Ils ont fait le buzz… : La petite Tiffania violée, décédée et « facebookisée »

La pauvre Tifania lors de la veillée funèbre, décédée dans la solitude morale propre aux victimes de viol. (photo empruntée)

La planète « facebook » malgache a été, depuis le viol de la petite Tiffania en fin octobre, le théâtre d’une campagne de dénonciation des violeurs, et en particulier ceux des mineures. La mobilisation des internautes est loin d’être historique, mais l’engagement est en apparence fort. Les images largement diffusées de cette victime de 7 ans ont certainement été pour beaucoup de choses.

Par la suite, l’interview sur une chaîne télévisée de la mère, typique de certaines femmes des quartiers défavorisés, des « Ba’karita », a permis à cette dernière d’exprimer à travers ses mots toute une dialectique de la pauvreté. Une femme écorchée et désabusée. Elle disait qu’elle savait ce dont sa fille était, de manière répétée, victime. Mais qu’elle ne réagissait pas par honte et afin de ne pas diviser la famille. Etant donné que le violeur, un soi-disant récidiviste, serait un membre de la famille. De l’huile sur le feu de « facebook ».

Ce décor rappelant un scénario noir de Cary Fukunaga sert une histoire maintenue dans une atmosphère oppressée par une fine brume verdâtre et psychologiquement nauséabonde. Des personnages cassés, sans aucun espoir de profiter un jour d’un repas convivial ou d’un joli coucher de soleil. Jusqu’à son enterrement, la petite Tiffania sera restée pauvre et seule. La valse des autorités, comme pour rappeler seulement leur existence, venant consoler ses proches, ajoutait d’autant plus de relief à sa solitude.

Sa mort et les autres séries de viols publiées sur « facebook » depuis fin octobre démontrent que les plus vulnérables sont plus que seuls dans ce pays. Manifestation d’une ambiance générale peut-être. Et les délinquants et abuseurs sexuels sont plus nombreux que la société malgache veuille bien l’admettre. On se questionne alors quant à l’évolution des statistiques du nombre de viols sur mineures au cours des précédentes Républiques, et ce à partir de celle de Tsiranana.

Seule, de son vivant, quand son tortionnaire s’exaltait sur son corps d’enfant. Seule, la petite Tiffania a pourtant été soutenue par des milliers d’internautes, dont quelques-uns enrageaient de ne pas pouvoir castrer de leurs propres mains celui qui l’a mutilée. Tifania a succombé à ses blessures. Seule, gardant à jamais avec elle tout le poids de sa douleur et de son amertume. Abîmée au plus profond et décédée, à 7 ans.

Cependant, ce ne seront pas des centaines de commentaires, des milliers de réactions, des milliers de photos de profil décorées par un « Stop au viol ! », certes collectifs, qui garantiront le changement de la situation des autres victimes des viols sur mineures. De plus, il faudra maintenant s’attendre à un discours rabougrissant des dirigeants et des moralistes : sur le changement de mentalité, sur la nécessité d’éduquer les enfants, sur les chasses aux sorcières en tout genre, etc… Ainsi, les premiers responsables semblent toujours être le petit peuple, la masse.

En prenant du recul, il est temps de se demander si la planète « facebook » malgache est, entre autres, là pour réagir après le drame ou permettrait de sensibiliser et ainsi permettre d’éviter des dizaines de tragédie comme celle de Tiffania. La plateforme pourrait aussi inciter les responsables à s’attaquer rapidement à la vraie source de nombreux problèmes : la pauvreté.

Maminirina Rado

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