Musique : Et si Madagascar était chanté

Jacaranda
Une des facettes d’Antananarivo à travers un tableau de Léon Paul BLeger

Le répertoire musical malgache recèle quelques titres qui feront pâlir d’envie les voyageurs et les découvreurs de contrées. Voici quelques chansons à écouter en guise de séjour. 

Qualifié de chansons touristiques, ou de marketing de bas étage, le répertoire musical malgache regorge de quelques chansons qui font l’éloge d’une ville ou d’un trou qui résumerait tout l’univers. Au plus fort de sa gloire, quand le grand Robert Nesta Marley sortait son morceau « Trenchtown rock », les médias jamaïcains s’empressaient de le tancer. Ces derniers l’accusaient de sortir de ce qu’il savait faire de mieux. Puisque le chanteur de reggae jouait, parait-il, le bon autochtone.

Tandis que, quand Jay Z et Alicia Keys, chantaient dans un duo fiévreux le titre « New York », toute la planète se mit à rêver. Ces genres de chansons sur lesquelles l’artiste chante son amour pour la Californie, Londres ou d’autres encore, il y en a également dans le patrimoine musical d’antan et actuel malgache.

  1. Barijaona : Antananarivo

Ce titre de Barijaona dépeint avec toute la légèreté qui l’accompagne, la capitale de Madagascar qui ,dans ses paroles est une ville éternelle. Une cité qui berce ses musiques et ses rires, les étrangers de passage. A l’époque de la création de cette chanson, Antananarivo vivait dans une sorte de nostalgie d’un lointain devenu mythe, mais qui bouillonnait sous le rouleau de l’occidentalisation. « Signalons qu’en 1956, vers la fin de la période coloniale, il existe 47 journaux édités à Antananarivo dont huit quotidiens », comme le relate Albert Ralaikoa et Dahy Rainibe dans le livre « La cité des milles – Antananarivo : histoire, architecture, urbanisme » (Tsipika, 1998). Ce grand écart, entre une ancienne cité royale de l’oralité et l’avenir d’un centre urbain de l’écrit, avait de quoi rendre nostalgique.

  1. Jean Kely et Basth : Ino maresaka Tamatave ?

Tout digne fils et fille de la cité du Grand Port se doit de connaitre cette chanson immortalisée par un duo incomparable, Jean Kely sy Basth. Quand on les rencontrait dans les quartiers animés de la capitale de l’Est, ces deux compères rappellent la dégaine royale d’un Compay Segundo et d’un Ibrahim Ferrer, se pavanant en maître sur leur terre. Qui est tout à fait de leur droit, puisqu’ils ont rendu éternelle non seulement une ville mais aussi son esprit : le Casesa. Dès son entrée, le morceau est tonique avec un jeu d’accordéon enjôleur et ce faux rythme envoutant. « Quelles sont les nouvelles de Tamatave ? C’est le Basesa  qui y est célèbre », annonce Jean Kely et Basth. Marc Trillard (Madagascar, éditions Marcus – 1999) fait l’éloge d’un  « Toamasina est une ville à laquelle on s’attache volontiers. Son rythme de vie nonchalant et insoucieux … ».

  1. Mily Clément : Antsiranana Meva

On est tenté de penser que Mily Clément a créé cette chanson sur la grande place du Ritz, incontournable à Antsiranana. Le premier visiteur de la ville la plus propre de Madagascar, apparemment cela se ressent dans le titre, devra toujours passer par ce site. Où trône le reste d’un passé cinématographique, le cinéma Ritz. Antsiranana l’insaisissable, à la fois étroit, à la fois large, à la fois long et à la fois courte. Mily Clément y perd son latin. Dans un titre qui a fait la signature de l’artiste, tout en modernité avec des sonorités synthétiques, sa voix gaie…  Antsiranana donne l’impression d’une ville puissante qui a été coupé dans son élan. C’est sans doute pour cela que l’artiste déborde d’éloge : les belles plages de Ramena, ce Varatraza intarissable…

  1. Lôla : Majunga

Devenue la plus belle ville de Madagascar en l’espace de quelques années, grâce à la transhumance estivale de juin à septembre. Si Majunga n’était pas chanté par un chanteur ou une chanteuse, ce serait l’ultime affront de la musique malgache à la plus séduisante des cités de l’ouest : la Cité des fleurs. Lôla s’est ainsi sacrifié. Lui qui a déjà chanté pour les beaux yeux d’une autre ville de l’Est du pays, il a pris le risque de magnifier une ville, voire un peuple. Fort d’une histoire séculaire, fait de prestige et d’exploits royaux, les « majungais » et « majungaises » sont jaloux de leur cité. Et Majunga, c’est avant tout le bord de la mer, ce fronton maritime où la population locale aime parfaire leur journée au coucher du soleil.

Maminirina Rado

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