Rapatriement du Dais royal : Entre instrumentalisation de l’histoire et manœuvre culturelle

« En 1895, l’empire Merina a été vaincu par les français et non Madagascar dans son ensemble. Il a fallu attendre la fin de la pacification de Gallieni en 1905 pour que le pays devient réellement une colonie française. Cette date marque aussi l’unification politique et géographique du pays et ainsi l’émergence de la nation malgache »

Le président de la République Malgache, Andry Nirina Rajoelina a fait une déclaration à la presse au palais d’Ambohitsorohitra, le 3 novembre dernier, pour annoncer que la pièce royale qui ornait le dôme du dais royal de la reine RANAVALONA III, qui était en France depuis la fin du XIXème siècle, serait restituée à Madagascar. Cet objet est l’un des trésors nationaux malgaches réclamés par le gouvernement. Ainsi, une cérémonie aura lieu ce jour 5 novembre, marquant le retour du trésor national au pays. Cette déclaration n’a pas laissé indifférents les historiens. L’étudiant en histoire Randriamahefa, a expliqué qu’il est nécessaire d’éclaircir un point de confusion: Il s’agit du « Dais » royal de la reine Ranavalona et non d’une couronne; le Ministère de la Culture et de la Communication était précis à ce sujet. Au vu du contexte actuel de notre pays, on peut penser que la « restitution » de ce bien patrimonial, même si sa dimension est limitée est une sorte de coup de poker venant du président de la République et du MCC voulant s’affirmer garants et protecteurs de la culture malgache.

Sous un autre angle, cela sous-entend aussi une cordialité entre la France et Madagascar. Le jeune étudiant ne cache pas son inquiétude. « Je suis juste inquiet sur la porté de cela dans le pays. Une sorte de fierté pour le dirigeant, certes, mais aussi un entorse à la République Malgache à cause des regains de l’enthousiasme monarchiste que cela pourrait susciter » a-t-il ajouté. Un autre historien a souligné que « le régime, fidèle à sa conception du pouvoir basé sur la conception de l’Etat raiamandreny, essaie tant bien que mal de les sensibiliser à cet événement. D’autant plus que l’Etat organisera une cérémonie transmise par les médias de l’Etat et ceux proches du régime ainsi que les médias opposants. Mais dans ce cas, le retour de cet objet n’est pas du tout une aspiration populaire profonde ».

En effet, les Malgaches ne connaissaient pas l’existence de cet objet, contrairement à la réelle couronne volée. De son coté, le régime Rajoelina semble tente de mobiliser ce sentiment nationaliste et en particulier ce nationalisme anti-français qui serait a son profit. Par ailleurs, le gouvernement est égal à lui-même, il s’avère qu’il s’agit d’une manœuvre de légitimation politique. Les Malgaches se posent donc la question, pourquoi cet objet en particulier? Un historien s’exprime, « sur ce point, la partie prise du régime est manifeste. Dans son discours, le président avance que Madagascar a perdu sa souveraineté en 1895. Historiquement, cela est faux. Cette date n’est que celle de la défaite de l’empire Merina. Il faut attendre le 6 août 1896 pour que Madagascar perde réellement cette souveraineté ». En effet, entre ces deux dates, la Grande-Île vivait sous le deuxième protectorat.

Le crâne du roi sakalava Toera, celui qui a pris part à la lutte contre l’invasion française en terre sakalava, se trouve actuellement dans les collections du Musée Quai Branly à Paris comme trophée de guerre. S’il s’agit de récupérer un « bien » symbolique devant marquer la souveraineté nationale et surtout la fierté nationale, il aurait donc fallu revendiquer le retour de ce crâne. Sur ce point, le régime ne joue pas sur le registre de l’histoire mais plutôt de la mémoire. Selon un autre historien, professeur à l’Université d’Ambohitsaina « Antananarivo étant plus importante politiquement que les autres parties du pays, on estime que ce qui concerne les Hautes Terres devraient être « priorisés » car politiquement rentable ». Cela ne peut que créer un déséquilibre, le retour de cet objet ne concernant pas l’ensemble du pays mais uniquement une minorité. Ce retour profite particulièrement à ceux qui comptent sur les retombées politiques. Car au fond, le retour du Dais semble n’être qu’une instrumentalisation de l’histoire, d’autant plus « inquiétante » qu’elle s’apparente à une relecture de l’histoire tronquée. La colonisation est un phénomène global qui a concerné tout Madagascar et non pas seulement le royaume Merina.

Iss Heridiny

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  1. « Instrumentalisation » de l’histoire, « relecture  » de l’histoire… Est ce le journaliste – ou le prof d’Ankatso qu’il cite- qui donne cette péremptoire affirmation ?
    Plus haut il affirme encore que tout ceci n’est que manœuvre de légitimation politique… ( facile litanie habituelle!)
    Point n’est besoin de revenir sur les actuels mouvements généraux en Afrique
    ( voir le journal Le Monde du 4/11/20) sur leurs revendications SANS HÉSITER ni tabous à propos de son PATRIMOINE CULTUREL entre autres, fierté de l’Africain contemporain !
    Heureusement cet article finit par reconnaître ( ou faire lire ici) , que la COLONISATION est un phénomène global qui concerne tout Madagascar et non seulement le Royaume
    Merina, que l' » apprenti  » historien de l’université a intérêt à bien connaître. Une seule des preuves parmi d’autres : en 1947, lors des soulèvements des Malgaches, dans tout le pays, en villes, villages, campagnes, en forêts – fuyant les armées, tirailleurs sénégalais ou autres des colonisateurs envahisseurs-,
    le Gouvernement colonial en place patronait la Fondation du PADESM, Parti des Déshérités Malgaches:
    le début de la séparation voulue et ENTRETENUE entre Merina et les autres – que le Français nomment des  » déshérités » – en particulier les habitants dits côtiers – selon la terminologie commencée et exacerbée à cette époque precise.
    A citer parmi les 23 (vingt trois) membres fondateurs de ce PADESM ( donc voulu résolument anti MDRM) et qui a fait la colonne vertébrale de ce Gouvernement malgache du14 octobre 1958 , et du OUI du Référendum,
    ( avant la Proclamation de l’indépendance du 26 Juin 1960),
    Tsiranana Philibert, Zafimahova Antoine, Zafimahova Norbert, Raveloson Mahasampo, Rajakaoba Stephanoel, Ratsitohara Gilbert, Ralibera Albert, Velonjara Pascal, Ramanankavana, Totolehibe, Rasoarahona, Revoky Jérémi Martin, Ralamboarison Félix, Totovantana etc
    Que nos historiens, proclamés (!) ou apprentis, se bougent et remettent VRAIMENT la pendule à l’heure à l’endroit de tous les concitoyens de notre pays.

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