Visite de Pim Van Ballekom : La BEI veut intensifier sa coopération avec Madagascar

Pim Van Ballekom, vice-président de la Banque européenne d’Investissement, en visite à Madagascar.
Pim Van Ballekom, vice-président de la Banque européenne d’Investissement, en visite à Madagascar.

La Banque Européenne d’Investissement (BEI) reprend définitivement ses interventions à Madagascar. Des projets financés par la BEI sont déjà en cours et les travaux seront lancés en début 2017, pour la construction de route à 4 voies, dans le cadre du projet Rocade, reliant la RN7, RN2, RN3 et RN4. Cette banque d’infrastructures est la plus grande banque publique du monde, avec un volume trois fois supérieur à celle de la Banque mondiale. Son vice-président, Pim Van Ballekom a déclaré que des investissements dans plusieurs secteurs sont déjà en vue, suite à ses rencontres avec les autorités malgaches. Il a également félicité les compétences techniques, dans la gestion des finances publiques à Madagascar. Interview.

 Midi Madagasikara (MM). Pouvez-vous parler en bref de la BEI ?

Pim Van Ballekom de la BEI. La BEI est la banque de l’Union européenne et donc les 28 pays membres de cette organisation sont actionnaires. C’est la plus grande banque publique du monde. Son volume équivaut à trois fois celle de la Banque mondiale.   90% des opérations de la BEI s’effectuent dans les pays membres de l’Union européenne et 10%, soit près de 9 milliards d’Euros concernent des investissements ailleurs. En Afrique, le volume de crédit accordé par la BEI est de 2,5 milliards d’Euros et pour l’Afrique Subsaharienne, 1,2 milliard d’Euros. Les actionnaires de la banque nous demandent actuellement de renforcer notre présence en Afrique. C’est d’ailleurs la raison de notre visite à Madagascar, outre le constat de visu des projets signés en juin et qui seront mis en œuvre d’ici peu. Il  y a la Rocade avec 28 millions d’Euros d’investissements par la Banque, les projets d’actions post-désastres pour la réhabilitation de digues et de connectivités routières, suite aux cyclones.

M.M Mais est-ce qu’il y aura d’autres interventions à Madagascar ?

BEI. On a discuté de plusieurs possibilités pour le futur avec le ministre des Finances et du Budget, Gervais Rakotoarimanana et avec le président de la République Hery Rajaonarimampianina. L’Ambassadeur de l’Union européenne, Antonio Sanchez-Benedito a également organisé une soirée de rencontre avec la présence de plusieurs ministres sectoriels comme celui de l’énergie, des travaux publics, etc. La Banque est très motivée à investir dans l’énergie renouvelable, dans l’appui au secteur privé pour améliorer l’accès aux financements pour les PME et les plus petites entreprises. En outre, la BEI, de par son origine, est une banque d’infrastructures. Nous travaillerons également pour l’amélioration de l’accès à l’eau, de la santé publique, de l’éducation, etc.  On peut faire presque tout, suivant les priorités du Gouvernement malgache. Nous avons une équipe d’ingénieurs très connus dans les divers secteurs de l’économie.

M.M Après la suspension de la coopération avec Madagascar, pourquoi la BEI est-elle revenue ?

BEI. Ce sont les actionnaires qui décident. Il se peut qu’on suspende la coopération avec certains pays. Il en est ainsi par exemple pour la Fédération Russe, le Burundi, etc. Pour Madagascar, la dernière opération avant la suspension des interventions est celle avec le Projet Ambatovy. La BEI étant la banque de l’Union européenne, suit la tendance de cette organisation. Au moment où il y a eu la rupture de l’ordre constitutionnel en 2009 avec la crise, il y a une suspension de toutes les aides, le Gouvernement malgache n’étant pas reconnu à l’époque. On a dû appliquer l’article 96 de l’Accord de Cotonou et la BEI s’est retiré de Madagascar. Cependant, il y a eu ensuite les élections, le retour à l’ordre constitutionnel, la levée des sanctions et le retour de l’Union européenne, avec la signature de l’accord du PIN-FED. L’Union européenne et Madagascar travaille maintenant la main dans la main avec ces projets financés, dont une partie concerne des dons dans le cadre du Fonds européen de développement ; et l’autre partie, un prêt de la BEI. Mais tout cela dans le même objectif d’appuyer les efforts pour le développement entrepris par Madagascar.

M.M Conditionnalités sont-elles imposées avec les prêts de la BEI ?

BEI. Cela est différent de projet à projet, mais on peut déjà citer les conditions relatives au respect de l’environnement, à la transparence dans les appels d’offres, la bonne gouvernance et la capacité d’absorption des fonds. En bref, il faut appliquer les standards de l’Union européenne qui visent la qualité des investissements, dans l’intérêt des projets.

M.M La BEI travaillait auparavant avec la Jirama, maintenant que vous pouvez toujours financer le secteur de l’énergie. Est-ce qu’il y a des perspectives en vue ?

BEI. Il y a encore des points à éclaircir avec la JIRAMA. On a discuté sur des sujets liés à la transparence et la bonne gestion. On a posé des questions pour des renseignements additionnels et on attend encore les réponses. La BEI est un partenaire de longue date de la JIRAMA, mais elle n’est pas la seule. Il y a des actions cohérentes avec les autres partenaires comme la Banque mondiale, par exemple.

M.M Qu’en est-il de la compétitivité de vos offres financières ?

BEI. La Banque est une institution Triple – A. On met en avant des obligations dans des conditions très avantageuses. Les actionnaires de la Banque ne demandent pas de payer des taxes. On peut donc transférer les avantages aux partenaires. En termes de compétitivité, la banque est très bien placée. La maturité des prêts est plus longue que celle des autres banques. Pour les projets d’infrastructures, c’est entre 20 à 25 ans. Aucune autre institution commerciale ne propose cela.

M.M Et pour l’appui au secteur privé, comment cela va s’opérer ?

BEI. Pour les petites et moyennes entreprises, on cherche une banque privée viable avec qui nous allons apporter les appuis, car la BEI est une institution très centralisée. En d’autres termes, on va s’appuyer sur les acteurs qui sont déjà ancrés dans le pays.

M.M En gros, comment s’est passée votre visite à Madagascar ?

BEI. La visite a été très bien organisée. J’ai constaté que l’équipe économique de ce pays, notamment l’équipe du Ministère des Finances et du Budget est constituée de personnes très compétentes et très efficaces. Chapeau au ministre ! Il ne sera pas difficile de trouver des projets sur lesquels on pourra travailler ensemble. La BEI peut investir beaucoup à Madagascar.

M.M Croyez-vous au Développement de ce pays ?

BEI. Madagascar a des potentiels énormes. Mais pour réussir un développement, il y a aussi des conditions à remplir, notamment la bonne gouvernance, la transparence et la capacité de mettre en œuvre les projets.

Recueillis par Antsa R.

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2 Commentaires - Ecrire un commentaire

  1. La réalisation de ces projets accentuera le développement de Madagascar.

  2. « la bonne gouvernance, la transparence et la capacité de mettre en œuvre les projets » effectivement. Sauf que dans un pays où il y aura toujours des cloportes pour mettre des bâtons dans les roues des autres, on est obligés de croiser les doigts. « Ory hava-manana », un adage qui en dit long sur la mentalité de certains… Je souhaite une pleine réussite à tous ces projets.

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