Rainandriamampandry (1836-1896) : La biographie d’un héro méconnu

Un bon historien doit être conscient de ses droits et de ses devoirs.

Hier, à la Bibliothèque Nationale, l’historien malgache Harilala Ranjatohery a présenté Rainandriamampandry (1836-1896). Scindé en trois parties, contenant 14 chapitres, cet ouvrage relate les moindres détails de la vie du martyre.

L’Histoire implique une démarche intellectuelle et scientifique reposant sur l’analyse critique et la mise à distance des faits afin d’établir une chronologie et une explication objective et neutre du déroulement d’un évènement. Les travaux d’un historien aboutissent à la rédaction d’un livre qui présente la reconstitution, l’analyse et l’interprétation d’une période de l’histoire ou d’un événement passé.

Par ailleurs, les recherches de Ranjatohery n’auraient pas porté leurs fruits sans l’aide de différentes personnes telles que les descendants de Rainandriamampadry et les érudits comme Raymond Ranjeva (préfacier), Lucile Rabearimanana, Manasé Esoavelomandroso. « Rainandriamampandry est une figure malgache méconnue. Il est de mon devoir d’écrire sa Biographie afin que les citoyens malgaches puissent le connaître », a expliqué Harilala Ranjatohery. « Rainandriamampandry (1836-1896) » est rédigé en malgache pour tous ceux qui comprennent et connaissent la langue. « Après tout, le peuple malgache devrait savoir l’histoire de son pays », a encore ajouté Ranjatohery.

Le premier anticolonialiste. Pasteur de l’église protestante, général de l’armée royale malgache, gouverneur de Toamasina, Ministre de l’intérieur du gouvernement malgache, Rainadriamampandry était l’homme de la situation où il le fallait et quand il le fallait. Lors de la première guerre franco-malgache de 1883-1885, il était chargé de défendre la partie orientale de la Grande île. Grand stratège, il repousse l’armée française à Farafaty. Mais cette victoire ne durait pas longtemps. En en décembre 1885, Madagascar tombe sous le « protectorat fantôme ». Cela marque le début de la fin du Royaume de Madagascar. Affaibli par le traité de 1885, Madagascar cède à la France sa partie septentrionale. Dix ans après, une deuxième guerre franco-malgache se déclenche, Rainandriamampandry est Ministre de l’intérieur du gouvernement malgache qui venait tout juste de passer de force sous le protectorat français. Après l’annexion de Madagascar en 1896, suite au soulèvement insurrectionnel Menalamba, il est arrêté en même temps que le Prince Ratsimamanga sur ordre du résident général français Joseph Gallieni le 11 octobre 1896. Il est traduit devant le Conseil de guerre pour rébellion et « fahavalisme ». Le 15 octobre, à l’issue d’un de procès, tous deux sont condamnés.

 

L’histoire malgache souffre d’Alzheimer ! 15 octobre 1896 – 15 octobre 2020, cela fait 124 ans ! Une date presque effacée dans la mémoire collective malgache alors qu’elle marque le début de l’atrocité des colonisateurs français.

Bon nombre de citoyens le reprochent aux historiens. Selon eux, ces derniers ne font pas leur devoir correctement. Pourtant, ils travaillent jours et nuits et rencontrent d’énormes difficultés en effectuant leurs tâches. Ils ne reçoivent pas de financement venant de l’Etat. La plupart d’entre eux prêchent dans le désert. A Madagascar, les historiens sont qualifiés d’écrivains ratés nostalgiques, voire des prisonniers du passé.

Hormis la commémoration du 29 mars, la fête de l’indépendance le 26 juin et la naissance de la Première république le 14 octobre, les évènements marquants de l’histoire ne figurent pas dans le calepin des jeunes étudiants malgaches.

En fait, pour commémorer, il ne suffit pas de prendre une photo en déposant des gerbes sur la tombe d’un personnage historique. Il faut surtout aider ces historiens passionnés à accomplir leur mission pour le pays.

Iss Heridiny

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3 Commentaires - Ecrire un commentaire

  1. · Edit

    Tuer un Homme, ce n’est pas défendre une idéologie ni une doctrine.
    Je n’accuse personne car la mémoire reste, mérite d’être connu par tous. Il y a prescription donc un temps pour le pardon. « OLOMANGA »
    Ny sorata mipetraka ny teny mandalo

  2. Grand merci à cet historien qui a remis en lumière un grand patriote.

  3. 15 Octobre 1896 :
    Date HISTORIQUE de la Nation, au même titre que la Proclamation de la VRAIE INDÉPENDANCE de Madagascar le 26 Juin 1960.
    Comme dit ici, c’est la date de la condamnation et de L’EXÉCUTION DE LA SENTENCE DE MORT du
    « Premier anticolonialiste » RAINANDRIAMAMPANDRY, au même titre que son compagnon de LUTTE, le Prince RATSIMAMANGA.
    On peut tous se féliciter qu’il existe encore et toujours des authentiques HISTORIENS qui, par leur travail (et non seulement par leur titre pompeux) , tel celui de Monsieur H. RANJATOHERY , rappellent l’histoire et font comprendre, même sans forcer les faits pour diverses raisons partisanes ou politiques… qu’en matière de héros méritants les hommages de la Nation , les OLOMANGA , Madagascar n’en manque pas.

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