Entretien avec une artiste : Manahadray Béatrice Raluca ou BéaMan’Art Une métisse spécialiste d’encre aquarelle

Jacaranda

Elle a 28 ans. Elle s’appelle Manahadray Béatrice Raluca et son nom d’artiste est BéaMan’Art. Elle réside à Antsiranana et nous a accordé un entretien pour parler de ses œuvres, d’elle, de son caractère…

Midi Madagasikara : « Pourquoi ce nom BéaMan’Art ? C’est votre nom ? »

BéaMan’Art, artiste : « C’est effectivement la contraction de mon prénom et de mon nom de famille. Je suis très attachée à mes racines, c’est pour cette raison que j’ai choisi cette configuration pour mon nom d’artiste ».

Midi Madagasikara : « Depuis quand dessinez vous ? »

BéaMan’Art : « Je dessine depuis toute petite, c’est d’ailleurs ma mère qui m’a appris à dessiner mes premières esquisses à l’âge de 3 ans. J’ai continué mon apprentissage seule de manière autodidacte ».

Midi Madagasikara : « Quel type de peinture vous faites ? »

BéaMan’Art : « Je travaille l’encre aquarelle, c’est ma spécificité. La technique utilisée est la coulure, ou le “dripping-pourring” en anglais. Cette technique consiste à laisser la matière couler verticalement ou horizontalement sur le support utilisé, et créer des effets d’éclaboussures ou de “splash”. Mon maître d’armes en la matière est Silvia Pelissero.

Midi Madagasikara : « Pourquoi ce choix ? »

BéaMan’Art : « L’aquarelle est une matière libre que l’on associe à l’eau, difficile à travailler, qui requiert un lâcher prise total lorsqu’on l’utilise. C’est précisément ce qui me correspond ».

Midi Madagasikara : « Parlez-moi de vous, de votre caractère…. »

BéaMan’Art : « J’ai un caractère relativement lunatique, généreux et protecteur, mais je sais aussi me montrer autoritaire et impulsive. De nature très curieuse, j’aime apprendre de tout et je m’émerveille souvent de petites choses de la vie. Je suis sensible à l’humour décalé, ironique et sarcastique. Je trouve le beau là où les gens ne voient que laideur et banalité. Côté sakafo, je ne suis pas difficile. Ce que je préfère ? La nourriture malagasy, particulièrement le hena omby sy patsa ».

Midi Madagasikara : « Etes-vous malgache ? »

BéaMan’Art : « Je suis métisse, malgache par mon père et roumaine par ma mère. Je suis née et j’ai grandi à Madagascar jusqu’ à mes 18 ans ».

Midi Madagasikara : « Combien de peinture avez-vous déjà fait depuis ? »

BéaMan’Art : « J’ai réalisé pas moins d’une quarantaine de toiles en l’espace de sept ans. »

Midi Madagasikara : « Quelles sont vos sources d’inspiration ? »

BéaMan’Art : « Mon inspiration, je la puise dans les visages que je croise allant du plus simple au plus complexe. J’ai placé l’humain au cœur de ma thématique,et c’est précisément là que se caractérise la force de mes portraits : je leur donne vie, une âme et une sensibilité pour ensuite les diffuser à qui veut bien se laisser rêver ».

Midi Madagasikara : « Comment on apprend à peindre, à dessiner ? Comment vous vient l’inspiration ?

BéaMan’Art : « Je dirais que l’on apprend à peindre et à dessiner de deux manières : soit par la voie royale des écoles, soit par soi-même de manière autodidacte. Je suis autodidacte, j’ai fait mes armes seule en observant le travail d’autres artistes et j’ai réussi à développer ce don. L’inspiration arrive dès lors que la coupe est pleine. Je m’explique, un artiste extériorise ses états d’âmes, ses questionnements et ses pensées par l’art. L’inspiration est insaisissable donc intimement liée aux émotions, ça peut arriver à n’importe quel moment, comme une rencontre impromptue au coin d’une rue, c’est ce qui est beau ».

Midi Madagasikara : « Pourquoi le choix de se baser à Diego ? »

BéaMan’Art : « C’est un choix purement professionnel. Je suis autoentrepreneur et j’ai choisi de créer un lieu de détente culturelle, le café concert “Chez Bemito” dans une région de Madagascar qui mérite de se développer culturellement. C’est l’envie de m’investir dans l’avenir de mon pays qui m’a amené là-bas ».

Midi Madagasikara : « Parlez-moi des expositions que vous avez déjà faites ».

BéaMan’Art : « J’ai réalisé 7 expositions en 7 ans, principalement en France. L’exposition “Femei” a été présentée plusieurs fois à Lille, au Comedia, à la Barakazem, à Sweet Home et lors des marchés des créateurs de Lambersart et du Vieux Lille. J’ai également eu l’occasion d’exposer deux fois à l’Alliance Française d’Antsiranana avec les expositions “Womanity” et “Brujas”. La prochaine exposition-vente intitulée “Mysticall” est prévue à Tana chez Is’art Galerie, du 22 février au 15 mars 2018, sur le thème de l’animisme et du mysticisme dans le monde, une grande première pour moi dans la ville qui m’a vue naître ».

Midi Madagasikara : « Quels sont vos objectifs ? »

BéaMan’Art : « Mon objectif est d’enchaîner les expositions, de briller sur la scène internationale de montrer au monde que Madagascar est un vivier artistique qui mérite d’être reconnu de tous. A long terme, j’aimerai pouvoir me lancer dans un projet monumental : participer à la création d’une Ecole des Beaux Arts à Madagascar ».

Recueillis par Anny Andrianaivonirina

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