celle commise par trois détenus à la Maison centrale d’Antanimora, dans la nuit du samedi 10 au dimanche 11 février. Ces prisonniers reconnus dangereux ont pu s’échapper en se servant peut-être selon les dires des gardiens leurs draps pour escalader le mur de leur cellule. Pour ceux qui ont déjà visité ce lieu qui est fortement protégé, une telle astuce ne devrait être efficace pour éviter le système de sécurité de ce centre de détention. On admet que ces infrastructures sont vétustes et ne sont pas équipées des outils de surveillance ultra moderne comme les prisons des pays développés. Mais l’effectif des agents qui s’occupent de la sécurisation de cet endroit serait assez suffisant pour empêcher une évasion de ce genre. C’est pourquoi, beaucoup soupçonnent la possibilité d’une complicité bien organisée dans cette affaire. D’autant plus que, selon les informations, les responsables de cet établissement n’auraient pas informé les forces de l’ordre de l’existence de cette évasion que le dimanche après-midi si l’on entend les informations recueillies auprès des forces de l’ordre. Ces dernières qui devront être les premières alertées dans ce cas.

120 évadés à Ankazobe. Mais le pire dans les conditions de détention dans les prisons de ce pays est d’entendre dire qu’il y a des prisonniers qui bénéficieraient d’une faveur par rapport à leurs pairs. Ce n’est pas la première fois qu’on entend dire qu’un individu censé être enfermé dans une prison quelconque se trouve en liberté. On ne sait pas pourquoi, ce fait existe, mais le problème est de voir que ce traitement qui fait régner l’impunité a déjà un impact négatif à l’administration de nos prisons. Ce qui s’est passé à Ankazobe le 13 décembre en était la preuve. Un groupe de personnes ont attaqué la maison d’arrêt d’Ankazobe après avoir vu que deux prisonniers censés croupir dans cette prison courent toujours. En effet, ce groupe de personnes s’y est rendu pour vérifier si ces prisonniers étaient bel et bien sur les lieux tout en réclamant qu’ils leur soient livrés pour subir la vindicte populaire. Malheureusement, ces gens furieux sont allés jusqu’à envahir la prison et faire sortir tous les prisonniers. Depuis, la plupart des évadés ne sont jamais repris jusqu’ici.

112 évadés à Ikongo. Le cas d’Ankazobe n’était pas isolé. Toujours au mois de décembre 2017, le même phénomène a eu lieu dans le district d’Ikongo. Le 13 décembre, 600 villageois en colère, voulant la mort de dix individus incarcérés dans la prison de la localité se sont rendus sur place afin de faire justice eux-mêmes. Ils font évader 112 détenus. Ces villageois ont parcouru 50 kilomètres depuis leur village. Munis de haches, de sagaies et de couteaux de boucher, ils voulaient sortir du pénitencier dix détenus incarcérés pour meurtre depuis le mois de mai et les exécuter eux-mêmes, pour venger les familles des victimes originaires du village. Mais les détenus en question n’étaient plus dans la prison quand les villageois ont forcé la porte. Hasard du calendrier, ces prisonniers avaient été transférés la veille par les autorités dans une prison plus sûre, au sud de Madagascar. Les autorités savaient bien que ces incarcérations étaient contestées au sein de la communauté, mais ne s’attendaient pas à une telle déferlante. Les agents pénitentiaires, débordés, n’ont rien pu faire. On raconte cette scène pour montrer que ce serait le système judiciaire du pays en général qui est remis en cause dans ce problème de sécurité dans nos prisons.

Tsiafahy. Mais ce qui s’est passé à Tsiafahy la nuit du samedi 7 au dimanche 8 octobre 2017 s’avère incroyable. Qualifiée de  maison de force, ce centre de détention devrait être le plus sécurisé du pays. Mais, cette dénomination ne serait qu’une façade. Cette nuit-là, cinq détenus de la Maison de force de Tsiafahy ont réussi à s’échapper de ce lieu d’incarcération réservé aux grands criminels. Selon les informations, les fugitifs auraient troué le mur de leur cellule pour sortir de ce lieu. Reste à savoir, comment ils ont procédé pour éviter les gardiens qui sont censés être très prudents. Ce qui a étonné dans ce cas d’évasion est entendre que 24 heures après cet acte, aucun avis officiel n’ait été publié par l’administration pénitentiaire. Une polémique similaire a été suscitée par l’évasion spectaculaire du ressortissant français Arfa Houcine, qui fait encore couler beaucoup d’encre. Expliquant la manière dont ce détenu de Tsiafahy a pu s’enfuir de la prison, la Ministre de la Justice a précisé qu’elle n’était informée de cette évasion que vers 17 heures alors que celle-ci a eu lieu dans la matinée. Ce qui signifierait qu’il y avait anguille sous roche. Nous savons tous la suite.

11 évadés à Ambatondrazaka. Un autre cas qui devrait attirer l’attention des autorités :le cas d’une évasion massive à Ambatondrazaka dans la nuit de samedi 22 à dimanche 23 septembre. Onze détenus ont pu s’échapper de la maison d’arrêt de ce district. Les  prisonniers ont pris la poudre d’escampette , samedi, aux alentours de 23h 30. Les gardes semblent n’y avoir vu que du feu. Aucun coup de feu n’a été de surcroît signalé au moment des faits, laissant ainsi croire que les  fuyards n’ont rencontré aucune résistance. On cite ce dernier cas pour conclure que l’insécurité est galopante dans les prisons de ce pays.


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5 Comments - Write a Comment

  1. Quels sont vos arguments pour qualifier Houcine Arfa de  » tristement célèbre « . Le fait qu’il a lâcher des milliers d’euros à des vautours ou le fait de l’enterrer vivant avant d’être juger, dans un procès transparent et équitable . Il est clair que votre raisonnement est tout à fait personnel et sans fondement. Très étonnant pour un journal, de ne pas respecter la neutralité . Mais une certitude, on déjà sait pour qui vous… chiffonner.

  2. Tout ça c’est à cause de la dégradation rapide de la mentalité des Malgaches. Pourquoi auparavant ce n’était pas aussi flagrant que ça les évasions ?
    Et, je ne suis pas pessimiste mais pragmatique que, si l’on ne rectifie pas la source de tous ces maux, un jour, ce seraient les gens biens qui seront incarcérées

  3. Il est vrai que la vétusté de nos prisons combinée au manque de moyens des agents pénitentiaires ont facilité ces évasions. Néanmoins, on ne peut exclure la possibilité de complicité de certains de ces agents.

  4. On se demande bien à quoi et en quoi servent ces « magistrats », ces « officiers haut-gradés », ces « olom-boafidy », ces olom-boatendry », ces « manam-pahefana », ces « olom-panjakana », ces « olo-maventy » si à la fin, on en est là actuellement, que chacun fasse ce qui lui semble juste ou légitime et pire: légal. Dommage que tant que « ça ne les touche ni ne les concerne pas au haut point », et bien, vive la gabegie et l’anarchie. Aleo fa samy ho tsarain’ny tantara sy taranaka fara aman-dimby eto isika rehetra.

  5. En lisant cet article, ça fait vraiment froid dans le dos. Effectivement ce ne sont que les parties emergé de l’iceberg. Je ne peux pas en vouloir au personnel de l’administration pénitentiaire. C’est facile de les accuser. C’est le travail le plus difficile et même ingrats. Ces personnes en détention sont des personnesrejetées par la société, dangereux. Mais les moyens pour les contenir ne sont pas à la hauteur de ce demande cette tâche.
    Nos politiciens n’ont jamais eu l’idée de construire d’autres prison ultras sécurisée parce qu’ils savent qu’ils seront parmi les pensionnaires.
    Même si il y a le bokimene, map, iem, vinany … tant que la corruption est le mal qui gangrène ce pays, il n’y a rien à espérer. Tant que le akamakama et aferafera ne seront pas banit de ce pays on restera miserable.
    Le président actuel même ne sait pas la définition de la corruption et pense que résoudre la corruption doit partir du peuple. Un président qui ne voit que sa vie qui s’améliore de jour en jour et croit que la corruption est une fable (mon Dieu). Je penseque tant que notre président ou nos présidents « ne changent pas aussi de mentalité » (surtout le Jao actuellement) il n’y a rien à espérer.
    Mais je sais que je prêche dans le désert, mais même dans le désert il y a toujours un espoir que quelqu’un passe. J’ai confiance

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