Portrait : Berthon Valiha, l’unique joueur de « marovany » dans l’Est

Berthon Valiha envisage de s’installer dans la capitale et de continuer à porter haut le flambeau du « marovany ».

Il est le seul survivant du « marovany » dans la partie orientale de Madagascar, Berthon Valiha se livre à quelques confessions. Portrait d’un patrimoine vivant de la musique du terroir malgache.

Un humour affûté, une voix grave et claire, Berthon Valiha est l’une des rares personnes qui ont vu de leurs propres yeux et entendus de leurs propres oreilles Rakotozafy, monument de la musique malgache. « Quand nous étions allés à Ambohapasika, à Ambatondrazaka, pour des festivités de retournement des morts, il m’a dit que c’était un don. A son époque, il n’y avait pas de grands restaurants, ni de cabarets, ni de scènes, mais il y avait les bars pour y jouer », se rappelle–t–il.

Berthon Valiha, son nom d’artiste, a emboîté le pas à ce grand maître. « Je suis le seul à jouer du marovany dans la région atsinanana en ce moment. Malheureusement, la musique traditionnelle de cette partie de Madagascar est en train de disparaître », se désole celui qui a fait de Tombo Daniel, un autre maestro du marovany, son mentor. « C’était vers 1986 que j’ai rencontré Tombo Daniel, il m’a initié en jouant dans les cérémonies de tromba, j’étais à bonne école ».

Il est donc devenu la mémoire de cet instrument à Toamasina, sa ville natale, en 1970 dans le quartier d’Ambolomadinika. C’est là-bas que j’ai fait mes études jusqu’en classe de troisième, ensuite « mes parents, des travailleurs de la terre, n’arrivaient plus à financer mes cours et j’ai dû arrêter », se souvient Berthon Valiha. « Vous savez, Rakotozafy habitait une parcelle de chez nous. Deux valihistes étaient célèbres à cette époque, Rakotozafy et Marorazana Paul, ce dernier habitait à la campagne. Avant, ils jouaient tout simplement pour le feeling, sans penser à s’enregistrer ».

Le maestro Berthon Valiha fabrique lui-même ses instruments depuis son enfance.

Aujourd’hui, Berthon Valiha possède des dizaines de chansons. « Je n’ai pas beaucoup de talents pour chanter les ‘chéries’ et ‘baby’. Mes morceaux parlent souvent du milieu rural, du quotidien, du savoir-vivre dans la société… Parce que la musique du terroir doit comporter des messages, c’est pour cela que c’est de l’art », avance–t–il. Dès lors, il chante « Ino maresaka be izany ? », « Ny fambolena no antoky ny fiainana », « Renivohitra antsika Antananarivo »…

Son lien avec le milieu rural imprègne totalement sa musique. C’est souvent à la campagne que l’inspiration lui arrive. « J’emmène un dictaphone et j’enregistre pour ne pas oublier ». Des concerts, Berthon Valiha en a fait des dizaines depuis ses débuts. A la Galerie Six à Analakely, dans des festivals… Cependant, il n’a jamais exporté ses talents à l’étranger.

« La différence entre notre musique ? Rakotozafy, lui jouait dans la douceur. Cependant, son jeu était ‘mikarapaka’, c’est–à–dire que son ‘marovany’ mettait une pression énorme. Pour moi et Tom Daniel, nos jeux se ressemblent, nous mettons plus en avant le basesa, dont les gènes ont été écrits par le marovany », explique Berthon Valiha. Son ultime crainte est de voir disparaître cet instrument du paysage cultuel de la partie orientale de Madagascar si jamais il venait à rejoindre les immortels comme Rakotozafy, Tombo Daniel, Mama Sana, Sylvestre Radafison et tant d’autres.

Maminirina Rado

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