Lu pour vous… « Dieu dans la tradition malgache. Approches comparées avec les religions africaines et le christianisme » – Editions Ambozontany, 2006

Jacaranda

Cet ouvrage constitue le prolongement de séminaires d’histoire des religions organisés dans les Universités de Tuléar, Tananarive et de Tamatave. Les quatre parties qui le composent avaient été publiées par le passé dans des actes de colloques ou des revues spécialisées, mais ces textes étaient devenus peu accessibles. Réunis pour la première fois en tenant compte des apports récents de la recherche, ils forment un ensemble tout à fait cohérent, enrichi par une sélection de documents. Pietro Lupo entend examiner les divers discours élaborés à l’époque contemporaine, depuis l’extérieur comme  sur la notion de « Dieu » dans la tradition malgache. L’entreprise s’inscrit donc dans une perspective d’anthropologie culturelle et d’histoire où le regard et l’interprétation importent plus que d’éventuels faits objectifs. L’auteur commence par des considérations assez générales. Il souligne que, dans des cultures excluant la notion de révélation, le discours sur Dieu procède d’une quête rationnelle, d’une inquiétude devant la mort, des débats entre dominés et dominants, ou de l’affirmation du pouvoir royal. Après ces réflexions préliminaires, Pietro Lupo se penche plus précisément sur les notions de Dieu dans la pensée traditionnelle malgache, s’appuyant avant tout sur des recherches qui concernent la région centrale de la  Grande  Ile. Il examine tout d’abord le discours extérieur, observant que des administrateurs coloniaux laïcs comme Augagneur ont été amenés par leurs propres à nier l’idée d’un monothéisme malgache, tandis que les missionnaires catholiques ou protestants ont valorisé cette notion dans le cadre de la doctrine des « pierres d’attente ». L’auteur revient par la suite sur le discours élaboré par les chercheurs malgaches. Il observe que certains d’entre eux identifient le « Zanahary » avec un Dieu créateur, afin de revaloriser la pensée ancestrale aux yeux de l’extérieur. Toutefois, l’auteur souligne qu’un tel rapprochement est assez hasardeux, le terme malgache renvoyant plutôt à l’idée d’Ancêtre fondateur d’un nouveau royaume ou de divinité source de fécondité. L’auteur livre pour finir une réflexion générale sur la représentation de Dieu dans les pensées africaines et occidentales. Évoquant les travaux de Kagame sur l’aire culturelle bantoue, il souligne que l’idée d’une divinité africaine transcendante, si elle n’est pas à exclure absolument, peut aussi être ramenée à un transfert opéré par des intellectuels chrétiens. Il retient pour sa part que la notion de Dieu dans la pensée africaine mêle éloignement et immanence, le sacré étant présent dans Outre-Mers, T. 94, N° 352-353 (2006) 384 COMPTES RENDUS divers objets, alors que la conception chrétienne est marquée par une volonté de rupture avec la nature. Certains spécialistes de Madagascar regretteront peut-être une approche parfois un peu trop générale. Cependant, à la fois claire et refusant les simplistes, cette étude ouvre de nombreuses pistes de recherches. On y trouvera notamment de stimulantes réflexions sur les sources de connaissance de la pensée religieuse traditionnelle. La partie documentaire qui juxtapose des textes liturgiques en malgache puis en français et les témoignages de différents missionnaires et voyageurs, mérite d’ailleurs qu’on s’y attarde.

Recueillis par Maminirina Rado

LUP07MR

Share This Post

2 Comments - Write a Comment

  1. J’adhère.

  2. Ce que les étrangers et les missionnaires n’ont jamais ou appréhender, est que la religion à Madagascar avant l’arrivée de ces étrangers est une religion monothéiste.Contrairement à l’idée répandue par les colonisateurs.

    De plus, les Malgaches ont connu la Trinité depuis longtemps :
    Dieu signifie : Andriananahary
    Fils de Dieu signifie : Zanahary ( Zanaky ny Nahary )
    Esprit ou Saint-Esprit : Fanahy ( Ny Fanahy no olona et non Ny Fanahy no maha-olona qui est une expression apparue depuis quelques décennies ). Et l’homme est un olombelona ( esprit vivant ) et non un olona.

    Le mot Andriamanitra a été donné volontairement aux missionnaires colons pour traduire le mot Dieu. Et c’est ce qui est retenu par les missionnaires et jusqu’à ce jour.
    Adriamanitra vient de Andriana et Manitra. Le corps de l’Andriana ne sent pas mauvais quand il tourne le dos.

Post Comment

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.