Histoire : L’effervescence du nationalisme à Diego-Suarez après le second conflit mondial

Les élections législative de Juin 1946 a fait de Raseta un grand personnage de la Grande Ile.

L’opération Ironclad en 1942 contre le gouvernement vichyste qui aboutit l’occupation britannique, est l’une des causes majeures de l’effervescence du nationalisme dans la Grande Ile en général et le Nord de l’île en particulier. La défaite du gouvernement vichyste de Madagascar montre la faiblesse de la France aux yeux des Malagasy.

Après le second conflit mondial, un vent de changement souffle dans les colonies. Des élections sont organisées dans les zones d’occupation française afin que la population locale puisse élire leur représentant au sein de l’Assemblée Française. C’est d’ailleurs une occasion pour les colonies de prouver leur fidélité envers les leaders nationalistes. Dès lors, la deuxième moitié des années 1940 va connaître une agitation et une tension politique sans précédent en Afrique francophone en général et à Madagascar en particulier.

Le renforcement du nationalisme à Diégo-Suarez : la présence anglaise

Après la Seconde Guerre Mondiale, les efforts de guerre et le changement de la géopolitique mondiale renforcent l’idéologie anticolonialiste de la population malagasy. Les luttes héritées depuis Jean Ralaimongo prend de l’ampleur. La vie politique est animée par les nationalistes de Diego-Suarez. La présence des Anglais, la création du MDRM sont les facteurs de l’enracinement du nationalisme dans le cœur de la population du Nord de Madagascar.

Des interprètes comme Rajaonarivo Rolland et Rasolo Jacob accompagnent les services britanniques pour expliquer à la population Diégolaise “qu’ils sont venus pour bouleverser le régime vichyste à Madagascar”. Les services britanniques vont jusqu’à dire aux Malagasy qu’ils peuvent avoir l’indépendance en profitant de la faiblesse de la France. Ainsi, Les loyalistes perdent leur popularité, même si le jour même de l’attaque de Diégo-Suarez, Washington publie dans un communiqué déclarant que « les Etats-Unis et la Grande-Bretagne sont d’accord pour que Madagascar soit restitué à la France », une moitié des britanniques implantés dans la ville ne changent pas leur position, ils veulent aider la population à accéder à l’indépendance. Nostalgique de l’époque de XIXe siècle où ils ont aidé le souverain merina Radama à pacifier la Grande Île, les Britanniques veulent écarter les Français pour qu’ils puissent tenir les rênes du pouvoir à nouveau, mais cette fois- ci dans la région septentrionale, une zone stratégique du Sud-Ouest de l’Océan Indien.

La création du MDRM : une conscience nationale

Créé à Paris en février 1946, par Raseta, Ravoahangy, Rabemananjara, le MDRM connaît un succès, dans toute l’île. Ce parti incarne la nation malagasy. Avant la création de sa section régionale, le comité RASETA a fait d’abord surface à Diégo-Suarez. Il enregistre un certain nombre d’adhérents, surtout les migrants venant d’autres régions de Madagascar. Ce comité appuie fortement la candidature du docteur Joseph Raseta aux élections législatives. Pour mener à bien sa stratégie, les membres ont recruté particulièrement un adepte de l’idéologie de Ralaimongo et originaire de la région, Justin Bezara. Assez expérimenté, formé depuis le début des années quarante par les syndicalistes, ce personnage aux cheveux poivre et sel est l’homme de la situation. Les oppressions, de son village natal par les impôts perçus, nourrissent ses ambitions et l’ont poussé à être hostile envers le pouvoir colonial. En outre, les élites de la régions se sont tous rangés du côté du PADESM , alors il faut qu’un originaire de la région soit dans l’autre camp pour contrebalancer l’équipe adverse. Originaire d’Andranofanjava, au Sud-Ouest d’Antsiranana, un village longtemps oublié par le royaume Antakarana pendant la période des royaumes, et souvent négligé par le Royaume de Madagascar, Bezara veut être le représentant de sa localité .

La section MDRM de Diégo a été créée le 21 septembre 1946, il en est nommé Secrétaire général. Après quelques semaines des cellules sont formées en brousse, dans les cantons et les villages, le MDRM est partout même dans les plus petits bleds.

Les élections législatives, une fièvre politique

La préparation des élections législatives est une bataille acharnée. Le Dr Joseph Raseta est le représentant du MDRM dans la région Ouest, tandis que Félix Totolehibe est du côté du PADESM. L’administration coloniale met le bâton dans les roues des nationalistes pour qu’ils ne réussissent à gagner les élections. Ils subissent des menaces et se heurtent à de nombreuses difficultés. Pourtant, Raseta remporte la victoire dans la région du Nord de l’île. Justin Bezara en tant que président du MDRM de la section de Diégo- Suarez, participe activement à la campagne électorale. Ensemble lui et Rajaofera envoient des membres de MDRM à Nosy-Be et Ambanja, deux villes fief du PADESM. Quant aux membres du PADESM, le parti n’a pas changé de formule, ni de précepte « le MDRM est un parti des Merina, et qu’il ne faut pas tomber dans les pièges. L’indépendance signifie le retour du Royaume de Madagascar », affirment les ampanjaka de la région.

Le Docteur Raseta creuse largement l’écart en remportant 85% de voix à Antsiranana. Les propos ethnicistes: « si vous ne voulez pas être esclaves des Hova, votez pour Totolehibe », n’a pas convaincu la population. Les élections à l’Assemblée Nationale constituante qui a eu lieu le 2 juin 1946, a donné des résultats significatifs.

Zone d’occupation française depuis 1885, Diego-Suarez demeure le fief des nationalistes jusqu’à la fin des années 1950.

Iss Heridiny

Suivez-nous aussi sur Facebook

Partager cette publication

Poster un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.