Sillon du passé : Les Français et la transformation de « rakoto Ville »

Les premières décennies de la colonisation française à Madagascar sont marquées par un urbanisme d’État avec des grands travaux d’aménagement urbain.

Les infrastructures urbaines permettent certes d’améliorer en général les conditions de vie des Tananariviens. Cependant, les travaux d’urbanisme de l’époque profitent plutôt à une catégorie d’habitants, surtout aux cadres et aux fonctionnaires du régime colonial.

Loin de bénéficier des infrastructures urbanistiques si avantageuses, le reste de la population tananarivienne, continue de vivre dans les quartiers qui sont souvent négligés par le plan d’urbanisme de l’autorité coloniale: le « rakoto ville ». Cette dualité spatiale provient d’un urbanisme moralisateur de l’époque, raisonnant à base des règles d’hygiène et l’appartenance à un groupe socio-professionnel.

En 1918 est dressé par l’architecte-urbaniste Géo-Cassaigne un plan-programme d’aménagement et d’extension de la ville d’Antananarivo, contenant les dispositifs nécessaires pour l’amélioration des cadres de vie des Tananariviens, surtout les fonctionnaires coloniaux. Dans un contexte de diffusion des expériences coloniales en matière d’aménagement, le pouvoir public met en œuvre des travaux d’urbanisme pour la modernisation de la capitale.

Par ailleurs, l’équipement urbain contribue nécessairement à démontrer la modernisation d’un espace politique et asseoir la base de matérialisation de l’empire sur un territoire à contrôler. Le pouvoir colonial fait appel à de meilleurs architectes. Mandatés pour mettre en œuvre le projet colonial qui vise à maîtriser le territoire urbain, ils s’associent aux principes de la charte d’Athènes, un document de base pour démontrer les meilleurs cadres de vie d’un peuple moderne et témoigner l’œuvre éducatrice et civilisatrice de la Métropole.

Pendant la période coloniale, des projets de construction ont changé la physionomie de la ville d’Antananarivo, dans l’objectif de faciliter la circulation dans cette zone montagneuse et offrir un cadre de vie agréable aux colons. Des bâtiments administratifs et des logements réservés aux cadres sont bâtis pour que les européens bénéficient du confort nécessaire à leurs missions pour le compte du régime colonial. De ce fait, la ville d’Antananarivo demeure un lieu de pouvoir où sont prises, à l’échelle du territoire colonial, les décisions liées aux affaires du pays.

De plus, la puissance administrative se confirme à travers les bâtis dans l’endroit où siège le pouvoir politique. Il s’agit ici d’une ville en tant que lieu de décision. Des efforts sont donc fournis par le pouvoir public pour démontrer que la ville d’Antananarivo est à la hauteur de sa fonction d’une capitale politique.

Iss Heridiny

Suivez-nous aussi sur Facebook

Partager cette publication

Poster un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.