« Vakivakintsiny » : Sublime adaptation de « La cruche cassée » de Kleist !

Jacaranda
L’accusé face au juge, qui en fait, est le coupable.
L’accusé face au juge, qui en fait, est le coupable.

Baptême réussi pour Arafito ! Pour sa grande première au CGM, la compagnie, dirigée par Ando Rajaofera a, époustouflé par sa prestation, samedi dernier.

Toujours d’actualité ! « La cruche cassée » est la preuve d’un acte plus qu’indélicat. Un homme s’est introduit dans la chambre d’une jeune fille. Sa mère porte plainte, débris à la main, contre le fiancé de cette dernière. Les voilà au tribunal, devant le juge. Le pauvre a pourtant déjà fort à faire pour amadouer ce rigide fonctionnaire et cacher ses propres lacunes. Malheureusement pour lui, l’odieux suborneur de jeune fille, l’homme responsable de cet horrible méfait n’est autre que lui-même. Juge et parti, accusé et bourreau, ce diable d’homme va tout tenter pour se disculper. Un peu lente, cette farce allemande adaptée par Ando Rajaofera se révèle comique, grâce au jeu de son acteur principal et à la mise en scène particulièrement dynamique. Si la fin est prévisible dès les premières minutes, tout le plaisir de « Vakivakintsiny » réside justement dans tous les efforts du pauvre juge pour cacher sa culpabilité. Et à ce jeu, l’acteur principal excelle et donne à la pièce tout son relief avec une pitrerie incomparable. La farce gentillette se transforme en plaisante bouffonnerie. L’anachronisme amuse et rajoute une petite couche à ce texte ancien, car écrit par Heinrich von Kleist dans le XVIIIe siècle, délicieusement rajeuni par le talent des comédiens de la compagnie Arafito, notamment Nathalie, Stéphanie, Sarobidy, Colette, Rija, René, Vahy Raseta.

Toujours d’actualité. La pièce fut écrite en 1803. Elle raconte qu’un inconnu s’est introduit la nuit dans la chambre d’une jeune fille. Obligé de s’enfuir par la fenêtre, il a cassé une cruche en faïence de Delft. Autour de cet objet, pièce à conviction, s’instruit le procès devant le juge Adam. Les preuves contre le fiancé de la jeune fille semblent convaincantes mais, peu à peu, l’accusation dévie jusqu’à retomber sur le juge Adam lui-même. Celui-ci descend de l’estrade, perd sa perruque et s’enfuit comme un fou… Le juge est lui-même le coupable : le ridicule de la comédie vient de là. Partout, il y aura toujours un Adam qui s’arrogera le droit de juger un autre Adam : la philosophie de la comédie vient de là. En un seul acte ininterrompu, l’action se déroule, très intense. Là, au cours d’un procès, chaque personne se dévoile, chaque chose prend son relief ; au cours de l’aventure, nous voyons se profiler la cruche cassée autour de laquelle tout se meut : objet inanimé dont dépend la vie affairée des personnages.

Mahetsaka

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