Vohemar (XIII- XXI siècle) : D’une ville prospère à un village perdu

Vohemar, une ville oubliée …

Depuis l’antiquité, la région du sud-ouest de l’océan Indien a été le théâtre des échanges mondiaux. Entre le VIIIè et le XVè siècle, cette région fait office de lieu de rencontre entre l’Occident et l’Orient. Le nord-est de Madagascar est non seulement un lieu de ravitaillement des commerçants étrangers, mais abrite également un ensemble de ports.

Celui de Vohemar était le plus célèbre. Capitale des Anjoaty, cette ville a connu une période florissante depuis le Xè siècle. En effet, lors des fouilles archéologiques, «de nombreux sites associés à des exploitations de chloritoschiste ont été découverts vers l’intérieur. Une série de sites sont implantés à l’embouchure des rivières. Une concentration de tombes du XIV au XVIIè siècle livrent des indices sur les échanges commerciaux en place. Céramiques de Chine, de la cornaline, ainsi que des marmites en chloritoschiste, probablement vers le moyen-orient, orientation des corps comme chez les musulmans : tête vers l’est, face à la Mecque». En étroite relation avec le monde musulman, la population est influencée par la culture des Arabes et celle des habitants originaires de la «Corne de l’Afrique», ainsi que les austronésiens. Dès lors, les Iharaniens (les Vohemarois) adhèrent à la religion musulmane. Les coutumes, rituels et langues se mélangent, se trouvaient tous liés par leur intégration dans un ensemble de réseaux formalisés d’alliances et d’échanges, et couvraient l’ensemble de la région. En effet, le contact a favorisé la mise au point de techniques de construction plus performantes comme les déplacements de pirogues à travers le littoral. En outre, les traditions orales, corroborées par certaines données archéologiques, confirment l’implantation régulière de groupes étrangers. Connu par les Européens vers le XVIè siècle, Vohemar et ses environs furent abandonnés à la fin du XVIIIè siècle. De la colonisation jusqu’à l’indépendance, la ville est enclavée mais réputée pour son élevage bovin et son air pur, elle fût longtemps un lieu de pâturage. Après l’Indépendance, cette ville a perdu son lustre et est tombée dans la décrépitude comme beaucoup d’autres villes de la Grande île. Imperturbable, méprisant les aléas du temps et indifférent aux soubresauts de l’histoire d’Ambavan’Iharana, c’est le dernier maillon de la province d’Antsiranana. L’intégration régionale repose sur les services de transport qui soutiennent les mouvements de personnes et de biens à travers les frontières. Ces mouvements participent à la promotion des échanges et au développement socio-économique en général. Jusqu’ici Iharana souffre d’un manque d’infrastructures routières. La ville prospère du XIIIè siècle est devenue un village perdu !

Iss Heridiny

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