Portrait : Lôlô sy ny tariny à travers deux chansons

Jacaranda
Lôlô sy ny tariny, un mythe de la musique malgache. (crédit photo : Lôlô sy ny tariny – officiel)

Aucune histoire, aucun témoignage ne saurait mieux raconter un groupe ou un artiste, si ce ne sont ses chansons. Avec Lôlô sy ny Tariny, il s’agit de regarder au-delà de quelques titres moins connus mais toujours aussi marquants.

Benoro

Avec cette chanson, Lôlô sy ny tariny a répondu à son époque. Quand la vague folk a déferlé, comme une idéologie, autant que comme une musique sur le monde. Comme s’il prenait au mot Jean François Dutertre (L’herbe sauvage, perspective cavalière sur le Romantisme et les traditions populaires – FAMDT, 1993) qui a déclaré que « la littérature cultivée devient si promptement factice qu’il est bon de retourner quelque fois à l’origine de toute peine, c’est-à-dire l’impression de la nature sur l’homme avant qu’il eût analysé l’univers lui-même ». Bien que cet auteur ait écrit cette affirmation bien après la sortie de « Benoro », il a capté l’essence même de cette époque. La chanson raconte le périple tragique en mer de l’artiste d’un village situé dans le sud-est de Madagascar. Pour ainsi dire celui qui possède le rôle d’artiste. Puisque dans le fond, il est avant tout un pêcheur. Sa musique sert d’anesthésie pour les petits, et apaise la crainte des mamans lors du rituel du Sambatra, la circoncision collective. Au-delà du cheminement de l’histoire, qui se ressent dans la cadence imprimée par la musique, Lôlô sy ny Tariny y met aussi en perspective le rôle naturel de l’artiste dans la société malgache. Et au final, il fait un travail de miroir sur lui et Benoro, l’« apaiseur » des maux et des peines.

Lôlô sy ny Tariny a su avec leur manière faire refléter des phénomènes sociaux à travers des petites histoires presque anodines. Mais avec une verve poétique inégalable, il ressortait ces petites vies du grand néant de la vie. Pour en faire des moments de bonheur, certes, mais surtout de réaliser les facettes de la société.

Le versant oriental de Madagascar a beaucoup inspiré Lôlô sy ny Tariny, ici magnifié par le peintre Jean Rambinintsoa. (crédit photo : Peintures et sculptures de Madagascar)

Bilakarenjy

Dans la progression musicale, surtout pour des titres comme « Bilakarenjy », Lôlô sy ny tariny se rapproche d’un jeu de tension qui ferait penser à du vakisôva. Quelque part, il y a aussi du « hira gasy », cela se retrouve dans la manière d’insérer le texte sur les sonorités instrumentales. Difficile ici de parler de folk song, même si selon Valérie Rouvière (Le mouvement folk en France – FAMDT, 2002), « être folkeux », c’est « chanter dans sa langue, reprendre des airs de son pays ». La chanson évoque un phénomène plutôt contemporain qu’est l’exode rural. « Bilakarenjy » a fuit son village pour se refaire à Antananarivo. Lui handicapé, faute de soin « puisqu’il n’y avait pas de docteur dans le village de Bilakarenjy ». Pour seul héritage, il a reçu un petit lopin de terre, qui le crible de dette au lieu de le faire vivre. Exploité par un ami, il s’est un jour révolté, une rébellion qui lui a coûté cher. Il se retrouve estropié et part pour chercher sa pitance en ville. Maintenant, on le retrouve quémandant dans les rues de la Capitale, sous la pluie, pour de la petite monnaie. Une image qui se lit, parfois, dans le regard de ses enfants des rues de Tana.

En deux chansons, la magie opérée par Lôlô sy ny tariny explique leur succès. Des textes à vif, qui raconte l’essentiel. Avec ce même ton parfois résigné, surtout cette poésie insondable, le groupe a aussi chanté l’amour et ses facéties avec « Malala », « Zakaranda », « Baomijijy »… Les destins brisés, « Raditra », « Marie Katisoa »… Mais il a toujours mis en évidence ce Madagascar des transhumances et de la diversité avec « Hanano lakôpy », « Sabina », « Lékôma »…

Maminirina Rado

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