Sondage sur la présidentielle : Publication des résultats interdite !

Hier, ce fut une triste journée pour la démocratie.

La conférence organisée par la fondation Friedrich Ebert (Fes) et la revue Politikà sur « le débat politique chiffré et élection : sondage sur la présidentielle de 2018 », qui devrait se tenir hier, dans l’après-midi, au Carlton Anosy, a été annulée.

Depuis une semaine où la Fondation Friedrich Ebert et la revue Politikà ont créé cet évènement sur Facebook, nombreux facebookers l’ont partagé, ont affiché leur enthousiasme à participer à la conférence. D’autres ont également eu des réactions négatives lesquelles reflètent un grand rejet par rapport à la pratique des sondages, en mettant en avant des motifs liés, entre autres, à « l’ordre public, à la sécurité des élections, à la fiabilité des résultats des sondage, ou encore à la crédibilité de ceux qui les ont organisés ». Bref, la liste est loin d’être exhaustive mais en tout cas, cette conférence a été annulée, et une conférence de presse y afférente a eu lieu, dans l’après-midi, à l’Hôtel Ibis Ankorondrano (Salle Filao), animée par Andriamanambe Raoto, le rédacteur en chef de la revue Politikà, Marcus Schneider, le représentant de la Fes à Madagascar et Rija Ramamiarijery, de l’association Normar.

Lettre du gouvernement. D’après les explications reçues, à partir de la publication de l’évènement sur Facebook, les appels, les conversations téléphoniques et les commentaires sur ce réseau social ont plu et la plupart ont été « désagréables ». Mais pendant ce temps, la Fes et la revue Politikà n’ont pas encore fait machine arrière jusqu’à ce que tombe officiellement une lettre de la part du gouvernement à la veille de la conférence, c’est-à-dire, le mardi 25 septembre. « Cette lettre fait part des vives préoccupations du gouvernement quant au contexte électoral qui prévaut. Selon les arguments présentés, la publication des résultats de ce sondage engendrerait un grand risque de débordements, pouvant porter atteinte à l’ordre public », transmet Marcus Scheider. Effectivement, dans la note verbale n°18/457-AE/M/NV en date du 21 septembre 2018, le gouvernement malgache – par le biais du ministère des Affaires étrangères – estime, entre autres, « inopportun et à haut risque ce genre de publication » et « ne peut que remettre (…) chacun devant ses responsabilités ». Mais, dans son intervention, Marcus Schneider a souligné qu’ « une lettre du gouvernement était adressée à la Fes hier (ndlr : mardi et non le 21 septembre) et dont les arguments présentés, bien que différents de ceux de la fondation, ont amené à l’annulation de la conférence ».

Consensus. Par ailleurs, sur la base des arguments présentés, tout porte à croire que l’annulation de cette conférence a trait à la question diplomatique. En effet, nous ne sommes pas sans savoir que la Fes est une fondation politique allemande et financée par le gouvernement allemand. Nous ne sommes pas sans savoir non plus qu’elle est présente à Madagascar depuis les années 60, et contribue, notamment, à la promotion de la démocratie à Madagascar. Depuis tout ce temps, force est de reconnaître que les relations diplomatiques entre l’Allemagne et Madagascar sont au beau fixe. Et justement, c’est pour éviter qu’elles soient biaisées par cette divergence d’opinions sur les sondages que la Fes a décidé de ne pas en publier les résultats. « En tant que fondation politique, nous cherchons toujours un consensus avec les autorités. Nous ne sommes pas ici pour les défier », précise Marcus Schneider.

Appréciations. Mises à part toutes ces raisons, parlons concrètement de ce que représente un sondage. Le droit positif que ce soit en matière électorale ou autre n’interdit guère la réalisation de sondages. L’exception est faite uniquement à la publication des résultats y afférents lors de la campagne électorale et dont la transgression de cette disposition est passible d’une amende 2 millions d’Ariary à 5 millions d’Ariary (Articles 118 et 228 de la loi portant régime général des élections et référendums). Ce qu’il faut souligner, c’est que ce ne sont pas des vérités absolues qui ne peuvent être contestées. « Le sondage n’est pas un outil de prédiction », précise Rija Ramamiarijery de l’Association Normar. « C’est un outil qui permet d’avoir une certaine appréciation de l’opinion publique », soutient Marcus Schneider.

Culture politique. Justement, la culture politique malgache n’a pas toujours été façonnée par les sondages qu’ils soient véridiques, faux ou approximatifs. La pratique politique malgache a toujours été amputée de ces autres pratiques qui ne sont point périlleuses pour la démocratie. Il s’agit d’un ensemble de données statistiques obtenues à partir d’une étude d’échantillons. « Le sondage réalisé a pu faire état des réelles préoccupations des Malgaches qui auraient pu servir aux 36 candidats. Ces phénomènes auraient pu se résoudre à travers les sondages. J’insiste sur leur pertinence car leur pratique contribue aussi au renouvellement de la culture politique. Et si cela n’a pas marché aujourd’hui, cela ne veut pas dire que la démarche n’est pas pertinente », avance le représentant de la Fes.

Grands, petits. Actuellement, des candidats envahissent les réseaux sociaux et les places publiques dans les grandes villes ; un fait qui peut tromper dans la mesure où « ce sont les sondages qui peuvent qualifier un candidat de « grand » ou de « petit », précise Marcus Schneider. En effet, à Madagascar, la popularité d’une personnalité politique a presque été mesurée à partir de la foule qu’elle pouvait réunir. Et ce, sans parler de ces sortes de récompenses attribuées à ces occasions. «Nous connaissons la concentration de la plupart des médias entre les mains de quelques personnes. Mais il appartient aux médias de donner aussi à ces soi-disant petits candidats les moyens qui puissent leur permettre d’émuler les soi-disant grands candidats », poursuit Marcus Schneider.

Sondage aléatoire. Rija Ramamiarijery a expliqué le déroulement du sondage. « Il n’a pas été réalisé par la fondation Friedrich Ebert mais par un cabinet  spécialisé qui a une certification internationale. Le cabinet a choisi d’effectuer un sondage aléatoire sur 800 échantillons dans tout Madagascar. Les résultats sont représentatifs des personnes en âge de voter, issues des grandes villes et qui possèdent un téléphone portable. Dans un sondage, il faut observer les marges d’erreur. Pour ce cas précis, le cabinet a observé une marge d’erreur de 3,5%, c’est-à-dire que les résultats statistiques peuvent être plus ou moins de 3,5%. Je signale aussi qu’il a été effectué entre la fin du mois d’août et le début du mois de septembre », a-t-il présenté. Quoi qu’il en soit, les résultats de ce sondage ne seront plus publiés, et encore moins accessibles. Les dernières pages de la revue Politikà hors-série qui contenaient les résultats ont été déchirées.

Aina B.

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10 Commentaires - Ecrire un commentaire

  1. On nous prend vraiment pour des cons dans cette histoire!!!

  2. étant donné la taille de l’échantillon (800 électeurs), les résultats ne sont pas valides même si c’est un cabinet international certifié qui a fait le sondage! il y a trop de biais! Ce n’est que de la perturbation

  3. Il a été précisé supra que « Les résultats sont représentatifs des personnes en âge de voter, issues des grandes villes et qui possèdent un téléphone portable. Est ce que ces résultats de sondage sont « valable » pour l’ensemble de l’électorat malagasy ou seulement pour ce panel . Car à ma connaissance une partie ne réside pas les grandes villes et peuvent ne pas être en possession de téléphone portable ». Il vaut mieux ne pas publier pour l’ensemble de l’électorat malagasy

  4. Restons à notre niveau d’organisation d’élection , un sondage résulte d’un échantillon représentatif de tous les électeurs , mais à Mada , soyons réalistes , cet échantillon est loin d’être fiable !!!!

  5. Apprendre l histoire de Madagascar d’abord pas l’histoire des malgache,il avait des hommes avant sur l île.

  6. O! mes compatriotes, qu’attendez- vous de ce qu’ils appellent démocratie? Ce n’est que le DEMONCRATIE ! Nous, nous avons nos « FAHENDRENA sy FIHAVANANA », que ces démoncratiques ont détruit. Alors, veuillez faire face à la réalité, mais gardez nos valeurs d’être MALAGASY

  7. C’est clair et net: que Madagascar reste dans l’obscurité et « Démocratie » n’est qu’une expression à faire dormir débout la masse. Le gouvernement veuille bien au confort (c’est selon) de la nation car il vient d’éviter un trouble.

  8. C’est mieux l’histoire de Madagascar sur Google tout les malgache de France suit tout le jour c’est le nouvel débat adios résidentiel goud baye bemolanga ozy le pihira Zay.

  9. La vérité c’est que ce sont ces individus sans scrupules qui ont pillé les richesses du pays et qui ont rendu les 22 millions de malgache qui veulent maintenir toute une population dans l’obscurantisme .
    En quoi un sondage pourrait être une source de trouble ??
    Certainement pas dans les pays de droit et de la démocratie mais dans une république bananiére comme Madagascar certainement d’après la CENI .

  10. Dommage ! J’aurais bien aimé savoir ce qu’a donné ce sondage.
    Conneries et foutaises ces motifs invoqués de la part du gouvernement.
    Sur ce coup, il m’a désagréablement déçu le 1er ministre.

    J’ai l’impression que cette annulation est due plutôt à la peur d’apprendre que Mr le Nul No 12 ne soit pas à la tête de ce sondage.
    Quelle lâcheté !
    La Démocratie à Madagascar : ce n’est pas demain la veille

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