Slam et poésie : CGM, lieu d’expression

Jacaranda
La slameuse Andria Navalona a animé la scène ouverte samedi dernier.

La scène ouverte de slam et poésie a eu lieu au CGM Analakely samedi dernier. Organisé par  Madagaslam Section Antananarivo, cet évènement  se tient tous les deuxièmes samedis du mois.

Plus d’une cinquantaine de poètes et slameurs ont participé à la scène ouverte. Si les uns ont exprimé  leur irritation envers les politiciens, d’autres ont  exposé leur joie. « Le slam rime avec liberté d’expression… C’est aussi un partage… Quand le poète monte sur scène, il raconte et décrit ce qu’il a vu et vécu », a expliqué l’animatrice Andria Navalona. D’après  la slameuse Antsa, « c’est une occasion pour les jeunes poètes urbains d’échanger  leurs expériences ».

Comme tout le mouvement littéraire contemporain, le slam se singularise  par une réelle diversité. Cette discipline  démontre non seulement la richesse culturelle et artistique, mais elle permet également de  saisir  les attentes et les inquiétudes d’une jeunesse dynamique et mobilisée.

Le slam  vise avant tout  à s’amuser, à détendre.  Les artistes mènent adroitement  le sérieux et l’ironie.  Les slameurs savent souvent manier les mots, car par leur description, ils savent « décortiquer les choses » pour les présenter sous un aspect tout à fait  inhabituel qui éveille la conscience des auditeurs. Les poésies  des slameurs qui ont participé à la scène ouverte étaient entre le burlesque et le tragique, le sérieux et le plaisant. Ce qui fait que le slam est plein d’humour et plein d’amour.

Exprimer ses plus « belles colères ».  Voyant la vie dont souffre le pays, les slameurs comme Yremar,   Stani et Gael ne cachent pas leur colère envers les politiciens.  La poésie  apparait  comme le miroir de la société malgache. Ces jeunes n’ont rien inventé : tout ce qu’ils disent  est conforme à la réalité.  « Madagascar est pauvre. Rongé par la corruption, la Grande Île n’avance pas ».  En fait, le rapport de la plupart  des slameurs  à l’autorité étatique est critique.  Perçus comme  des incompétents, corrompus et égoïstes,  les hommes politiques sont généralement dénigrés. Pour ces artistes, les politiciens n’écoutent pas la population.  Selon Yremar, l’Etat oppresse le peuple.  « Ils (ndlr : les politiciens) ne pensent qu’à leurs intérêts. En réalité,  ils ne nous aiment pas. C’est pour cela que j’ai écrit ‘Misy tery’. Je suis convaincu que rien ne marche  dans ce pays ». Mais les slameurs ne se bornent pas  à la situation politique du pays,  ils constatent le changement  de l’attitude des Malgaches en général, et des jeunes en particulier. Une jeunesse pervertie. Une jeunesse qui ne sait plus où elle va ! Dans son texte, Young Boy ne cache pas son inquiétude. Une question l’assaille : « où allons-nous ? ».  Passionné de culture ancestrale, le texte de l’artiste est surtout basé sur la fraternité et la cohésion sociale.  Ce jeune homme souligne qu’ « on ne doit pas se laisser influencer par tout ce qu’on voit à la télé et sur les réseaux sociaux. Certes,  on assiste à la mondialisation, mais il faut que nous soyons vigilants ».

« Malagasy slam » en vogue ces temps-ci.   Nombreux étaient  pourtant ceux qui pensaient que le slam ne s’acclimaterait pas à la langue malgache.  Beaucoup pensent que les slameurs malgaches  ont une difficulté à s’exprimer parce que la langue de Rabearivelo  est difficile à prononcer, et que les syllabes sont  variées et difficile à saisir.  Des poètes comme Andriamisetra, Ynemar, et autres ont montré  leur aisance.  Il est important de noter que les Malgaches d’autre fois utilisaient  le « sova », le « tokaoka », et  le « Jijy » pour transmettre des messages, véhiculer des idées, surtout pour éduquer les jeunes. Mirindra , un fan de slam malgache, exprime cette idée en disant « on doit être fiers  de notre langue.  J’aime le slam  malgache, car premièrement c’est la langue de mes ancêtres, mais elle est également le reflet de la tradition et des us et coutumes.  Les proverbes et les maximes nous différencient des autres. »

La violence des textes des poètes-slameurs ne doit pas mener à la stigmatisation  du mouvement  dans son ensemble, car s’ils se présentent souvent de façon réactive envers certaines classes sociales,  leurs propos ne constituent pas moins le reflet artistique d’une catégorie sociale spécifique.

Depuis 2005, le slam a séduit le cœur des jeunes malgaches. Mais à cette époque, il a été pratiqué par des personnes de la haute société.  Désormais, il touche toutes les catégories. On trouve des slameurs aux quatre coins de la Grande Île. Souvent, « ils sont les porte-voix des oppressés ».

Madagaslam organisera ce deuxième semestre un grand tournoi.  Le but est de cultiver le talent des jeunes slameurs malgaches.

Iss Heridiny

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