Histoire : Francis Sautron : le plus Malgache des Réunionnais

Jacaranda

Le nationalisme malgache en général, et le syndicalisme d’Antsiranana en particulier, doit à Francis Sautron.

Né en 1925  à la Réunion, Francis Sautron débarque à Madagascar en 1944 pour accomplir son service militaire, en poste à la direction du commissariat de la marine de Diégo-Suarez. En 1946, il est démobilisé. Ensuite, il devient membre de la CGT de Diego-Suarez. Cependant, des divisions interviennent au sein du syndicat. Mais en dépit de  ce partage, Francis Sautron se consacre à la défense et à la formation syndicale de tous les travailleurs de Diégo-Suarez, quelle que soit leur origine.

Syndicaliste fervent. Le 1er mai 1950,  à l’occasion de la fête du travail, il organise un grand défilé dans la rue de Diégo-Suarez. Cette manifestation  coïncide avec celle des dockers du port de la Pointe des Galets à la Réunion.  En 1953, la grève prend de l’ampleur. Puisque l’organisation syndicale (CGT) est imbibée de nationalisme depuis les années quarante, elle participe  aux luttes nationalistes par l’intermédiaire des  ex-MDRM. Entre 1950 et 1953, des mouvements de grèves sont organisés à Madagascar, dont la moitié à Diégo-Suarez. Après la revendication politique dans les années précédentes qui a connu un échec,  Sautron et les ouvriers prennent le relais. En 1955, avec les syndicalistes, il publie un journal porte-parole des travailleurs, dont le premier numéro parait en février 1955. Les efforts des syndicalistes nationalistes sont chaleureusement félicités par les « cégétistes » de Tananarive.  « Ce journal des travailleurs est réel grâce à nos efforts, nous les travailleurs, toutes les difficultés et les problèmes seront enterrés si nous unissons nos forces ». Telle est la première phrase du journal des travailleurs. Effectivement, le but est de conscientiser l’administration coloniale  pour qu’elle applique le code du travail de 1953. Francis Sautron réunit les travailleurs  dans le syndicalisme, notamment le FISEMA. Les grèves de 1954 le rendent populaire aux yeux de la population antsiranaise. Il devient maire de la ville d’Antsiranana en 1956. Partisan de la lutte contre la colonisation, Sautron a le même objectif que Paul Dussac. Communisant, il adhère au groupe politique UPM présidé par Gisèle Rabesahala. Grâce à l’effort de ce malgacho-réunionnais, la ville de Diégo était un exemple de nationalisme,  selon le journal Imongo. La ville a montré sa détermination contre l’intimidation des colonisateurs.

Le héros de Diégo-Suarez. 11 octobre 1959, des élections municipales sont organisées à Madagascar. La participation  à ces élections constitue un grand défi pour les partis politiques qui existent à Madagascar. A Diégo Suarez, Francis Sautron pose sa candidature.  Cette fois-ci,  il porte les couleurs de l’AKFM. Non seulement il gagne les élections,  mais L’AKFM obtient 17 conseillers municipaux sur 27 sièges.L’autorité ne reconnaît pas la victoire des syndicalistes. Elle force alors les conseillers municipaux du PSD à démissionner. 17 octobre 1959, les amis du maire élu, Migui, Rabarison, et Rakotoarimanana, lancent  des tracts et contestent la  démission des membres du PSD, le parti au pouvoir. « Nous, conseillers municipaux AKFM élus le 11 octobre 1959 au nom de la population, protestons énergiquement contre la manœuvre d’obstruction systématique du parti du gouvernement ».   En effet, entre 1959 et 1960, la ville d’Antsiranana assiste à une fièvre politique sans précèdent.  Mais Sautron n’est nullement inquiété.  Il est inébranlable. « C’était un grand homme, il était très attaché à Madagascar », a affirmé l’ancien maire de Diégo-Suarez Roland Sylvain.

Maire d’Antsiranana, Francis Sautron a déjà élaboré le schéma directeur d’urbanisme de la ville, en tenant compte de la vitesse et la fluidité de la circulation. Il a, durant son règne, entrepris des travaux qui ont embelli Antsiranana, en respectant les trames du plan directeur d’urbanisme. En accédant à la tête de la commune urbaine de Diégo-Suarez en 1959, Sautron, premier maire de cette ville, s’est attelé à sa transformation, et ce, certainement pour y marquer son empreinte.

Francis Sautron a inspiré bon nombre de générations. Communisant fervent, il l’est resté jusqu’à son dernier souffle en 2003.

Iss Heridiny

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