Décorum et méthodes de circoncision : A cheval entre tradition et modernité


Bmoi

Traditionnellement, les Malgaches pratiquent la circoncision en hiver. Dans l’usage, la période de l’hiver allant du mois de juillet au mois d’août est considérée comme la plus favorable, car le froid atteindrait son pic d’intensité durant cette période. Les méthodes et pratiques de circoncision choisies -l’opération chirurgicale en soi, comme tout le décorum qui l’accompagne- varient selon le choix des familles. Elles oscillent entre méthodes traditionnelles et celles dites modernes.

Constituant une véritable source d’angoisse et d’appréhension pour les parents, notamment pour la mère du petit garçon, la circoncision n’en est pas moins un moment de joie, de liesse et de fierté familiale. Pour le principal concerné, la circoncision n’est ni plus ni moins qu’une opération chirurgicale douloureuse, mais dont le traumatisme est atténué par la multitude, relative de jouets, reçus et l’attention de toute la famille ! Sur le plan socioculturel, la circoncision revêt une signification très importante. Pour le petit garçon, elle constitue un rite de passage qui marque définitivement son appartenance au sexe masculin. Il devient ainsi un véritable « lahy », car sa force et sa résistance ont déjà été éprouvées par la douleur. Dans bon nombre de cultures africaines et sémites en effet, la circoncision représente l’épreuve douloureuse et initiatrice que l’homme (au sens de mâle) ait à traverser pour mériter son statut d’ « homme » et de tous les devoirs et responsabilités que cela suppose dans sa vie future de chef de famille et pour lui souhaiter prospérité et dextérité dans le ou les rôles qu’il va occuper au sein de la société.

Tradition et/ou modernité ?

A l’instar de l’appellation de la circoncision qui varie d’une région à l’autre de Madagascar, le décorum de la circoncision varie également, mais présente néanmoins des points communs. En effet, qu’il soit dénommé « didim-poitra », « fora zaza », « famorana », « hasoavana », ou « sambatse », etc ; le but et les diverses coutumes émaillant la circoncision demeurent sensiblement les mêmes du point de vue traditionnel. Pour des raisons cosmogoniques, les circoncisions se font uniquement en période de lune montante, pour que la destinée, le « vintana » du petit garçon soit ascendante et positive comme cette lune montante, La pleine lune est par ailleurs proscrite, car elle favorise l’hémorragie. La veille de la circoncision proprement dite, la famille et les proches font le « lalonana », la fête, avec danses, chants et alcool, surtout du « toaka gasy » à profusion. Le jeune enfant qui ne se doute, plus ou moins de rien, sera circoncis à l’aube par un chef traditionnel, dénommé d’une manière générale « rain-jaza ». Un jeune homme, vigoureux et pas orphelin sera chargé de récupérer le « rano mahery » à la source, un « loharano », du village ou de la ville, c’est selon. Cette eau, considérée comme sacrée, servira à nettoyer les matériaux et la plaie laissée par l’opération. Selon les régions, ce sera le grand-père ou l’oncle maternel, le « zaman-jaza » qui sera chargé d’avaler le prépuce, avec une banane en guise d’accompagnement       . Une banane qui, à l’image de la canne à sucre, symbolise la virilité, la pérennité et pour souhaiter une longue vie prospère au petit garçon nouvellement circoncis. Lequel sera accueilli dans la liesse à son domicile, avant de recevoir des jouets et d’avoir un repos bien mérité. Certes, cette méthode traditionnelle est séculaire, mais elle a néanmoins présenté ses limites. Notamment du point de vue médical, où de nombreuses petites victimes ont été déplorées suite à des infections qui se sont compliquées, faute de précautions et de soins adéquats.

Compte tenu de ces risques, bon nombre de parents optent pour des méthodes dites modernes : la circoncision à l’américaine, la circoncision pratiquée dans certains centres médicaux consistant à faire inhaler un gaz légèrement anesthésiant que le petit garçon inhale après quoi il soit circoncis sans ressentir de douleur, et en principe, il n’y aurait pas non plus de saignement et moins de « douleurs postopératoires ». Pour ou contre ? Les avis divergent, mais ce qui est sûr c’est que le choix incombe aux parents uniquement. Certains campent sur les traditions, par conviction, mais également pour des raisons financières, car l’opération dans des centres spécialisés, voire reconnus, coûtent entre 100 000 Ar à 200 000 Ar sans parler des autres dépenses logistiques pour les festivités. Selon leurs moyens et leurs convictions, certains parents optent pour la circoncision à l’américaine, mais en incluant le respect du décorum. D’autres choisissent à la lettre les méthodes traditionnelles, quand d’autres encore optent pour la circoncision à l’américaine tout court et un beau cadeau, sans la fête, faute de moyens. En effet une circoncision faite « dans les règles de l’art », chirurgie, fête et jouets inclus, coûte cher, à l’instar de Tsiky, jeune mère de famille qui indique « avoir dépensé 600 000 Ar, pour que la circoncision de son fils de trois ans soit célébrée comme il se doit ».

Dossier réalisé par Luz R.R

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2 Comments - Write a Comment

  1. Le corps humain n’est pas fait pour être modifié sans raison.

  2. En tout cas, moi je suis contre cette pratique. je suis Malgache mais cela n’empêche, je trouve cette pratique inutile. Là j’ai un fils de 2 ans, et je suis décidé, quoi qu’il en coute et quoique disent mes propres parents et ceux de ma femme, que jamais, je ne le circoncirai.

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