Littérature : « Les Robinsons de l’île Tromelin – L’histoire vraie de Tsimiavo », le livre plaidoyer

Sur la couverture de « Les Robinsons de l’île Tromelin – L’histoire vraie de Tsimiavo », cette image pensive de Tsimiavo, héroïne de l’histoire.

Au XVIIIe siècle, l’île malgache de Tromelin a abrité l’histoire tragique des esclaves oubliés, mise en livre pour enfant aux éditions Jeunes Malgaches, présenté le 8 octobre, au titre de « Les Robinsons de l’île Tromelin – L’histoire vraie de Tsimiavo ».

A la lecture des premières pages, la version en écho à des recherches archéologiques et mise en récit par les auteurs Alexandrine Civard-Racinais et Aline Bureau, affirme que la présence des esclaves sur l’île a été due à un naufrage. Mais il y avait également des Blancs, dans le lot. Au début, ils et elles étaient 200 personnes. « 123 Fotsy et 88 Malgaches… ». C’était un 1er août 1761.

A partir de là commence 15 années d’attente, d’espoir et d’abattement que les statuts esclaves et blancs ont été difficiles à estomper. Le 27 septembre 1761. « Je n’arrive pas à y croire… Les Blancs sont partis sans nous ! Les mauvaises langues avaient raison : la parole des Fotsy ne vaut rien. A peine sortis de leur bouche, les mots s’envolent comm grains de sable au vent ». Voilà comment la grande histoire des esclaves oubliés de Tromelin a commencé à travers regard de Tsimiavo, entre le personnage de fiction dans la mise en relief et celle de témoin clé. Délaissé par des esclavagistes français comme des marchandises.

En fin de compte, dans « Les Robinsons de l’île Tromelin – L’histoire vraie de Tsimiavo », il est question d’abnégation et de solidarité à la malgache. D’ailleurs, ces rescapés n’avaient pas d’autres choix. Au fil des années, ils et elles apprivoisent ce lopin de terre, devenue le leur. Tout le monde est utile. Jusqu’en 1776 où les « Fotsy » sont revenus. D’un coup, Jacques Maillart est devenu, piqué parmis les nombreux clichés de Blanc retrouvés dans ce livre, le « sauveur blanc ». Il ne lui manquerait plus qu’une onction divine.

Ce que semble confirmer la révélation soudaine de Tsimiavo à la fin de son histoire. « Tous les Blancs ne sont pas des diables ». Faisant tout de suite penser à un plaidoyer subtil glissé en douce dans ce livre pour rétablir l’honneur des Blancs. Sans penser qu’au contexte actuel, les Français ont revendiqué en force les îles éparses, dont celui de Tromelin, suite à la déclaration d’Emmanuel Macron en octobre 2019, « Ici c’est la France ». Telles Tsimiavo et les autres esclaves devenues propriété forcée de colon blanc sans vergorgne, « face de rat » a-t-elle surnommé l’un deux.

Pour mieux asseoir ce plaidoyer historique, le texte a été écrit en français et traduit en malgache. Rien à signaler sur le style d’écriture, l’objectif est ici d’orienter les idées malgré quelques parties romancées. Des illustrations assez séduisantes, avec des femmes parfois les seins en l’air, s’insèrent à travers tout le texte. On imagine mal avec le niveau de censure actuel voir ces livres entre les mains de jeunes lecteurs mineurs. Bon gré mal gré, formatage historique oblige, le livre sera présenté « dans deux lycées publics et quatre CLAC ». Selon le communiqué de presse, « 12.500 enfants seront touchés par cette activité à Antananarivo ».

Maminirina Rado

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