Portrait : Mampiray Solofoniaina, pour la professionalisation de l’art et de la culture

Jacaranda

Du haut de ses 27 ans, Mampiray Solofoniaina a tout d’un jeune de son âge. Un brin farceur, charmeur mais surtout d’une nature ambitieuse, c’est un de ces jeunes « utopiques » d’une génération qui ne veut pas baisser les bras, malgré les difficultés socio-économiques que rencontre le pays. Pour cela, il s’investit dans la culture, un domaine plutôt difficile puisqu’il faut avouer qu’à Madagascar, pour le moment, l’art et la culture ne figurent pas parmi les priorités des dirigeants du pays.

Mampiray Solofoniaina a effectué ses études à l’Université de Senghor, en Egypte où il a obtenu son diplôme de Master en Gestion des Industries Culturelles et Créatives, de 2016 à 2018. Toujours assoiffé de connaissances, et conscient « qu’avec les diplômes, on est plus écouté, on a plus de crédibilité », il va poursuivre ses études pour obtenir un Doctorat en Industrie Culturelle. Rare dans un pays où l’art reste un hobby, et la culture une notion en voie de disparition. « On nous a appris à prendre nos responsabilités. Même lorsque j’étais encore à l’université, en Egypte, on nous a demandé de prendre nos responsabilités et d’agir. C’est ce que je fais, moi et plein de gens, des acteurs et opérateurs culturels autour de moi », dit-il. « Et c’est encore parce que je sais qu’il y a encore beaucoup à faire que je me sens le devoir de continuer. On assiste aujourd’hui à une fuite de cerveau car les conditions salariales ici au pays sont démotivantes. Alors beaucoup préfèrent aller vivre à l’étranger où leurs compétences sont reconnues et valorisées. Mais moi, je pense que ce qu’il faut faire c’est aller acquérir des connaissances à l’étranger pour l’appliquer ici, et l’adapter selon les besoins du pays » dit-il.

Ray Event Creators. De retour de ses études en Egypte, Mampiray met en pratique les connaissances qu’il a acquises. Il crée le Ray Event Creators, qui, comme son nom l’indique presque, est un créateur d’événement. « C’est une bopite événementielle un peu comme les autres, car pour nous, bien au-delà de l’aspect purement divertissant, nous essayons d’apporter la valeur culturelle dans chacun de nos événements » explique-t-il. Mais pas que, car REC est aussi un label qui repère des artistes et les accompagne pour qu’ils réussissent dans le milieu du show business. « On prend en main toute la gestion de la carrière de l’artiste. Actuellement, nous avons trois artistes au sein de REC. En somme, on s’occupe de tout, du coaching, des normes nécessaires pour que l’artiste puisse avoir les moyens qu’il faut pour faire face au marché local et international, mais aussi son planning… tout! » explique Mampiray. « En gros, notre objectif est de rendre l’artiste professionnel, c’est-à-dire, capable de vivre de son métier ». Aujourd’hui donc, REC a signé avec trois  artistes. « Mais je ne compte pas en rester là. J’espère que dans les années à venir, nous serions capables d’accompagner encore plus d’artistes » dit-il. Aujourd’hui gérant du Fil’in à Antsakaviro, Mampiray peut aisément programmer des artistes en pleine éclosion pour les faire connaître du grand public, car pour lui, donner une scène à ces artistes qui n’ont aucun accès aux matraquages traditionnels, c’est aussi ça, prendre ses responsabilités!

DagoTeamZara. Outre ses projets personnels, Mampiray est aussi un membre actif du collectif DagoTeamZara,  une plateforme créée en 2015 qui regroupe divers talents professionnels au service de la création artistique.  Avec comme objectif de promouvoir la culture pour en faire un moteur de développement,  le collectif a mis en place un événement hautement symbolique, le Dago Festival, qui va au-delà des simples concerts gratuits donnés par des artistes de renom. « Lors de l’édition 0, nous avons pu repérer les personnes, les organisations et les opérateurs culturels qui veulent bien se joindre à notre initiative pour défendre notre cause et atteindre notre objectif. En 2017, nous avons organisé une première édition qui a surtout visé à faire connaître la politique culturelle inscrite dans la Constitution malgache » explique-t-il. « Puis, il est temps de passer à l’action. Du 19 au 22 septembre dernier, nous avons organisé la deuxième édition du Dago Festival qui s’est démarquée par le 1er Salon des Industries Culturelles et Créatives de Madagascar ». Un salon qui a eu pour but de réunir tous les acteurs et opérateurs culturels dans un même espace, en l’occurrence à l’AFT Andavamamba, afin de créer une véritable dynamique d’industrie culturelle. « Notre objectif est toujours de professionnaliser le secteur. Comment faire en sorte que la culture soit un vrai levier de développement » souligne-t-il. Un premier grand pas réussi, à en croire l’intérêt qu’a porté le public sur l’événement. « Le festival est déjà en place, le salon aussi. Nous espérons atteindre de plus grands objectifs pour les années à venir! »

Anjara Rasoanaivo

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