29 mars 1947 : Une insurrection tuée dans l’œuf à Diégo-Suarez

Dès le mois de décembre 1946, certains membres de MDRM de Diégo-Suarez ont organisé une campagne anticoloniale dans plusieurs zones rurales de la partie septentrionale de l’île. Cependant, l’organisation est rapidement étouffée par les autorités locales. Par conséquent, bon nombre de membres du parti politique nationaliste sont poursuivis et condamnés à des peines variant de 15 mois à 3 ans de prison au mois de janvier 1947. Pour autant, les différentes arrestations n’ont pas intimidé ceux en liberté. Ainsi, comme dans toutes les villes de Madagascar, un soulèvement a été prévu le 29 mars 1947 dans la ville de Diégo-Suarez. L’information se répand dès le 24 mars. 

Une insurrection avortée

A Diégo-Suarez, la mission d’organisation est confiée à Joël Sylvain, envoyé depuis Tananarive par la société secrète JINA. Celui-ci est arrivé dans la ville le 22 février 1947. Une réunion a été organisée chez Ratsimbazafy Bernard. La consigne était claire, attaquer le camp militaire de Lazaret. Les membres du JINA ont élaboré des plans d’attaque, avec neuf zones concernées : pyrotechnique, Sakaramy, Joffre-ville, Oreangea, camps Mehomas, Andranobozaka, marine nationale, direction d’artillerie, Lazaret. Ces zones sont les garnisons françaises et sont des points stratégiques qu’il faut à tout prix déstabiliser. Chaque secteur est dirigé par des anciens militaires et tirailleurs malgaches comme le sergent Maporisa, le sergent chef Randevo, l’adjudant Bola, le caporal Jaotombo Eugène, le sergent Danisaona et le Sergent chef Rabe Théodore. 

Selon le plan, vers 22h il devait y avoir un rassemblement de 1 500 personnes vers la route d’Anivorano pour piller le magasin d’armes de Lazaret vers 23h. Ensuite, les insurgés se sont donnés rendez-vous au Stade Municipale. Ils attaqueront après la caserne de Tanambao, dépôt de munition de la Pyrotechnie et le Quartier Mehouas. En cas de succès, le comité directeur devait lancer un appel à la radio pour annoncer la prise de la ville et proclamer l’indépendance. 

Les trente « courageux »

Les insurgés se sont heurtés à des grosses difficultés. La présence des chefs de canton fidèles à la France a empêché les insurgés de la campagne d’accomplir leur mission. A Diégo-Suarez, au point de rassemblement il n’y avait qu’une cinquantaine d’hommes sur les 1 000 prévus. Cela a jeté automatiquement un certain froid et découragement. Une vingtaine d’hommes ont renoncé et ont lâché les armes. Mais les trente « courageux » ont tenté d’aller jusqu’au bout. Sous la direction de l’adjudant Lekolony et de Raminoarisoa, ils se sont dirigés vers Lazaret. Le caporal chef Michel Rakotozafy, se servant des fonctions de sergent pendant que les officiers français dormaient profondément, rassembla les tirailleurs de la campagne comme pour faire un exercice de nuit, et leur a fournit des armes. Ces derniers ont été envoyés au fur et à mesure vers la brousse voisine où les attendaient Lekony et Raminoarisoa. Pourtant, le sergent de garde comorien Soilihi Mba était éveillé et a entendu le bruit. Il alerta donc les militaires français. 

Organisée avec hésitation, l’insurrection du 29 mars à Diégo-Suarez a été tuée dans l’œuf. Malgré l’échec de l’insurrection, le régime colonial a fortement réprimé les membres de MDRM et de la CGT à Diégo-Suarez et à Anivorano-Nord. 

Iss Heridiny

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Un Commentaire - Ecrire un commentaire

  1. Une population fidèle à la France ,une population pour qui  »fahalevoantaina  » était un mot sans signification était bien la réalité de l’époque. De plus si la rébellion était projetée par des émissaires venus du plateau ,elle était condamnée à l’échec. La mobilisation de  »soldats » à Mahamasina avait connu le meme échec. Faute de combattants ,la nuit du 29 mars fut tranquille.

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