Littérature : Ny Avana Ramanantoanina, le prophète d’une nostalgie moderne

Ny Avana Ramanantoanina, un regard chaleureux caractéristique des poètes de sa génération.

Poète, patriote et combattant pour la liberté du temps de la colonisation, Ny Avana Ramanantoanina avait déjà une posture littéraire adaptée aux mutations à venir. La marque des immortels.  

Cinq mois de régime restrictif dus à la pandémie de la Covid–19, et le secteur culturel tananarivien  annonçait déjà un coma inévitable. A se demander alors comment un Ny Avana Ramanantoanina, contemporain d’un muselage culturel et identitaire hitlérien entre 1915 et 1921, imposé par les Français colons, doublé de son exil (1915–1920), aurait pu sortir des oeuvres profondes et éclairées qui allaient lui rendre immortel.

Né le 26 février 1891 à Ambatofotsy Avaradrano, Michel Ramanantoanina a rapidement excellé dans les rimes dès 1907. Une année de transition, entre le jeune garçon orphelin devenu l’homme qui apparemment a tout de suite choisi sa voie. Mature avant l’heure, étonnamment ses écrits reflètaient un amour de la vie arrimé à une intelligence millimétrée en composition. A Antananarivo, de retour d’exil, il est écarté des fonctions administratives, les Français croyaient lui faire mal, à cause de ses élans littéraires de patriote chevronné.

Cependant, la population de la capitale adule ce penseur libre, une liberté d’esprit se reflétant dans ses écrits. Des rimes où la joie de vivre s’exécute dans des danses élégantes, Ny Avana avait cependant la nostalgie comme meilleur allié, cygne blanc, habité et flamboyant. D’où émanait un « blues » pur et sans bavure. Ayant une « valeur de contestation » stipule François Xavier Razafimahatratra, dans sa communication « De l’exil à la nostalgie au travers de la littérature malgache ».

« Mood » enraciné. Extrait d’« Alahelo hiaraha–manana », « Tadidiko lava ny endrik’Iarivo/Tsy miala ao an–tsaiko ny bikan’Imanga/Ka lena ny maso fa dobo marivo/Injany ny sento fa tamy mitranga ! ». Des rimes écrits en plein exil, cette période a forgé les idées politiques du poète. Qui, comme tout bon artiste de l’époque, s’était affilié à des mouvements patriotiques comme le « Vy Vato Sakelika ». 1922, Ny Avana Ramanantoanina est en train de devenir une personnalité publique dont la parole et les écrits font référence.

En 1931, ils sont trois grands immortels de la littérature malgache à se rassembler dans le mouvement « Mitady ny very ». Un mouvement littéraire, mais aussi politique et culturel. Si les uns le qualifiaient  de quête de l’ancien temps, des valeurs malgaches originelles. Cependant, Jean Joseph Rabearivelo avait mentionné que « si la douceur des anciennes poésies ne sied plus à l’oreille des habitués à entendre les littératures étrangères, la Bible est appropriée pour s’en rapprocher », de ses anciennes sonorités.

Somme toute, la quête des valeurs humaines, universelles. Au delà de toutes considérations bibliques et messianiques, c’est dire de la hauteur d’esprit et de la grandeur des valeurs mises en avant par les Malgaches dissipées dans la colonisation. Ny Avana Ramanantoanina, a laissé des centaines de poésies, riches en thématiques, avant son décès le 5 mars 1940. « Asakasakareo », « Hiram–betsovetso », « Midona moramora »…

Maminirina Rado

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