La Fugue, « Running away »

Jacaranda
Commissaire de Police Fidy Andrianiandra, Chef de division de la Police des Mœurs et de la Protection des Mineurs.
Commissaire de Police Fidy Andrianiandra, Chef de division de la Police des Mœurs et de la Protection des Mineurs.

La fugue est, comme son nom l’indique, avant tout une fuite (running away en anglais). Elle consiste à s’échapper du lieu où l’on vit, sans autorisation et sans dire où l’on va, pour un temps généralement bref, mais qui peut durer plusieurs jours ou plusieurs semaines et même parfois confiner à l’errance. Ce comportement est en hausse chez les adolescents depuis une dizaine d’années, mais il est souvent banalisé à tort par l’entourage lorsque le mineur revient spontanément au bout de quelques heures, après s’être réfugié chez un(e) camarade et avoir même gardé le contact, dans certains cas, avec ses ami(e)s par téléphone mobile interposé.

 

Quelles en sont les raisons ?

Les raisons de cette fuite concernent plusieurs domaines, mais plus précisément la vie familiale.  Les concernés ont, d’habitude, des  actes à se reprocher et à reprocher à leurs parents ou à leurs tuteurs ; ainsi, pour échapper à la sanction qui va leur être infligée, la seule échappatoire est la fugue. Pour les moins de 13 ans, la peur d’être réprimandée est la véritable raison. Certains subissent quotidiennement des actes violents, sont toujours en butte à des remarques déplaisantes venant de leurs parents après une mauvaise note, une faute commise à l’école, ou une dispute entre camarades de classes. Pour d’autres qui possèdent des comportements hostiles à la vie sociale, c’est-à-dire les jeunes malfrats, qui commettent des petits vols, détournement de frais de scolarité, la recherche des besoins non  comblés tels que l’autonomie, la liberté, ou l’expérimentation constitue l’origine de la fuite. Pour les plus âgés, la raison est simple, l’épanouissement sentimental. Certes, à partir de 14 ans,  l’amour des parents n’est plus suffisant surtout avec leurs engagements incessants en dehors du foyer. Le bonheur ressenti auprès d’une autre personne les incite à avoir plus de liberté extérieure. Par conséquent, nombreux sont les parents qui imposent à leurs enfants une discipline qui les empêchent de s’ouvrir au monde. On constate que la plupart de ces parents ont un foyer instable c’est-à-dire qu’ils sont divorcés (père ou mère célibataire),  en situation précaire.

  La fugue, 691 cas enregistrés en une année par la Police de Mœurs et de la Protection des Mineurs à Madagascar

Avec 691 cas recensés sans compter les 405 disparitions à la fin de l’année 2015, la notion devient actuellement  très employée par la Police de Mœurs et de la protection des Mineurs à Madagascar. Elle se traduit, pour un mineur c’est –à –dire les moins de 18 ans,  par un départ volontaire du foyer familial ou tout autre milieu de garde (famille d’accueil, foyer de groupe, centre de réadaptation…) sans l’autorisation des parents ou encore de son tuteur.     La PMM stipule que la majorité de ces fugueurs sont des jeunes garçons et jeunes filles entre 9 à 13 ans.

 

La procédure à suivre en cas de fugue

D’après le commissaire de Police Fidy Andriamiandra, Chef de Division de la Police des Mœurs et de la Protection des Mineurs, les fugueurs reviennent 72h voire 48h (90% des cas) après le signalement auprès de leur service. La procédure en cas de fuite se caractérise par la déposition d’une lettre de déclaration de Fugue à la PMM. Les parents procèdent tout de suite à la recherche car ils sont les seuls à connaître vraiment  leurs enfants et ce n’est qu’après les avoir retrouvés que le travail de la police commence. L’enquête se divise en trois grandes parties à savoir l’enquête matérielle, morale et légale. Les résultats vont conduire au transfert des enfants au violon en guise de  punition ou auprès  d’un centre d’urgence le BMH s’ils avaient été des victimes d’une maltraitance physique avant la fugue. Ces derniers nécessitent un traitement de faveur pour éviter un autre problème psychologique.

 Les réseaux sociaux à surveiller

« Un enfant dans la rue est un enfant en danger », Arnaud Grusselle, directeur de la Fondation pour l’enfance, dispositif d’aide aux parents. Que faut-il faire ?

Empêcher la fugue reste un objectif à atteindre dans les plus brefs délais. Les parents doivent surveiller de près leurs enfants sans tenir compte de leur avis. Notamment, les technologies évoluent, les réseaux sociaux qui sont nocifs surtout  à leur âge se multiplient. Les enfants ne doivent pas être perdus de vue, la communication doit être présente au sein d’une famille sans parler d’un dialogue nécessaire. Le rôle de la PMM est d’enquêter pour connaître la cause du comportement des fugueurs et de le corriger en cas de besoin. Pareillement, elle effectue des préventions dans les écoles en sensibilisant les jeunes écoliers à ne pas commettre des délits. De plus, des surveillances nocturnes dans les bars, les karaokés que les mineurs fréquentent s’ajoutent au premier acte vu que les jeunes qui avaient 16 ans en 1980 ne ressemblent pas à ceux de 2015  sur le plan physique. Les lois sanctionnent aussi la punition des personnes qui  hébergent des mineurs  sans consentement de leurs parents ou de leurs tuteurs, car elles sont considérées comme  complices de détournements de mineurs. En cas de maltraitance d’un mineur ou  de la présence d’un enfant non-identifié dans votre quartier, il est important de signaler auprès de la Police de Mœurs et de la Protection des Mineurs ou d’appeler le numéro vert 146.

 

Témoignage poétique

Dealer pour manger, à 17 ans. Voler aussi…

 Dormir cachée dans les entrées de cinéma, chercher un pieu dans un squat.

 Faire la manche, ça, je n’ai jamais pu.

Je préférais dealer pour le fric. Mineure, ma grande peur c’étaient les flics.

 Et qu’ils me ramènent chez moi. Un ami m’a sortie de là.

 Il fallait couper les ponts avec la rue. Lui aussi fuyait quelque chose…

 Il convoyait des bateaux.

 Il m’a emmenée avec lui sur la Grande Bleue.

L’immensité, la beauté et le silence m’ont aidée.

         Extrait d’un poème sur la Fugue.

 

A retenir

Contrairement à ce que beaucoup croit, la fugue n’apporte pas la preuve que le sujet en fuite est malheureux ou en souffrance à cause des personnes chez qui il réside. Cette hypothèse est à examiner, mais le plus souvent, le foyer de résidence n’est que la scène qui cristallise les attentes et les espoirs du sujet en détresse de rompre avec son passé ou ses démons intérieurs. Xavier POMMEREAU, Psychiatre, chef du pôle aquitain de l’adolescent. Centre Abadie. CHU de Bordeaux.

 

Kanto R. (Stagiaire)

 Dossier réalisé par Kanto Rajaonarivony (Stagiaire)

Photo : Yvon Ram

Rem : PMM Tsaralalàna

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