Histoire : La traite négrière à Madagascar et ses aspects  

La cour du roi Romeny à Morondava au début des années 1700.

Le 30 juillet a été célébrée la journée mondiale dédiée aux victimes de la traite, sachant que l’une des plus grandes déportations humaines a été celle qui a touché l’Afrique. Les chiffres parlent de plus de 40 millions de déplacés forcés (hommes, femmes et enfants) du grand continent depuis le XVe siècle, voire plus. Ces « marchandises » achetées et vendues, dont la responsabilité historique reste encore sujette à débats entre les Européens, Arabes, Africains et en interne des pays victimes. Ces déportations ont ainsi créé une grande baisse de la population africaine, sans oublier les impacts à subir plusieurs siècles après.

Avec un autre regard, cette cassure démographique ne serait pas étrangère à la situation de l’Afrique actuellement. Madagascar a par ailleurs été l’enfant chanceux de cette vague commerciale de « bétail humain ». C’est un Néerlandais du nom de Pieter Van den Broecke qui aurait été le premier instigateur de la traite des esclaves dans la Grande île. C’était en 1642 que son navire accosta la « baie d’Antongil ». La destination de ces Malagasy déportés a été l’Insulinde et l’île Maurice. Mais les chiffres, en dehors des décès et des fuites, ne sont pas si étourdissants. Entre 1641 et 1647, pas plus de 367 esclaves sont sortis de Madagascar.

Cependant, le pays possédait déjà quatre « zones d’influences », des comptoirs commerciaux de tous types de marchandises, même humaine. La plus élargie était détenue par la France, décidément une nation d’esclavagiste depuis belle lurette, pour ne citer que Colbert, celui qui a rédigé le fameux « Code Noir », la Hollande, l’Angleterre et des pays arabes. Ces zones étaient réparties sur les côtes occidentales et orientales du pays. Voilà sans doute la raison de l’hypothèse que le puissant groupe humain Sakalava n’était pas enclin à investir le centre. Puisque les ports présentaient plus d’avantages, et l’histoire rappelle les grandes expéditions du nord–ouest et du nord–est pour contrôler les ports.

A cette époque, vers le XVIe et XVIIe siècle, la relation des Européens avec les rois de ces régions était déjà hautement diplomatique, avec des protocoles bien codifiés et des échanges commerciaux « gagnant–gagnant ». D’où des anecdotes tout aussi surprenants comme l’instauration du « kabary » pour fixer entre autres le prix des esclaves, un genre de bourse à ciel ouvert dans les comptoirs de l’Est; ou encore un député dénommé « Lou Lou », parlant anglais, auquel il fallait graisser la patte afin d’obtenir les faveurs du roi local dans le nord–ouest ; ou encore le fameux Anthony Seraha, un malagasy ayant vécu à Lisbonne en Portugal pendant une dizaine d’années avant 1720. Il est devenu un homme de confiance des émissaires de ce royaume à Madagascar.

Les intermédiaires comme Anthony Seraha jouaient un rôle important dans le commerce lié à la traite négrière. C’est par eux que les commandes passaient, les rois leur faisaient aussi confiance, tandis que des hommes libres, des « noirs » selon les écrits d’époque, ont aussi été attirés par ce rôle très convoité. Puisqu’ils étaient rarement « condamnés à mort » malgré les erreurs qu’ils commettaient. A l’époque, les sanctions royales dans les affaires étaient pour la plupart sans appel. Par exemple, pour un européen qui se plaignait de ne pas être bien reçu par les intendants du roi, ces derniers risquaient la peine capitale.

Iss Heridiny

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