Portrait. Rasoanaivo Razafy Luc, judoka : Champion de Madagascar à 48 ans !



Jacaranda
Luc Rasoanaivo est ici en compagnie de Douglas Fosbury, un olympien inventeur du style « Fosbury flop ».
Luc Rasoanaivo est ici en compagnie de Douglas Fosbury, un olympien inventeur du style « Fosbury flop ».

Eternel champion des moins de 81 kg, il l’est. Car il garde précieusement pour lui ce titre même à 48 ans ! Le tout récent championnat de Madagascar 2013 l’a sacré dans cette catégorie après une suprématie des années durant chez les moins de 73kg. « Je suis revenu sur tatami pour tester, expérimenter quelque chose, connaitre une sensation mais surtout par esprit d’équipe afin de motiver les judokas de Saint-Michel».

Mais Maître Luc n’a pas dit son dernier mot. « il ne s’agit pas de garder éternellement un titre mais de démontrer que quand on veut, on peut ». Sortant de l’ENS EPS, l’école pour former les professeurs de sport à Madagascar, il donne divers cours dans diverses écoles. Il assure aussi les cours de la section judo à l’université. Le judo, il le pratique depuis ses 8 ans « cela fait longtemps que je ne me rappelle même pas ne pas avoir fait du judo avant » blague-t-il.

Le sport, il l’a dans le sang. Il a été même à deux jeux olympiques pour le compte de Madagascar, à Barcelone et en Atlanta « le judo m’a tellement donné. Surtout l’attitude, la mentalité, la psychologie du combattant. Le sport et être olympien obligent aussi le pratiquant à avoir l’esprit fair play, l’esprit sportif. Sinon cela ne sert à rien. »

Cela le désole tellement de voir plusieurs dirigeants sportifs qui ne sont pas faits pour cela « c’est du bénévolat pur et dur et certains sont dedans pour grappiller des sous. Pourquoi ? sans esprit sportif aucun. C’est tellement triste ».

Dans le monde du judo, il déplore aussi la gabegie et l’indiscipline « un de mes mauvais souvenirs reste le système de sélection de la fédération de judo. Pourquoi détruire les judokas avec ce manque de transparence et de droiture ? »  

Le sport, selon lui, est l’avenir du pays « mais dommage, il n’y a personne qui veut vraiment agir pour le bien de tous. Personne ne supporte financièrement ou techniquement ou même psychologiquement. Les sportifs sont livrés à eux-mêmes. Les dirigeants que nous avons ne méritent même pas leurs postes. Je parle du sport en général hein ! ». Il faut penser au statut de sportif de haut niveau selon lui, cela donne une ouverture au moins aux pratiquants.

Ayant suivi plusieurs formations dont entre autres celui du Centre d’Etudes Diplomatiques et Stratégiques d’Androhibe, il est aussi le secrétaire général de l’association malgache des olympiens. « Mais même nous les olympiens qui avons porté le nom du pays dans les jeux olympiques, il n’y a aucune considération pour tous les efforts consentis. Où va le sport malgache ? il a besoin d’un dirigeant qui y croit. »

Ceinture noire 3è dan, il est membre du judo club de Saint-Michel. C’est aussi un mari, un papa poule qui adore ses enfants Laura et Lucas.

Souvent très classe, mais avec un look sportif, il reste malgache à 100% « j’adore manger malgache et j’aime Madagascar comme on ne peut pas l’imaginer ». Un dur souvenir en judo ? Mon titre de champion de Madagascar à Toamasina qui m’a couté une fracture du bras en même temps ! »

Etre droit dans la vie est une obligation selon lui. Sa formation à l’ENS EPS aussi a été une leçon de vie. Après une mention assez bien au BAC C, il fait deux ans de mathématiques avant de changer de filière. Sans jamais lâcher le judo « à mon âge, on fait du sport pour le plaisir. Au judo, j’avais mon uchimata légendaire. Mais cette fois-ci, j’ai surtout travaillé des pieds et la vitesse, genre kosotogake ou de ashi barai ». Et cela a marché pour le champion !

Recueillis par Anny Andrianaivonirina

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