Audiovisuel : Quid de la démocratisation des moyens de production?

Le Home Studio ou studio de chambre est apparu dans les années 80 grâce à des enregistreurs quatre pistes permettant aux musiciens d’enregistrer des maquettes.

Les maisons de production d’antan ne semblent plus faire le poids face à l’émergence du phénomène d’autoproduction dans l’univers de la musique malgache. Sur 10 vidéos vues sur une chaîne de télévision privée, plus de la moitié étaient autoproduites.

Les jeunes artistes ont bien compris qu’en investissant dans du matériel, il est parfaitement possible de s’enregistrer et de s’auto promouvoir à Madagascar. Rien qu’à Antananarivo, le nombre de Home Studio est incalculable. Désormais, il suffit d’une chambre, d’une carte son, d’un ordinateur, d’un moniteur, d’un casque, et d’un micro pour créer sa propre musique. Pour le reste, YouTube, Facebook, SoundCloud et une enveloppe pour le matraquage suffisent pour diffuser sa production au public. La valeur approximative de l’ensemble de ces appareils est estimée à 3 millions d’Ariary, mais cela dépend de la marque. Quant à l’enregistrement proprement dit, des cours de mixage et de mastering vendus en ligne depuis l’étranger sont accessibles en version piratée dans les boutiques de DVD qui pullulent partout dans la capitale. En 4 heures de vidéo, il est possible d’apprendre les bases des méthodes d’enregistrement. C’est ainsi que chacun, enfermé dans sa petite chambre, compose sa petite chanson selon ses goûts et son univers musical.

Qui veut chanter ? Si c’est une aubaine pour les artistes indépendants qui ne demandaient que cela pour continuer à faire de la musique de manière libre, cette grande liberté profite aussi à quiconque souhaite sortir au moins un titre dans sa vie ou s’essayer au chant. Ainsi, chaque semaine, un grand nombre de nouvelles chansons sont publiées et diffusées à la radio. Et certaines d’entre elles ne sont pas toujours déposées à l’Office Malagasy du Droit d’Auteur. Ce qui peut se comprendre d’une certaine manière, étant donné le statut encore flou des artistes malgaches. Ceci dit, force est de constater que cette démocratisation de la production audiovisuelle a entraîné un certain malaise entre artistes. Certains estiment que les travaux de leurs compères ne sont pas complètement aboutis, d’autres trouvent que les critiques sont surtout motivées par la jalousie. Quant à la censure, le ministère responsable veille à ce que les morceaux diffusés sur Internet ou à la radio ne portent pas atteinte aux mœurs. Malheureusement, c’est toujours après la sortie que les sanctions tombent, car il est presque impossible de contrôler ces nouveaux modes de production, appelés aussi le Do It Yourself.

Mais peu importe, il faut savoir que seul le public peut décider s’il adhère ou s’il n’adhère pas. L’art est-il donc le reflet de la société ou doit-il être uniformisé pour être bien compris par tous ? A chacun de se faire sa propre idée sur la question.

Anja RANDRIAMAHEFA

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