Maylin, The Buffalo Girl : Celle qui transpose les bonnes vibrations en mots et en sons

Maylin Buffalo Girl (credit photo : Didier Bizos)

Présentée brièvement par notre confrère Maminirina Rado dans l’édition du 05 novembre 2020 de Midi Madagasikara, la chanteuse Maylin Pultar a accepté de nous en dire plus sur son parcours et son univers musical. Comme elle se trouve actuellement en France et que les frontières sont encore fermées, l’entretien s’est fait à distance.

Midi Madagasikara : Maylin, et si on commençait par présenter votre composition actuelle: Maylin The Buffalo Girl ?

Maylin Pultar : Du fait de la crise sanitaire, il est nécessaire d’aller à l’essentiel. Nous sommes actuellement deux membres clés : Sebastien Tytgat est à la batterie et aux programmations, et moi-même je suis aux guitares et à la voix. Nous envisageons d’impliquer d’autres musiciens dans le futur pour les concerts, notamment un autre guitariste. Pour les autres musiciens, on verra le moment venu. Du fait de l’impossibilité de jouer en public, nous sommes en ce moment dans une phase d’enregistrement des nouveaux titres.

Comment se passent les séances d’enregistrement ?

Ce processus est possible à distance entre Sébastien et moi-même car nous nous connaissons bien. Nous sommes impliqués dans la recherche du bon son et des bonnes rythmiques. C’est un travail d’exploration en profondeur et je trouve qu’il est nécessaire de s’y plonger avec des gens en qui on a entièrement confiance. Nous faisons la base du travail chez nous, chacun de son côté. Puis on s’envoie les pistes. Je fais la base des morceaux chez moi et ensuite nous finissons les titres en studio moi et un ami de longue date avec qui j’ai enregistré Run Hippy Run, Richard Puaud ; bassiste et ingénieur du son. Nous finissons les chansons dans son studio.

Entre la France et les Etats-Unis, quel pays a le plus marqué votre identité musicale ?

Mon identité musicale a énormément changé avec le temps. Si on prenait une photo de là où j’en suis aujourd’hui, je dirais que c’est une synthèse de différents éléments. La chanson française m’interpelle surtout dans le contenu des paroles. J’aime comment on peut jouer avec les mots, les expressions, et faire de l’esprit. En ce qui me concerne, je la trouve intéressante dans le côté doux, éthéré et intime.

La musique traditionnelle américaine, comme le blues ainsi que ses dérivés comme le rock, sont des musiques qui m’inspirent, en ce sens qu’elles transportent une énergie vitale, rebelle, très ancrée dans le sol. Elles me donnent l’impulsion pour canaliser des énergies intenses. Mais il y a aussi toute la musique du monde qui m’inspire énormément comme la musique africaine, orientale, sud-américaine. Les rythmes y sont envoûtants et viscéraux. Ce sont des musiques qui ont une grande sensualité et une liberté. Le rapport à la musique dans ces cultures là est un rapport naturel, charnel et même spirituel, elle est très incarnée. Quand j’entends la musique cubaine, je me dis qu’ils ont tout compris : la romance, la passion pour la vie, la danse et la densité du moment présent. La musique que je crée est un mélange de tout ce que je transporte dans mon être : mes racines malgaches et européennes, la culture américaine dans laquelle j’ai longtemps vécu, ainsi que le message des « peuples racines » avec leur rapport avec la nature et l’invisible. J’essaie de transposer au travers des sons et des mots, des vibrations qui vont me faire du bien et qui, par extension, feront de même aux autres je l’espère.

Être actrice aide-t-elle sur la scène musicale et dans l’écriture de chanson ?

Tout à fait. J’ai eu l’habitude de faire vivre des personnages, de rentrer dans leur vie et de raconter leur histoire. Buffalo Girl, c’est moi sans l’être. C’est un alter ego fantasmé, ma super héroïne personnelle. Quand j’écris une chanson, c’est comme un film qui se déroule : il y a des éléments de mon expérience et de ma réalité auxquelles j’ajoute des personnages et situations fictives. Le travail de l’acteur m’a beaucoup apporté sur la scène : rien que pour monter sur scène et ne plus être « Maylin du quotidien », rentrer dans « Maylin la chanteuse » ou « Maylin, The Buffalo Girl » en l’occurrence. Improviser et théâtraliser l’émotion et le mouvement sur scène, « dialoguer » avec les autres musiciens.

Première expérience avec le Blues ?

J’ai longtemps partagé ma vie avec un américain, un spécialiste du blues, Scooter Weintraub, qui dans ces années là, a notamment été consultant auprès de Martin Scorsese pour sa série de films qu’il a produits sur les légendes du blues [Ndlr, Martin Scorsese presents… The Blues]. C’est Scooter, mon ex-mari, qui m’a totalement initié à cette culture. J’ai été entourée de ces artistes, nous allions à leurs concerts, les côtoyions. J’ai baigné dedans sans le savoir, cela m’a énormément marquée.

Le moment le plus mémorable de votre carrière ?

Chaque étape est marquante. Le premier disque en studio à Los Angeles avec des musiciens magnifiques. Jouer avec Omar Torrez (guitare) et David Leach (Percussions) ; le disque Naked Truth avec Ladell Mclin, bluesman de Chicago que j’admire énormément et avec qui j’ai fait mes premiers pas dans le rock. Mais surtout, la naissance de Buffalo Girl comme personnage central. Je cherchais mon identité visuelle pour la scène, et une personne avec qui j’explorais différentes possibilités de costumes a eu une vision et m’a dit : tu as la présence d’un shaman, va dans la forêt et ramène des éléments de la nature pour te faire une coiffe. C’était pour la sortie de Naked Truth. Je suis monté sur scène en faisant des croassements de corbeaux, mon animal totem, tout le monde a été surpris. Cela a été un concert étonnant et le début d’une nouvelle aventure. Aujourd’hui, je prends plus ma direction et ma réalisation musicale en main. Avec Buffalo Girl en tête, j’écris des titres spécialement pour elle, comme on écrirait un scénario pour une actrice. C’est une étape intéressante avec toujours plus de risques d’explorer des territoires inconnus.

Avec qui aimeriez-vous travailler dans le futur ?

Concrètement, j’ai en tête un duo que j’aimerais faire avec Chris Robinson, le chanteur de The Black Crowes. Sinon, j’ai toujours rêvé de travailler avec Ben Harper, Alanis Morissette et Dave Matthews. Mais honnêtement, créer avec des artistes avec ou sans notoriété et dans tous les styles m’enchanterait. Pour moi, la sincérité, l’intention et l’engagement dans son travail sont importants. J’aime bien me développer en me frottant à d’autres univers [NdlR: Maylin a déjà travaillé avec un artiste malgache, Nadia Ratsimandresy qui joue de l’onde Martenot lors d’un concert de musique expérimentale/contemporaine et rock à Milan].

En ce qui concerne l’album Naked Truth, quelle vérité nue ?

La vérité nue signifie plus proche de ma vraie nature, plus affirmée. Mes débuts à la guitare, c’était un vrai pas pour moi d’oser jouer sur des instruments surtout quand on a un bluesman émérite qui écoute dans la cabine d’enregistrement. C’est l’idée de dévoiler de plus en plus ce qui me fait vibrer, et mes différentes facettes. Quant au son, il est plus rock par rapport à Run Hippy Run qui était plus folk.

Des noms de chanteurs ou groupes français et anglais que vous écoutez ?

Je me plonge dans des univers musicaux par période. En ce moment, j’écoute Beth Hart, The Kills, Black Pumas, Bror Gunnar, et le dernier disque de Nick Cave. En groupe français, je suis sur Feu Chatterton. Sinon, j’écoute la radio FIP à Paris où je découvre beaucoup de groupes. Je ne retiens pas forcément les noms. Et il y a aussi Delgres, un groupe antillais que j’aime beaucoup.

Janis Joplin, Aretha Franklin, Patti Smith, Debbie Harry, Amy Winehouse ou encore Courtney Love ont marqué l’histoire de la musique populaire. Des femmes avec des caractères très affirmés. Est-ce nécessaire dans le milieu ?

On a besoin d’un caractère fort pour être soi-même, oser se découvrir, se révéler, se faire confiance, et croire en ce que l’on fait. Que l’on soit homme ou femme. Quand je fais mon métier, je n’ai pas la sensation de me positionner en tant que femme devant une potentielle « armée d’hommes » qui va me barrer la route. Je ne pense pas à ça, je ne vis pas mon parcours en ces termes. Je sais qu’il existe des gens (hommes et femmes) qui ne croient pas en la valeur des femmes ou qui ont d’autres limitations dues à des repères inculqués par notre société. Si quelqu’un a un problème du fait que je sois une artiste féminine, ça n’est pas le mien. Je passe mon chemin. Je fais mon métier pour ceux qui veulent entendre une musique qui résonne en eux, et peut-être que ce sera la mienne.

Chacun a des défis très particuliers à surmonter, qu’ils soient internes ou externes et indépendamment de leur activité. Je pense que ma musique reflète aussi mon parcours et ce que j’ai dû guérir personnellement. C’est grâce aux défis de mon parcours que ce que je transmets dans ma création résonne avec certaines personnes. On n’a pas forcément besoin de parler des choses directement. D’ailleurs, en chanson, elles infusent dans l’énergie et l’intention qu’on met dans la musique même.

Que dire du rock actuel ?

C’est difficile de formuler un jugement général, il y a beaucoup de styles de rock différents. Je tombe sur des choses par hasard sur Youtube qui sont très bonnes. Il y a de belles choses, des mélanges inattendus. Je pense que c’est là que ça devient intéressant, quand les métissages de musique se font. Un exemple malgache qui illustre cela est Andriambavitany de Loharano. Je ne comprends pas les paroles mais sur ce morceau, le mélange est riche.

Et de l’actrice Juliette Lewis et son groupe Juliette and The Licks ?

Elle est extraordinaire. J’adore sa voix, et son énergie. Elle est fascinante. C’est une pure rockeuse : puissante, authentique et totalement libre.

Votre rapport avec Madagascar et vos projets sur la Grande île ?

Revenir à Madagascar est un désir très fort. Dès que ce sera possible, j’aimerais me reconnecter à l’énergie du pays qui est dans mes viscères, retrouver ma culture à travers les gens, ma famille et d’autres personnes. Mais aussi à travers les odeurs et la nature. La première fois que je suis venue à Madagascar, j’avais 7 ans, je m’en souviens très bien. C’était une sensation d’être chez moi, pas du tout en pays étrange ou étranger. Depuis, je suis revenue à plusieurs reprises là-bas. J’ai un fils à qui j’aimerais faire vivre cette connexion ancestrale. C’est toujours plus intéressant d’aller quelque part à l’occasion de mes projets artistiques. Cela permet de me plonger vraiment dans le quotidien des gens du pays. C’est ce que j’aime. Donner des concerts, faire des photos, filmer un clip à Madagascar avec les gens sur place, ce sont des projets qui me motivent beaucoup. Quand on échange avec d’autres publics, d’autres sensibilités, on se développe forcément.

Propos recueillis par Anja RANDRIAMAHEFA

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