Portait : Randja Zanamihoatra : le poète couturé de cicatrices

Cliché de Randja Zanamihoatra en 1946.

Les œuvres de Randja Zanamihoatra constituent un mouvement littéraire singulier, s’inscrivant dans une dimension aussi bien sociologique que philosophique. Ce n’est pas par hasard si sa plume est pointue et fine, parce que la vie l’a aiguisé.

Edmond Randriamananjara, alias Randja  Zanamihoatra, est un homme de belle prestance, très charmeur, avec une certaine allure.  Il a quelque chose de rassurant. Il est là, les deux pieds sur terre.  Chacun de ses pas est compté pour une gestion de son temps. La tête à ce qu’il a sous les yeux, les mains occupées à façonner la vie, Randja Zanamihoatra a toujours un projet à réaliser. La routine l’ennuie. C’est un homme d’action, de conviction, très occupé,  et infatigable. Toujours habillé en costard, et bien coiffé, il est très soucieux de sa mise vestimentaire, bien qu’il ne s’aventure pas trop dans les sentiers de la mode.

Mais derrière ce beau visage et cette fine moustache se cache un grand chagrin. Certes, Randja Zanamihoatra  a fait couler beaucoup d’encre,  mais il a aussi versé des larmes.

Amertume et peine. Après avoir fini ses études à  l’école Bejamin Escande, le jeune Edmond Randriamananjara devient commerçant.  En 1946, il s’installe à Ankazomiriotra, un petit village situé à l’ouest d’Antsirabe. En juillet, il devient collecteur de pierres précieuses. Le 2 août 1947, il se marie à Jeannette Ravaosolo. Après 21 jours de mariage,  il perd sa mère.  « Elle nous a quittés », telle est la phrase dans son autobiographie. L’année suivante, il perd son premier enfant. Pendant trois mois, Randja porte un lourd chagrin dans son cœur.  1954, il débarque à Antananarivo, et lance une épicerie à Ambatomitsangana.  Brutale est la vie ! Vers la deuxième moitié des années 1960, Jeannette Ravaosolo  disparaît. Effondré, les joues inondées de larmes, il  allume sa cigarette, s’enferme dans son bureau, et se met à écrire des poèmes. Seul, il élève cinq enfants.

En 1970, l’artiste tombe amoureux d’une autre Jeannette.  Cette dernière a mis au monde un garçon,  Nobel Randriamananjara.  Mais la vie est encore cruelle envers le poète. En  août  1979, après avoir fait un pique-nique au bord du lac Alaotra, la famille Zanamihoatra est victime d’un grave accident.  Un camion heurte leur  voiture, une Renault R16. A la banquette arrière se trouvait la famille de son fils ainé, qui est légèrement blessée ; tandis que devant  avec lui, son fils Nobel et sa femme sont totalement amochés à cause du choc. Quelques minutes après ce tragique évènement, Jeannette Raveloarisoa rend l’âme. Zanamihoatra et son fils sont évacués  à l’hôpital de Befelatanana.  Pendant que Nobel fait un dernier hommage à sa mère, le poète est dans le coma. « Je ne savais pas quoi faire, j’avais six points de suture sur le visage, ma mère venait  de mourir dans mes bras, et mon père était dans un état critique, alors que je venais tout juste d’avoir neuf ans », a témoigné  Nobel Randriamananjara.  Après quatre jours de coma, Randja se réveille. Il apprend que sa femme n’est plus de ce monde.  Immobile sur le  lit de l’hôpital de Befelatanana,  le professeur Blaise l’examine. Le résultat du diagnostic révèle que  Randja Zanamihoatra souffre d’un traumatisme  crânien.   Avec le courage et le soutien de ses fils, et après deux ans  de rééducation, il se remet à écrire en 1982.

La vie a forgé le caractère de l’écrivain.  Même s’il a souffert, il n’a jamais  jeté l’éponge, jusqu’à sa mort le 11 juillet 1997. Cela a fait de lui un grand artiste. « L’homme passe mais l’histoire reste ».

Iss Heridiny 

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Un Commentaire - Ecrire un commentaire

  1. Triste destin pour un grand homme Zanamihoatra. Merci pour l’hommage, je partage.

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