Musique : Le traditionnel substitué par le « tropical »

La musique traditionnelle est remplacée petit à petit par la musique tropicale.

Nombreux citadins font des amalgames entre la musique tropicale et la musique traditionnelle. C’est comme si on confondait les battements des mains de Mamatsara (une icône du chant sakalava-Antakarana ) avec le «salegéléctrique » de Farah John’s.

 Depuis quelques années, la « musique tropicale » malgache a connu une ascension fulgurante. Elle gagne du terrain et inonde les ondes ces dernières décennies, au détriment des chants traditionnels.

Patrimoine. Antsa, Jijy, Hôdiky, Salegy, Tsapiky, Beko, Sôva, Gomalahy, Tôkatôka sont des chants et rythmes traditionnels malgaches. Nommé aussi « vako-drazana », cet art de rimer la parole est hérité des ancêtres et se transmet de père en fils. Récité d’une manière récurrente dans les champs ou lors des cultes traditionnels, il est facilement assimilé par l’assistance.

Les chanteurs traditionnels sont des artistes qui savent décrire. Ils proposent le thème de la soirée. Ensuite, ils improvisent et enchaînent avec des rimes bien structurées. Les mots jaillissent comme des rafales de mitrailleuse entre leurs dents. Ils parlent sans respirer par le nez, de véritables apnées de paroles. L’historien culturel C. Toto a témoigné que « lors d’un Tsimandrimandry (une cérémonie traditionnelle typique dans le triangle du nord), quelqu’un peut décrire une bouteille posée sur la table pendant toute une nuit ». Cette improvisation sidère l’assistance. Patrimoine immatériel hérité par les aïeux, le vakodrazana persiste à traverser les époques. Il égaye également les hautes personnalités lors de différentes cérémonies organisées par le gouvernement et les anciens centres culturels. Moins commercialisés, les chants du terroir sont souvent empruntés par les chanteurs actuels. Rejouées avec les instruments modernes, avec une petite retouche, les chansons sont devenues des tubes.

La diversité initiale des genres musicaux malgaches s’explique par l’assimilation des instruments modernes. L’hybridation culturelle n’est donc pas un phénomène étonnant.

« Cocktail musical ». En effet, la musique tropicale malgache est née d’un mélange entre les textes empruntés par la musique traditionnelle et des sonorités hybrides. Des rythmes variés sont mélangés dans une chanson de quatre minutes, une « variété malgache ». « La mozika mafana a vu le jour à Madagascar récemment, vers la fin des années 90. Le genre tropical est très spécifique, c’est plutôt une musique de fête et, d’une certaine manière, elle donne une beauté de la vie et du quotidien », a ajouté l’historien Toto. En effet, elle reflète les cultures sous les tropiques, relate la joie de vivre et l’ambiance au bord de la mer même si le pays va mal. N’est-ce pas synonyme d’hakuna matata ?

Message d’amour. Vers la fin des années 1990, des chanteuses en herbe, influencées par les textes de Ninie Doniah et Erica de Nosy-Be, sortent du lot et affichent sans complexe leur féminisme. Danseuses des grands chanteurs des années 1980, elles décident de tracer leur propre route en devenant chanteuses. La situation la plus commune qui inspire ces artistes est la déception amoureuse, celle de la jeune femme trompée. L’image de « victime » reflète plutôt la tendresse. Toutes les chanteuses qui ont adopté ce thème ont connu une montée au début des années 2000.

Le clip, un moyen. L’année 2010, la musique tropicale revêt une autre figure. Les chanteurs de musique tropicale produisent encore plus. Sortir un morceau audio n’est plus un problème, la seule préoccupation, c’est comment réaliser une vidéo colorée. La démocratisation des appareils numériques contribue à l’évolution de la musique tropicale malgache. Sans vouloir exagérer, en 2016, dans chaque quartier on trouve des petits réalisateurs. Dès lors, les artistes se rapprochent de plus en plus de leur public.

Iss Heridiny

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