Ny Maheritinah Fahendrena : Une « prophétesse » tournée vers le passé

Ny Maharitianah Fahendrena « L’histoire fait vivre les nostalgiques »

Il y a ceux qui écrivent l’histoire et ceux qui ont besoin de lunettes pour la lire ( Michel Régnier). Fahendrena fait partie de ceux qui écrivent. Alors, elle  a dépoussiéré   les vieilles photos du passé afin que ses compatriotes puissent avoir des notions de l’histoire de son pays.  Intéressée  par  l’histoire contemporaine malagasy,   elle a fait une recherche approfondie d’un parti d’opposition malagasy, l’AKFM. 

Créé en 1958,  bien avant la naissance de la  jeune demoiselle de 22 ans,  l’AKFM est un parti communisant influent à Madagascar durant la première République.  Composé d’une dizaine de groupes politiques, la structure de ce parti fascine Fahendrena.  « L’objectif de mes recherches   constitue une approche privilégiée de l’ensemble de la vie politique à Madagascar pendant  la Guerre Froide puisqu’elle me permet de définir l’ambiance politique dans le pays en général, et à Tananarive en particulier, au lendemain de l’instauration de la République Malgache », a-t-elle expliqué. En outre, son  travail définit et situe la position de l’AKFM dans l’échiquier politique avec un regard sur le Parti Social-Démocrate (PSD). Soutenu à Ankatso, au sein du département d’Histoire le 9 septembre dernier, le mémoire de Master de Fahendrena «  l’AKFM, un parti politique d’opposition de sa naissance à la fin de la République (1958-1972) » a été félicité   par le membre de Jury.

En 1960, Madagascar obtient son indépendance  dont Philibert Tsiranana jouit la paternité.  Alors, nombreux  sont ceux qui chuchotent à l’intérieur du pays qu’il a usurpé  la vedette à des nationalistes. Puisque le Président de la République de l’époque  s’affirme comme l’un des plus fervents d’artisans de la coopération avec l’ancienne  puissance coloniale ,  l’AKFM  est le seul parti à  oser  dire haut et fort que l’indépendance octroyée n’est pas la véritable. Selon la jeune Historienne  Ny Maheritinah Fahendrena, « l’AKFM veut délivrer Madagascar du joug de la nouvelle forme de la  colonisation ». Dans son travail,  la jeune historienne   démontre que, l’AKFM est un parti d’opposition qui possède des structures solides que ceux de nos jours n’ont pas. A part les membres aguerris issus du MDRM,  ce parti communisant dispose des leaders tels  que la féministe Gisèle Rabesahala, le « Pasteur rouge » Richard Andriamanjato.  Fahendrana  est convaincu que « l’engagement et l’éloquence ont été les points forts  des ces deux personnages ».

Contrairement aux autres pays africains,  Philibert Tsiranana  s’accommode parfaitement  d’un parti d’opposition, l’AKFM, prédominant dans la capitale, la ville de  Diégo-Suarez, et Antalaha.  Bien que tous les membres du gouvernement soient appartenus  au parti du gouvernement,  l’opposition malagasy va disposer pendant longtemps quelques sièges au sénat et à l’Assemblé Nationale. Elle remporte également  les élections à Antananarivo et à Antsiranana. Mais par un anti-communiste obsessionnel, Tsiranana a toujours les soucis de faire obstacle à la doctrine marxiste à Madagascar.

Une photo prise en 1959, les membres de l’AKFM d’Antsirabe Manifeste contre le pouvoir en place

Etre neutre est l’une des qualités d’un Historien. Ainsi, Ny Maheritinah Fahendrena  ne se penchait pas exclusivement sur le parti d’opposition.  Un regard croisé s’impose entre ce dernier et celui du Parti Social-Démocrate de Philibert Tsiranana. Et l’historienne tire une conclusion que la manière de faire de la politique dans les années 1960 à 1970 n’est pas comparable à celle de nos jours.

Ny Maheritinah Fahendrena  a déterré une histoire politique presque effacée dans la mémoire collective. Elle secoue le passé pour que les jeunes citoyens de son âge soient conscients  de leurs droits et de leurs devoirs, et ne pas se faire « escroquer »  par les politicards.  Elle éveille également la nostalgie des vieux politiciens qui ont lutté contre la néo-colonisation.

Formés sur des bonnes bases, les membres des partis politiques des années 1960 à 1970  connaissent leurs principaux objectifs.  Les hommes passent mais l’histoire reste. Bien que les partis politiques existants durant la Première République se sont faits phagocytés par les nouveaux,  ils ont marqué l’ambiance politique de l’époque.   Si le chat noir du PSD est gravé dans les mémoires des anciens loyalistes, la colombe du parti  AKFM doit être collée sur un timbre postal.

 Iss Heridiny

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