Lu pour vous : « Madagascar et le christianisme » dirigé par Bruno Hübsch

Jacaranda
La famille Huckett avec à sa tête Arthur et sa femme Eliza, des missionnaires de la « London Missionary Society ».

A l’heure où de plus en plus de questions se posent sur les objectifs de la christianisation à Madagascar. A l’heure où la laïcité est revenue sur le premier plan politique. La Grande Île, pays des valeurs morales déjà installées depuis des siècles, voire des millénaires. Par rapport aux ouvrages sur la culture malgache, ses mœurs, ses coutumes, même sa religion traditionnelle, les écrits sur le christianisme à Madagascar ne manquent pas. Tel « Madagascar et le christianisme », aux éditions Ambozontany en 1993, dirigé par Bruno Hübsch.

Vingt-et-un historiens confirmés, malgaches en majorité, appartenant aux diverses Églises chrétiennes, ont participé à la rédaction de cette synthèse qui s’est voulue œcuménique. On comprendra qu’aucun n’est cité ici, faute de pouvoir les mentionner tous. La première partie, « L’héritage des Ancêtres », tente notamment de restituer l’univers mental malgache avant les contacts avec les Européens. On ne sera pas étonné que les  chapitres soulignent la croyance en une divinité suprême unique, au-delà  des cultes et des pratiques d’apparence animiste, croyance qui facilitera le passage au christianisme. La seconde partie, « De la Palestine à l’océan Indien, 30-1800», étudie les premières tentatives de christianisation, œuvre de missionnaires catholiques, mais sans succès durable : au XVIIe siècle par exemple, les lazaristes de Fort-Dauphin sont victimes des avanies du comptoir français. C’est au cours de la première moitié du XIXe siècle (troisième partie, «Accepté…, refusé…, 1818-1861 ») que des missionnaires, des réformés cette fois — ceux de la « London Missionary Society » —, pénètrent dans le royaume merina à l’occasion de la rivalité franco-britannique dans cette partie de l’Océan Indien. Profitant du bon accueil du roi Radama Ier aux propositions anglaises, ils fondent les premières écoles et, bien que ce roi n’autorise pas le baptême de ses sujets, le message chrétien commence à être diffusé à Tananarive. Sous la reine Ranavalona Ire ( 1828-1861), l’autorisation du baptême semble permettre tous les espoirs dans un premier temps. Puis, prenant ombrage de l’influence étrangère, la reine interdit le christianisme en 1835 et des Malgaches convertis subissent le martyre. C’est dans la clandestinité et malgré l’exil des missionnaires que s’effectuent les conversions. A la même époque, des missionnaires catholiques français forment à Sainte-Marie et Nosy-Be des jeunes malgaches destinés à évangéliser leur pays. De 1861 à 1895 (quatrième partie, « Les chrétiens et l’Etat »), l’État merina s’oriente vers la modernité, et une totale liberté est laissée à la prédication et à la pratique de toutes les Églises. La L.M.S. est rejointe par les « quakers », les anglicans, les luthériens norvégiens qui tentent de gagner toute l’île au christianisme. Mais c’est toujours en Imerina que les conversions sont les plus nombreuses, surtout après le baptême en 1869 de la reine Ranavalona II et du Premier ministre Rainilaiarivony. Les missionnaires catholiques (surtout des jésuites français) s’implantent aussi avec succès en Imerina. Preuve de la réussite de cette implantation, pendant les deux guerres franco- malgaches de 1883-1885 et de 1894-1895, en l’absence de missionnaires et de prêtres, des laïcs malgaches s’organisent pour entretenir la foi des fidèles. Preuve aussi de la vitalité du protestantisme autochtone, on assiste à la même période à la formation en Imerina et Betsileo de deux communautés de type éthiopien, sans relations avec les missionnaires étrangers. Sous la colonisation (cinquième partie, 1896-1960), des missionnaires catholiques essaient d’abord d’entraîner les protestants vers la religion « du vainqueur», mais Galliéni met fin à la « guerre des missions ». Et après l’épisode traumatisant du gouvernement général Augagneur (1905-1910), époque de laïcité militante, la paix est rétablie par le décret de 1913 qui étend à Madagascar le principe de la séparation des Églises et de l’État. Désormais le protestantisme, dans la diversité de ses sectes, et le catholicisme ne cessent de se développer et les Églises accompagnent l’évolution des esprits, comme en témoigne en 1953 la déclaration des évêques catholiques qui reconnaissent la légitimité de l’aspiration à l’indépendance. Depuis l’indépendance (sixième partie : « L’Église au sein de la Nation, 1960-1990 »), les Églises jouent un rôle actif dans la vie sociale ; leur influence a été accrue par le regroupement des réformés en 1968 constituant l’Église de Jésus-Christ à Madagascar (F.J.K.M.) et par le concile de Vatican II qui encourageaient notamment  un dialogue entre toutes les Églises De ce dialogue résulte en 1980 par la fondation du Conseil des Églises chrétiennes de Madagascar (F.F.K.M.), très critique à partir de 1982 envers le régime du président Ratsiraka. Bien que les chrétiens ne représentent actuellement qu’un peu moins de la moitié des Malgaches et qu’ils soient surtout nombreux sur les Hautes Terres, le christianisme apparaît définitivement implanté dans l’île.

Recueillis par Maminirina Rado

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  1. Sekou Touré disait qu’avant l’arrivée des missionnaires, ceux-ci avaient la Bible et les Africains avaient la terre.
    Les missionnaires ont appris aux Africains à prier les yeux fermés. Quand ils les ont rouverts, ils avaient la Bible entre les mains et les missionnaires blancs avaient la terre.
    Friedrich Engels avait raison :  » La religion est l’opium du peuple  » ( in  » Anti-Dühring  » ).

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