LU POUR VOUS : « La femme du Vème » de Douglas Kennedy

Harry Ricks est un type paumé, un professeur d’université d’une petite ville des Etats-Unis qui a commis une erreur avec une étudiante et s’est fait limoger. Broyé par la machine administrative autant que par la machine humaine, confronté à la vision manichéenne de la morale américaine : transgression égale punition, sa femme l’a quitté, sa fille ne veut plus lui parler… C’est l’histoire d’un homme qui a tout perdu.

Accablé et sans trop d’argent, Harry Ricks décide de fuir les Etats-Unis, destination Paris, où il a l’intention de commencer une nouvelle vie. Il trouve une chambre de bonne et un petit boulot de veilleur de nuit dans un quartier peuplé d’escrocs, de clandestins et de malfrats. Seule éclaircie dans sa vie plus que médiocre, sa rencontre avec Margit, une hongroise aussi belle que mystérieuse qui l’entraîne dans une relation amoureuse passionnée mais non moins énigmatique…Car d’étranges  coïncidences se manifestent à son contact : morts violents, accidents troublants…des évènements de plus en plus terrifiants et incompréhensibles qui vont projeter Harry dans un cauchemar bien proche du délire…

Histoire d’un lieu. Si cette fiction noire n’est pas tout à fait au niveau des précédentes productions de l’auteur – notamment par la qualité d’écriture, en deçà de ce à quoi nous a habitué Douglas Kennedy – elle a néanmoins le mérite de nous faire passer un vrai moment d’évasion en possédant des perspectives attrayantes et distractives menées sur un rythme toujours soutenu. Et n’est-ce pas cela que l’on demande à un roman ? Nous sortir parfois du cadre de la réalité, nous happer dans une lecture décomplexée, simple et désinvolte ? « La femme du Vème » réunit ces qualités d’échappée facile du réel après certaines lectures trop bouleversantes et mérite à ce titre que l’on s’y attarde. Car au-delà de l’histoire de Harry, « La femme du Vème », c’est aussi l’histoire d’un lieu, d’une ville, Paris, créée comme un personnage à part entière du roman.

Paris autrement. Douglas Kennedy, qui adore les grandes villes, s’est promené dans la capitale. De ses déambulations et flâneries parisiennes, il ramène des instantanées en noir et gris, nous invitant ainsi à découvrir une cité bien loin des circuits touristiques et des quartiers chics. Au détour des ruelles malfamées et des recoins sombres, l’auteur saisit un Paris crépusculaire et menaçant, un Paris à la Simenon, à l’atmosphère lourde et oppressante. C’est le Paris des immigrés, des clandestins, des contrôles policiers, des voleurs et des sans-abris. L’écrivain s’est fait observateur de la ville pendant des mois, il en dessine les contours, s’attardant sur le changement brutal qui existe d’un quartier à l’autre dans une métropole labyrinthique et fluctuante, qui contient des dizaines de villes en elle, offrant le tableau en clair-obscur d’un monstre de briques aux entrailles grouillantes de vies furtives et secrètes.
Par ailleurs, par le biais de son héros vivant aux abois, l’auteur s’est essayé à raconter ce que chacun peut devenir s’il se trouvait dans la situation d’un type obligé de recommencer sa vie en clandestin. Et puis à côté de cela, il y a le personnage de Margit, si belle et sensuelle, aussi sûre d’elle qu’Harry est faible, une femme entourée de mystère, énigmatique, insaisissable…

Délire et divagation. Avec Margit, on délaisse l’ambiance à la Simenon pour pénétrer dans l’univers d’Edgar Allan Poe… C’est là une nouveauté pour les lecteurs de Douglas Kennedy !  Cette incursion dans le fantastique et le paranormal pourra en déstabiliser plus d’un, une toquade de l’auteur qui suggère néanmoins que chacun de nous est hanté par quelque chose, que ce soit des regrets, des déceptions ou de la culpabilité, et que finalement, toute chose a un prix à payer. On en revient à la sentence du début : transgression égale punition… « La femme du Vème » est donc un vrai roman noir, un presque polar qui flirte avec le paranormal en confrontant encore une fois son héros aux tourments de la chute sur un rythme trépidant.
Alors, c’est gros, c’est très gros, rocambolesque et peu crédible parfois mais, pour peu que l’on accepte toutes les fantaisies de l’auteur, on est pris dans les mailles d’une intrigue assez vertigineuse dont on sort avec l’impression d’avoir passé un sympathique moment de délire et de divagation. Et si le héros n’aspire qu’à descendre de ce manège endiablé, le lecteur, lui, en referait bien un petit tour !
Mahetsaka

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