Retour sur l’histoire et le début du cinéma malgache !


Jacaranda

« Tabataba » de Raymond Rajaonarivelo.

L’histoire du cinéma malgache ne date pas d’hier. Elle a commencé il y a plus de 80 ans. Excelsior, Galliéni, et Universel… c’est dans ces salles que le public malgache découvre le cinéma pour la première fois avec Charlot notamment. C’était à la fin de la première guerre mondiale. Le cinéma, à l’époque était encore muet. Le film parlant atteindra Madagascar dès 1935. En 1936, est crée à Madagascar « le Consortium Cinématographique », société de diffusion du cinéma qui, non seulement achetait des films, du matériel de projection, des bandes adhésives, des lampes, mais aussi formait des techniciens pour l’entretien de ce matériel. Vers les années 1935-1940, les premiers cinémas tenus par des Malgaches (couple Rabenja) tels le Valiton (1937) et l’Eden (1939) projetaient les premiers films parlants. Seuls les gens de la classe aisée y accédaient car autrefois, on n’y venait pas pour se divertir, mais surtout pour se montrer.

Les années 70, véritable envol du cinéma malgache. Les années 50 voyaient l’ouverture par le Consortium Cinématographique, de la grande salle du REX (849 places) et l’inauguration de Métro (200 places) en 1948 avec le film« Le troisième homme ».Le cinéma malgache est né du documentaire. Le plus ancien, « La mort de Rasalama », a été réalisé en 1947 par Raberojo à l’occasion de la cérémonie commémorative du centenaire de la mort de Rasalama. Dans les années 70, la diffusion en plein air est apparue. On assiste à la démocratisation du cinéma. Il devient populaire et les séances sont attendues par tous. A partir de 1969, les autorités ont montré un intérêt certain à promouvoir le cinéma qui pouvait être une arme efficace pour le développement de la population malgache composée de 90 % de paysans. Dans le sens de cette politique, le Centre Malgache de Production de Films Educatifs (CMPFE) a été créé en 1969, afin de réaliser des films éducatifs et des documentaires de courts et moyens métrages. L’étroite collaboration avec l’animation rurale a permis la projection de 21 films éducatifs et documentaires dans les villages les plus reculés de l’île. Si quelques films comme « Itoerambolafotsy » et « Général Labigorne » (1958) furent réalisés durant la période coloniale, la production d’un cinéma national de fiction a fait ses premiers pas pendant les années post-indépendance. Le véritable envol du cinéma malgache se situe autour des années 70 avec « Saribao » de Hugues Raharimanantsoa« Lalao Fahiny » de Nairo Rahamefa en 1971 et « Tranon-Kala » un court métrage de Richard Claude Ratovonarivo réalisé la même année.
En 1972, le film « L’Accident » de Benoît Ramampy (aidé par les institutions françaises : prêt d’une caméra venant de Paris durant deux mois de tournage par le CCAC) obtient, par la suite, le prix du meilleur court métrage au Fespaco à Ouagadougou (Burkina-Faso). Enfin, sont produits en 1973 « Very Remby » ou « Le Retour » de Solo Ignace Randrasana, « Rovi-damba Ririnina » de Jeannot Rarojo et « Asakasaka » de Limby Maharivo. A cette époque, la plupart des réalisateurs se sont formés à Madagascar « sur le tas », puis se sont ensuite perfectionnés en France dans des écoles renommées. Le CMPFE a mis en place des formations pour les techniciens durant les années 60-75. Les films ont bénéficié des aides de la Coopération française, du Ministère de l’Information, de la Communication et de la Culture malgache, de Sorex, de l’ONCIC. Vers les années 70, le Consortium cinématographique commença à attribuer des subventions à des réalisateurs. En 1975, on comptait une cinquantaine de salles sur tout le territoire. Le Consortium Cinématographique était propriétaire de 10 salles, toutes équipées de projecteurs 35 mm : cinq dans la capitale et une dans chaque province. Les autres salles appartenaient aux sociétés : Anjary, Omnium Malagasy, Spectacles et Publicités. La diffusion ainsi que l’entretien de toutes les salles étaient cependant gérés par le Consortium Cinématographique qui importait jusqu’à 350 films par an. Ce bel élan de création fut pourtant stoppé net par la révolution socialiste qui considéra le cinéma non pas comme un vecteur de rêve mais plutôt comme un instrument de propagande politique.

« Ilo tsy very » de Solo Randrasana.

1975 : un tournant pour le septième art malgache. L’instauration en 1975 d’un régime « révolutionnaire », placé sous l’autorité de Didier Ratsiraka, va bouleverser le fonctionnement du secteur de l’audiovisuel. Selon la Charte de la Révolution Socialiste Malagasy, « l’information qu’elle soit écrite, parlée ou audiovisuelle, doit donc aider à la réalisation des objectifs fondamentaux de la révolution tels qu’ils ont été définis. C’est un moyen privilégié d’éducation du peuple, d’organisation des masses, de diffusion des idées… » Le Ministère de la Culture se dénommera d’autant plus le Ministère de l’Idéologie ! Cette Charte à double sens privilégie le monopole d’Etat qui sera exercé par l’Office Malgache du Cinéma (OMC) remplaçant, en 1978, le CMPFE (l’OMC deviendra Cinémédia, une société anonyme sous tutelle de l’Etat en 1986). L’OMC impose ses directives à des sociétés privées comme le Consortium Cinématographique qui distribuait une grande partie des films à Madagascar et dont l’activité était totalement rentable. En 1975, le Consortium Cinématographique devient le Consortium Cinématographique Madagascar (séparation juridique avec le Consortium Cinématographique qui gérait toutes les salles de l’Océan Indien) et resta une société privée mais avec une activité nationalisée. L’OMC se consacra seulement à la diffusion des films, mit de côté la production qui commençait à prendre naissance à Madagascar. Le Consortium Cinématographique Madagascar devait sous l’ordre de l’OMC diffuser des films de propagande politique venus de l’Union Soviétique, de Corée ou de Cuba. L’OMC avait l’entière liberté du choix et du contrôle des films importés.
De 1978 à 1992, les importations totales ont été de 1 094 films seulement. Les tickets, devenant de plus en plus inaccessibles et les programmations n’étant pas au goût du public, les salles sont désertées. Les films russes ou coréens, sous-titrés en français ou en version originale, écartaient d’autant plus la jeunesse qui en pleine malgachisation ne comprenait que les films dans la langue nationale. Le public s’orientait alors vers les quelques films d’actions dont la compréhension ne nécessitait pas la lecture du sous-titrage en français et vers les vidéoclubs clandestins qui ont fait leur apparition en 1985 pour connaître un succès sans précédent en 1986. De 1981 à 1996, le nombre de spectateurs à Madagascar passe de 3 559 744 à 199 499.

De salles de cinéma à entrepôts. A partir de 1989, les salles ferment progressivement leurs portes et deviennent des entrepôts, des annexes d’hôtel. Dans la capitale, il ne restait plus que le Ritz et le Rex qui proposaient deux séances : 14h et 16h30 plus une troisième, à 18h30 le samedi et le dimanche. La séance de 20h a définitivement disparu du fait de la raréfaction des transports et d’une délinquance en progression. En province, les salles de Fianarantsoa, Mahajanga et de Tuléar ferment également. En juin 1996, le public déserte les salles définitivement et toutes les salles de la capitale ferment leur porte. A partir de cette date, on parlera de « salles obscures ». A cette époque, un texte de loi sera mis en place pour la libéralisation des salles, qui ne sera jamais signé. Dès 1975, comme la production cinématographique entre dans une phase de sommeil, les techniciens formés aux techniques cinématographiques se tournent vers les chaînes de télévisions locales et optent pour le format vidéo afin de réaliser en majeure partie des documentaires et des clips. Quelques films de fiction ont été réalisés en vidéo : « Le prix de la paix » réalisé par Rakotozanany Abel en 1987, « Liza » réalisé par Solo Ignace Randrasana en 1995 et « Adim-Piainana » réalisé par Rakotonanahary François en 1996.
La production cinématographique ne compte que quatre films. « Dahalo, Dahalo » (voleurs de zébu) le film de Ramampy Benoît sera réalisé en 1983, mais n’a pu être projeté sur les écrans de la Grande Ile qu’en 1990. Ce film fut censuré car il montrait de façon trop réaliste le problème de l’insécurité rurale. Le film « Ilo Tsy Very » ou « La graisse ne se perd pas » réalisé en 1985 par Solo Ignace Randrasana, chronique historique sur la rébellion contre la colonisation française, une coproduction algéro-malgache qui a fait le meilleur score : 127 977 spectateurs entre 1987 et 1989. En revanche, le coût de la production n’a pu être amorti. Le réalisateur Raymond Rajaonarivelo, lui, a décidé de s’exiler en France. Il réalisera« Tabataba » en 1988, film marquant sur les événements de 1947 qui recevra le prix spécial du jury au festival de Cannes, ainsi que « Le jardin des corps » en 1994, un court métrage sur l’œuvre du sculpteur Ousmane Sow et « Quand les étoiles rencontrent la mer » en 1996.

Les années post – 2000. Les productions se multiplient. De plus en plus de films « vita gasy » voient le jour. Mais ce sont des films commerciaux pour la plupart. Le public répond néanmoins présent. Le « film gasy » n’a jamais eu autant de succès. Les vrais réalisateurs de cinéma se font cependant rare et la plupart du temps s’arrêtent au stade du court-métrage. A l’initiative de Laza avec l’appui des partenaires étrangers, les Rencontres du Film Court, unique festival de cinéma à Madagascar, œuvrent pour offrir une véritable plateforme au cinéma malgache. Rencontres, échanges, formations, éducation à l’image, ateliers, concours de courts-métrages malgaches, fonds d’aide, distribution sont aujourd’hui les mots d’ordre du festival pour redonner ses lettres de noblesse au cinéma malgache. Pourtant, cela reste un festival de découvertes et d’encouragement, car les cinéastes font face à des budgets très bas pour réaliser les films, très très bas même, presque insignifiants par rapport à l’effort à fournir pour avoir une bonne qualité. En plus, la plupart d’entre eux, comme c’est le cas dans d’autres pays d’Afrique, manquent de formation au niveau de l’écriture et de la technique même. Pourtant l’envie des jeunes de produire avec peu de moyens est très révélatrice d’un besoin d’expression. Il y a là un vivier de talents qui n’attendent que d’être formés et de partir partager les imaginaires malgaches parmi les cinémas du monde. Ludovic Randriamanantsoa, Luck Razanajaona, Ando Raminoson, Tovoniaina Rasoanaivo, Lova Nantenaina et  Haminiaina Ratovo… on l’espère, y arriveront un jour.

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