Histoire : Les Mahaleo vus à travers Fafah

Jacaranda

La voix de Fafah, Famantanantsoa Rajaonarison dans le civil, est devenue une des marques de fabrique du groupe Mahaleo. A travers ce portrait/histoire, on comprend mieux comment les mythes naissent.

« Je me souviens, dans notre jeunesse, Fafah jouait les entremetteurs entre ma grande sœur et son grand frère », se souvient une ancienne habitante du quartier d’Ampefiloha, installée depuis en France. Ces petites anecdotes, ceux qui connaissent Famantanantsoa Rajaonarison, membre du groupe Mahaleo connu sous le nom de Fafah, depuis son enfance, en possèdent des dizaines. Lui qui jouait souvent durant son enfance à Ampefiloha, la cité au centre de la capitale. D’ailleurs, il y possède des proches-parents.

Cependant, comme la vie réserve souvent des surprises, le chanteur est forcé de déménager à Antsirabe. Et c’est là-bas que la légende commence. Un « ado » rencontre des jeunes musiciens du secondaire, Raoul, Nonoh, Dadah et Dama. Bekoto aussi y était, mais ce dernier aurait déjà été un petit rebelle, impossible à dompter à cette époque. Charles complète l’équipe. De ballades à bicyclette en apprentissage chevronné de la guitare, Raoul arrivait déjà parait-il à en fabriquer, le groupe est né. Mahaleo, le mythe.

La voix unique. Dans tout cela, Fafah possédait déjà une voix extrêmement souple, se distinguant dans les aigus et fidèle dans les basses. Avec ce côté enveloppant, chaque titre du band s’entendait comme une gracieuse confidence quand il le chantait. Aux alentours des années ‘70, la période choisie par le destin pour mettre sur la selle du succès la petite bande d’Antsirabe. Pourtant, Fafah est absent de « Adin-tsaina ». Le morceau faisant entrer les Mahaleo à jamais dans l’histoire musicale contemporaine malgache. Tout le monde saura plus tard l’intervention de Latimer Rangers, journaliste célèbre, qui a poussé ce titre à devenir un tube.

Le succès est immédiat. « Adin-tsaina » est un Ovni à l’époque. La variété acoustique, inspiré du folk américain et des envies de raviver les titres du terroir, régnait de plus en plus dans le paysage musical. Ce n’est pas seulement Mahaleo qui chantait le genre. Pourtant, « Adin-tsaina » chanté par Dama et Dadah, ne vivifiait ni les valeurs malgaches, ni les luttes contre les oppressions, ni la majetsé du monde rural…le morceau était une abstraction de la morale ambiante. Une femme sans colère,pourtant avec beaucoup d’amertume et ses cinq enfants à charge, délaissés par son mari parti pour une autre. Avec ce tube aux textes réalistes, sans oublier la complainte accompagnatrice de Dadah, le public adhère.

Aux prémices d’un mythe. Si Fafah est aujourd’hui considéré comme la voix des Mahaleo, au tout début, les autres membres se débrouillaient quelque peu au micro. Il suffit d’écouter les premiers disques de la formation. « Adin-tsaina », « Vololona », etc… Par ailleurs, Famantanantsoa Rajaonarison était déjà un visage indélébile  du groupe. Au-delà de la musique, Mahaleo exprimait également la génération montante de l’époque. Fafah probablement plus que les autres en étant le petit gars de la ville, le branché venu de la capitale. D’autant qu’il sortait d’une bonne famille.

La capitale, Mahaleo allait vraiment la conquérir après les tumultes de mai 72. « Nous ne sommes pas nés grâce à ce mouvement », répète souvent les membres du band. Tandis que Fafah, issu d’une famille mettant les études en haute estime, a décidé de se consacrer à la musique. On imagine la réaction d’un père. Selon la légende, il aurait passé un mauvais quart d’heure en apprenant la nouvelle. Bon gré mal gré, le rendez-vous avec le destin est souvent truffé d’incompréhension. Le succès grandissant de son groupe l’appelait à devenir ce qu’il est jusqu’à son dernier souffle, une légende.

Eclaireur. Il suffit de sauter dans les années 80 et 90 pour comprendre l’empreinte laissé par Fafah dans la musique malgache. Surtout celle jouée dans les terres centrales. Sa manière de chanter est devenue une véritable école. Au-delà de tout cela, le style Mahaleo a été retravaillé se manifestant parfois chez les Rebika, une version plus électronique de la bande à Dama avec plusieurs « Fafah » en puissance. Un concours de téléréalité, « Mahaleo Zandriny » organisée par une télévision privée, a aussi démontré le nombre de jeunes chanteurs se claquant sur Fafah.

Une trace comme ce dernier a laissé, il y en a peu. Il a réussi à donner à la musique malgache une voix, au même rang que les Tianjama, les Fanovona Jean Gabin… Dans un pays où la tradition musicale est plus instrumentale que vocale, le chanteur du groupe Mahaleo a apporté une voix au terroir du petit peuple. Comme l’a souvent chanté sa formation. Décédé le 20 octobre, Famantanantsoa Rajaonarison a laissé un héritage inestimable. Un départ qui inscrit encore un peu plus le groupe Mahaleo dans la légende de la musique malgache.

MaminirinaRado

Share This Post

2 Comments - Write a Comment

  1. une voix unique et sans égale !

  2. Un grand Homme parmi de grands Hommes de ce pays! Bien plus que certains de nos dirigeants.

Post Comment

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.