Andohatapaneka – Ambohimasina : Chez ces voisins du COVID-19

D’Ambohimasina à Andohatapenaka Andranondambo, ces quartiers et villages se trouvent aux premières loges du nouveau coronavirus. Le quotidien des habitants de ces localités voisines des centres de confinement est fait de va-et-vient du personnel médical, des forces de l’ordre, des proches de confinés… depuis l’entrée de cette pandémie à Madagascar. 

A Andohatapenaka Andranoambo, quand un « étranger », un non-résident du fokontany, s’approche de la ruelle se trouvant derrière l’hôpital Manarapenitra, débouchant sur la route Digue depuis la nouvelle rocade, Hajaniaina Rakotondrabe accourt. Ce dernier est membre du comité de vigilance local. « Dès que j’ai su que les malades y étaient gardés, je n’ose plus passer par ce chemin de traverse. J’ai des responsabilités mais je suis également humain. Le coronavirus n’est en aucun cas une blague », lance-t-il. Après quelques hésitations, il décide pour la première fois depuis le début du confinement de faire quelques mètres sur ce tronçon de rue.

Le tronçon de rue devenu redouté par les habitants d’Andranoambo, avec au fond à gauche le centre hospitalier d’Andohatapenaka.

Il s’arrête à une trentaine de mètres de la clôture arrière du centre hospitalier, raconte quelques anecdotes et rebrousse chemin. Ce responsable de quartier est bien connu des riverains. Il a été parmi ceux qui ont effectué des campagnes de sensibilisation auprès des habitants après l’installation des contaminés non loin de leurs résidences. C’est également le cas de la maison de Faneva Nantenaina Mampionona, faisant partie de ces voisins du COVID-19. Depuis le portail de sa petite maison, on aperçoit les fenêtres et les murs bleus de l’hôpital. Ses enfants jouent dehors, dans la cour, avant de se confiner à midi. Le père de famille reste cependant aux aguets. « A partir de 12 h, quelques voitures passent mais les passants se font très rare. C’est le moment choisi par les petits voleurs pour prendre quelques têtes de mon élevage de canards ».

Confinement et vol. Dès lors, comme de nombreux éleveurs aux alentours, il fait des petites sorties pour compter ses volailles. « Depuis que le confinement a commencé, j’ai perdu beaucoup de bêtes. Le problème, c’est que je ne m’en rendais compte que le soir », ajoute-t-il. L’après-midi, pour ne pas voir tout son élevage dilapidé, Faneva Nantenaina Mampionona patrouille dehors, plusieurs fois durant quelques minutes. Comme beaucoup, dans le quartier d’Andranoambo, la peur de la maladie est palpable chez lui, d’autant qu’il se trouve aux premières loges. Mais le travail, le pain quotidien, doit être assuré. Son « patron » n’a pas voulu arrêter leur activité. Pour se remonter le moral, il se dit qu’il n’est pas plus exposé que ceux qui habitent loin de ce grand établissement de soin.   

Situé à une vingtaine de kilomètres de là, le complexe culturel et de loisirs de la CNaPS à Vontovorona a aussi servi de centre de confinement pour les passagers des derniers vols ayant atterri avant la fermeture de l’espace aérien malgache. Trois villages entourent, comme les murs d’un château fort, cette vaste infrastructure. Celui de « Jirama », situé un peu en contrebas, en face de la butte où se niche le centre. Celui d’Ambohimasina, un peu plus à l’Est. Et celui d’Ampivelezandrano, en bas fond, avec ses champs fruitiers et ses rizières. « Tous les confinés ont quitté les lieux jeudi dernier [2 avril]. Ils sont arrivés ici durant la nuit. Et sont repartis vers 19h », relate Hajasoa Rakotomaria, un gargotier. La rue en latérite menant vers le complexe passe devant son commerce. 

La bâtisse froide du complexe culturel et de loisirs de la CNaPS à Vontovorona, vidée de ses confinés.

Actes nocturnes. « Nous n’avons su qu’ils étaient là que le lendemain de leur arrivée. Pour leur départ, il y avait plein de minibus, certainement pour emmener les confinés. Des véhicules de l’Organisation mondiale de la santé », continue-t-il. Cependant, la panique n’a pas vraiment gagné les habitants du fokontany. Maintenant que les confinés sont partis, un certain soulagement résonne dans sa voix. Brigitte Besoafiavy, quant à elle, est sans doute la plus soulagée de tout le quartier « Jirama », sa maison n’est séparée que par une rue et une clôture du principal bâtiment où ont été gardés les mis en quarantaine. « Nous les voyions regarder longuement par la fenêtre, la bâtisse était cernée par les forces de l’ordre. Ils se promenaient parfois dehors, mais n’allaient pas bien loin », raconte-t-elle. Sa petite famille a eu la surprise de sa vie le lendemain où les confinés ont débarqué. « Nous nous sommes tout de suite enfermés chez nous, personne ne sortait », en rit-elle maintenant. Et elle d’ajouter : « Parfois, leurs familles venaient leur rendre visite, mais les hommes en treillis étaient très stricts. Il m’a semblé que l’un d’entre eux [des confinés, NDLR] voulait sortir, mais les forces de l’ordre sont intervenues. D’ailleurs, en ayant vu tout le dispositif de sécurité mis en place, mon anxiété s’est un peu atténuée. Et nous avons commencé à mettre le nez dehors, à vaquer à nos occupations ». Elle aussi s’est sentie soulagée quand tout le monde a quitté les lieux jeudi. Outre les gendarmes sympathiques qui gardent le portail d’entrée, un silence lourd règne sur les cours, les aires de promenade du complexe culturel et de loisirs de la CNaPS. Les fenêtres du bâtiment sont toutes ouvertes depuis, comme s’il voulait reprendre son souffle.

Maminirina Rado

Suivez-nous aussi sur Facebook

Partager cette publication

2 Commentaires - Ecrire un commentaire

  1. Merci pour ce commentaire très pertinent. En effet, on devrait employer théoriquement le féminin et non le masculin pour parler de « la » [maladie à coronavirus] COVID-19. Dans la pratique, les deux genres sont utilisés. Dans tous les cas, le plus important, c’est que les gens soient bien informés.

    Encore merci pour votre commentaire.

    Des exemples de l’emploi du masculin par certains de nos confrères :
    https://www.bbc.com/afrique/monde-52166758
    https://www.lci.fr/sante/le-covid-19-coronavirus-ncov-pandemie-peut-il-se-transmettre-dans-l-air-2150150.html

  2. Prednre note qu’on ne dit pas « du » COVID-19. Il faut écrire et dire « de la » COVID-19. On constate une hésitation dans le genre attribué au terme COVID-19, probablement à cause de la confusion entre la dénomination du virus (SRAS-CoV-2, masculin) et celle de la maladie (COVID-19, féminin). Les sigles étrangers prennent généralement le genre qu’aurait en français le mot de base qui les compose. En vertu de cette règle, COVID-19 est de genre féminin, car dans la forme longue du terme français, à savoir « maladie à coronavirus 2019 », le mot de base est maladie.
    Source: http://gdt.oqlf.gouv.qc.ca/ficheOqlf.aspx?Id_Fiche=26557671

Poster un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.