Littérature : Centenaired’Emilson Daniel Andriamalala

Jacaranda
L’image iconique du maître du réalisme littéraire malgache, Emilson Daniel Andriamalala.

L’Havatsa-UPEM, une association de poètes et d’écrivains malgaches, consacrera cinq jours à Emilson Daniel Andriamalala pour célébrer son centième anniversaire. L’évènement est lancé ce jour à l’Académie Malgache de Tsimbazaza à partir de 10 h.

Les auteurs et chercheurs malgaches ont peu écrit sur les œuvres ou le parcours de cet auteur incontournable, considéré comme le père du réalisme littéraire malgache. Jusqu’à présent, seul « Emilson Daniel Andriamalala, un écrivain à la charnière de deux mondes » – un livre écrit par William Ratrema, édité en 1986 – s’est exclusivement centré sur  l’auteur de « Ny Fanagasiana ». Pourtant, ce dernier possède une panoplie d’œuvres dont deux, au moins, ont été intégrées dans le programme scolaire.

  1. D. Andriamalala, son nom d’écrivain, c’est 18 livres reconnus, romans et essais. Quatre d’entre eux devraient être élevés au rang de livres cultes. « Fofombadiko », sans doute son œuvre la plus lue ; « Hetraketraka » ; « Ilay vohitry ny nofy » ; et enfin, « Ny Fanagasiana ». A travers ses écrits, cet auteur, né le 22 octobre 1918, a toujours cherché à réintégrer la langue malgache comme une richesse naturelle et acquise à travers ses romans. Le réalisme était sans doute la meilleure façon de mettre en scène les histoires mais surtout cette langue, à laquelle il voue une dévotion sans borne, jusqu’à écrire un pavé : « Ny Fanagasiana ».

Un visionnaire incompris ? Au-delà de la simple langue, le malgache est pour lui un enjeu identitaire et politique. Sa verve était très critique et sans fioritures. « Parce que certains grands… n’ont pas pensé à tirer vers le haut leurs compatriotes, mais ont préféré être complices de ces étrangers pilleurs de nos richesses », avance- t-il dans ce livre imprégné de patriotisme. Il va même jusqu’à adopter des positions extrêmes. « Il faut fermer toutes les portes, sur un laps de temps, pour que les marchandises venant de l’extérieur ne puissent pas entrer, pour qu’on sache ce que nous sommes capables ou pas de produire. Des Malgaches talentueux en savoir-faire vont sûrement faire surface ».

Dans un contexte d’anti-impérialisme encore ardent (période 1972), « Ny Fanagasiana », objet littéraire et d’éveil des consciences, est devenu une démarche politique. Dans l’ensemble, E. D. Andriamalala a sans doute cherché, quelque part, à pousser les Malgaches à une introspection pour une approche dynamique de la construction historique. Sans verser dans le déni, surtout après les séquelles laissées par la France colonisatrice.

Si ces œuvres-là ont été celles qui ont été les plus retenues, l’écrivain en a toutefois édité d’autres, moins mises en lumière. Dans la même veine patriotique et éveilleuse de conscience, il a écrit notamment « Maty ve Ratsimandrava ? ». Il y évoque l’amertume et l’espoir, avec un ton parfois acerbe, qu’il a ressenti lors de la mort de ce colonel de la Gendarmerie, assassiné par balles un 11 février 1975, et dont les résultats de l’enquête n’ont jamais été connus. Sauf un accusé « Jumbo », qui serait le tireur, et qui est devenu l’anti héros  des légendes urbaines tananariviennes, donnant plus l’apparence d’un bonhomme tombé au mauvais moment, au mauvais endroit.

Les inédits. Des romans comme « Menarana », « Taolambalo », « Ny Nosy vaovao »… complètent le travail immense d’E. D. Andriamalala. Ces derniers attendent encore d’être vraiment révélés au grand public. Dès ces premiers romans, l’auteur démontrait déjà le génie de la langue malgache. Un vocabulaire riche et une composition simple donnaient à sa plume l’agilité et l’élégance d’un grand peintre. Dans ses œuvres les plus « abouties », sa technique pour placer l’histoire dans son environnement était incomparable.

Pour cette célébration du centième anniversaire, le programme débutera à 10h à l’Académie Malgache de Tsimbazaza. Au menu, la cérémonie d’ouverture proposera des lectures d’œuvres de l’auteur par les membres de l’Havatsa-UPEM. Des chansons et des déclamations seront ensuite effectuées par les descendants de l’écrivain. Pour  clôturer cette journée, les enseignantes- chercheuses, Beby Vololona Rajaonesy et Nanoina Randriantsimiala, feront une communication autour d’Emilson Daniel Andriamalala et de ses œuvres.

Du 22 au 26 octobre, une exposition se tiendra au Tahala Rarihasina Analakely. Ce sera aussi l’occasion d’acquérir ses livres pour ceux ou celles qui veulent les découvrir. Entre temps, le 25 octobre aura lieu sur le même site une conférence-débat avec les écrivains de cette association de poètes et d’écrivains malgaches, organisatrice de cette célébration. La cérémonie de clôture se fera le 28 octobre à partir de 9h.

Maminirina Rado

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