Portrait : Asimine, “Very ny bado”, D’gary ou la musique engagée

Jacaranda
D’Dary, le guitar hero malgache silencieux, mais sûrement très actif, ces derniers temps.

Si la « world music » a souvent tendance à “exotiser” la musique traditionnelle malgache, celle de D’gary possède pourtant une saveur particulière. Son autre facette, celle d’un homme engagé pour sa région natale. Loin de l’engagement pour se construire une image marketing ajoutant plus de folklore à l’exotisme afin de se cadrer au circuit international. Mais un vrai porte-parole sans artifice. Beaucoup voit en lui le meilleur guitariste de Madagascar, cependant, peu connaissent son combat. A travers ces quelques chansons, le guitar-hero se découvre plus qu’il ne joue.

« Very ny bado » – “Akatameso”, 2002

Cette chanson sonnant comme un chuchotement, à part de montrer toute la virtuosité de D’gary, dit tout dans son titre. Selon le guitar-hero, les « bado », c’est le peuple. Celui qui ne connaît rien mais s’avère être le moteur du pays. Dans ces anecdotes, quand on a la chance de discuter avec lui, dans une partie du Sud, là où les « dahalo » se pavanent et les terres ne comptent pas plus de 75 habitants au kilomètre carré, faire une lettre administrative relève du parcours de combattant. Difficile aussi d’y envisager un système d’enseignement digne de ce nom. Une situation qui plairait bien aux politiques. Et cette situation est restée inchangée depuis l’indépendance de la Grande Île et les « bado » sont presque livrés à eux-mêmes. 

« Miady mafy » – Horombe, 1996

Avec sa collaboration avec Jihé, pour sortir cet opus intitulé Akatameso, D’gary a fait découvrir une musique polyphonique. Le produit sentait bien une orientation plus « world music », ce qui n’a pas empêché le génie de parler de son « blues du sud ». Le texte, lui, parle de la stérilité des terres de Midongy à Befotaka, d’ Ihosy à Akora… « Comme c’est triste, le combat de nos parents », tamponne la chanson. Quelque part, elle résonne comme un encouragement pour des groupes humains faisant que ces régions ne soient pas encore désertées. Sans le citer, D’gary évoque en hors-champ le manque d’eau, la famine et la résignation de ces peuples. Cet album signe ses débuts, pourtant le discours engagé n’a jamais changé jusqu’à maintenant. 

« Politikinao nahoda » – “Akata meso”, 2002

Pour les inconditionnels de ce guitariste émérite, la question s’est toujours posée : comment sonnerait son jeu s’il jouait avec une guitare électrique ? Il l’a déjà fait avec le titre « Politikinao nahoda », toujours dans l’album “Akatameso”. Rien à redire, à part le son brut traditionnel pratiquement indélébile à D’gary, des incursions métal et blues traversent le morceau. Mais le titre est aussi là pour rappeler cette sorte de rage, tenant le tout comme des ficelles de marionnettes. Sans doute, le picking se retrouve dans un jeu moins compact et les vibrations émotives se rallongent sur des accords plus intenses, plus relâchés. « Politikinao nahoda » est un instrumental vif et curatif. L’ambiance ressemble aux délires d’un homme en chagrin voulant noyer son amertume dans l’alcool, une musique à l’esthétique rock. 

« Asmine » – Mbô loza, 1997

Sur ce titre, D’Gary s’adresse directement à « Asmine ». Une femme adorant la « full life », obnubilée par l’argent en oubliant sa dignité. Alors, il lui dit « Asmine, c’est l’heure », le moment de mettre un frein à cette vie. Sans être moraliste, la chanson démontre toute la panoplie de maître de la guitare du génie. La particularité dans les paroles des chansons de D’Gary, les paroles paraissent venir à la poésie, mais non l’inverse. Sans traduire en vers les tournures de l’âme, ni user de belles strophes. La combinaison des textes, des mélodies, des rythmes, des tensions… est nécessaire pour faire éclater ce « spleen poétique ». Ainsi, Asmine n’est pas jugée, elle est plutôt accompagnée dans sa folle ronde. 

Maminirina Rado

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