LA REUNION : UNE DIASPORA OMNIPRESENTE, FESTIVE ET SOLIDAIRE


Jacaranda

Acteur majeur au sein de la diaspora malgache à la Réunion, la Fédération FEO réunit 25 entités œuvrant pour Madagascar dans tous les domaines, culturel, social, humanitaire, économique.

Du 26 au 29 octobre 2017 prochain, se tiendra à Antananarivo le premier forum de la diaspora. Pour le ministère des Affaires étrangères, à l’initiative de ce rassemblement des natifs de Madagascar éparpillés dans les quatre coins de la planète, ce sera l’occasion de « reconnaitre et définir le rôle de la diaspora, dans le cadre du processus de développement national ». En attendant ce premier rendez-vous inédit et annoncé officiellement à l’occasion du Conseil des ministres du 8 août dernier, zoom sur la communauté malgache de l’île de la Réunion, le territoire français le plus proche de nos côtes.

Le temps d’un match de foot, et vous arrivez par avion à la Réunion où vivent quelque 25 000 Malgaches, binationaux pour la plupart. Malgré la proximité géographique et historique entre les deux îles de l’Océan Indien, ce département français d’Outre-Mer reste la destination la plus difficilement accessible aux Malgaches, compte tenu des conditions drastiques d’obtention du visa. La Réunion n’est pas considérée comme faisant partie de l’espace Schengen. Pourquoi tant de méfiance de la part des autorités françaises ? Eléments de réponse avec Mpanarivo Rakotoharimanana, ancien journaliste, installé sur la petite île française depuis 16 ans et Président de FEO ou Fédération des Entités Œuvrant pour Madagascar : « Ces « complications » résultent malheureusement d’un passé tumultueux pas si lointain : dans les années ’80, le nombre de clandestins d’origine malgache a explosé à la Réunion. A cette époque, les Malgaches pouvaient entrer et sortir plus librement sur l’île qui présentait alors plusieurs attraits majeurs notamment en matière de textile et d’habillement. Le chanteur Tselonina évoquait les allers-retours des « mpanao shopping » et de l’avion « Tolompiavotana, mivesatra jean’s sy Adidas ». Ensuite, le 974 était connu pour ses voitures d’occasion qui retrouvent une seconde vie sur nos routes. Ce temps est révolu : au cours des deux dernières décennies, vu le coût élevé de la vie à la Réunion, bon nombre de « Gasy » de l’île font leurs emplettes à Antananarivo pendant les vacances scolaires. On assiste aussi à l’inversion de la tendance à travers le succès de l’artisanat malgache en constante évolution sur le marché réunionnais. Par ailleurs, l’importation de voitures d’occasion à Madagascar est désormais plus tournée vers l’Asie. On assiste à une forte baisse de ce genre de business. Autre changement : le nombre de personnes en situation irrégulière a considérablement diminué. Aujourd’hui, les Malgaches résidant à la Réunion y sont attachés par des liens familiaux pour la plupart, beaucoup sont mariés avec des Créoles ou des « Vazaha ». D’autres ont obtenu la naturalisation pour avoir travaillé pendant plus de dix ans dans l’île ou en France. On compte aussi une centaine d’étudiants poursuivant leurs études supérieures à l’Université de la Réunion ».

Les membres de la communauté malgache à la Réunion se voient régulièrement tout au long de l’année à l’église, au sein des associations, en pique-nique pour faire la fête et pour organiser des actions humanitaires.

Les 4 S qui motivent : Salaire, Stabilité, Santé et Sécurité. Comme la plupart des « immigrés » en France, les Malgaches de la Réunion ont fait le choix d’y vivre, non seulement pour le « Salaire payé en euro » pour ceux qui travaillent, mais pour trois autres raisons majeures. Citons en premier lieu, la Stabilité dans le domaine social et économique. En cas de chômage ou de perte d’emploi, le père ou la mère de famille continue à percevoir un revenu pour pouvoir subvenir aux besoins vitaux en attendant de trouver un autre travail. Par ailleurs, chaque famille, ayant des revenus modestes, peut prétendre à des aides et/ou des prestations sociales de la part de la CAF ou la Caisse d’allocation familiale. Idem, pour faire face aux aléas de la vie et aux problèmes de santé, le système de cotisation sociale auprès des mutuelles ou des compagnies d’assurances permet une prise en charge partielle ou intégrale des frais de soins ou d’hospitalisation. Par ailleurs, l’éducation des enfants est obligatoire et gratuite non seulement pour les parents, mais aussi pour l’Etat qui assure le fonctionnement des écoles, collèges, lycées publics et des universités.

Les plus pour « Larun ». En tant que Département français, la Réunion ou Larun pour les intimes, bénéficie de tous ces avantages, avec en sus, un meilleur cadre de vie, moins pollué et plus ensoleillé en comparaison aux autres villes de l’Hexagone. On est bien loin du rythme infernal du métro-boulot-dodo des Parisiens ! La Réunion figure aussi parmi les rares endroits de la planète encore plus ou moins à l’abri du grand banditisme, du terrorisme, de l’instabilité et de l’insécurité. Mais pour les Malgaches qui y vivent, le principal attrait de ce petit bout de France de l’Océan Indien réside dans sa proximité avec Madagascar. Avec moins de 500 €, en 90 minutes d’avion, on peut « rentrer à la maison », assister à un événement familial, ou passer un week-end. Ce n’est pas le cas des « Gasy » de l’Hexagone qui doivent faire un long trajet de 10 000 km et de plusieurs mois d’économie pour pouvoir payer un billet aller-retour qui peut atteindre les 1500 €, voire plus, en haute saison.

Les couleurs malgaches sont omniprésentes dans les rassemblements des « Gasy » de Larun.

Une communauté bien intégrée. A part quelques rares incidents, les membres de la communauté malgache ne souffrent pas de problème de racisme, mais sont plutôt bien intégrés dans la société réunionnaise. Ils occupent toutes les fonctions et sont présents dans toutes les branches et catégories socioprofessionnelles : médecins, enseignants, prêtres, religieuses, pompistes, agents administratifs et sans- emploi… Les ressemblances des traits physiques, mais aussi les histoires communes et le fort lien de sang qui unissent les peuples de Madagascar et de la Réunion contribuent à cette harmonie et ce vivre-ensemble exemplaires. Rappelons que la première femme qui a accouché sur l’île Bourbon (ancien nom de la Réunion) est une femme malgache dénommée Tsiarana. L’histoire de l’esclavage relie aussi intimement les deux îles. De ce fait, beaucoup de Réunionnais sont attachés à leurs racines malgaches. Cet attachement se manifeste aussi bien dans les traditions et les pratiques religieuses que dans la culture et tout particulièrement dans la musique.

Impôts, loyer, coût de la vie et galère en tout genre. En dépit des avantages cités ci-dessus, la vie des « Gasy » de Larun n’est pas rose tous les jours. Ils travaillent dur comme partout, mais le coût de la vie y est très élevé en comparaison à celui de l’Hexagone et de Madagascar. Citons à titre d’exemple le prix du pain, à 1 € qui vaut alors 3 500 Ariary l’unité ; ou encore le loyer qui figure parmi les plus chers de France sans oublier le niveau élevé des impôts qui dépassent souvent le montant d’un mois de salaire, voire deux pour une famille modeste. En revanche, les routes sont bien entretenues, de grandes infrastructures sortent de terre régulièrement (les travaux d’agrandissement de l’aéroport Roland Garros sont en cours) et les services publics fonctionnent plus ou moins correctement, sans être gangrenés par la corruption.

La fête toute l’année. A part le mode de vie et la cuisine créole – avec le riz comme élément de base – assez proche des nôtres, et le paysage verdoyant des champs de cannes à sucre, on signalera aussi un attrait majeur de la vie à la Réunion pour les Malgaches qui y vivent : l’ambiance festive ! Pique-niques, sorties, ou soirées malgaches sont organisées pratiquement tous les week-ends, soit dans le cadre familial, soit au sein des associations, soit entre amis. Les stars de la Grande Île, sont déjà toutes passées à la Réunion, sans oublier les « ambassadeurs » de la chanson malgache qui y résident comme Tiana, Sitraka Pazzapa, ou Balita et les jazzmen Sammy Rakotoarimalala, Lalah Rakotorahalahy et Hajazz qui sont constamment sollicités et très actifs. Dans le registre de l’ambiance tropicale, Wawa et Big MJ sont les maîtres incontestés des soirées « mafana » dans les night clubs de Saint-Denis.

Solidarité au départ de la Réunion. Les Malgaches de la Réunion se voient régulièrement, non seulement pour faire la fête et pour prier dans les églises protestantes et catholiques. Des actions de solidarité sont mises en place en cas de décès ou de nécessité d’aider une famille en détresse. La création de FEO Madagasikara (regroupant 25 associations) depuis un an, a contribué à dynamiser et à mieux organiser l’élan de solidarité au sein de la diaspora. On notera aussi que le tissu associatif réunionnais est particulièrement actif dans le domaine de l’humanitaire et des actions sociales en faveur de Madagascar. D’autant que les Réunionnais font régulièrement preuve de générosité pour accompagner et financer ces missions. D’où les visites et les rencontres annuelles du Père Pedro avec les fidèles donateurs de l’île, ou encore les missions médicales d’envergure, à l’instar de celles du Dr Koytcha, soutenues par les Collectivités et les militaires. Le tout au départ de la Réunion.
Anny Andrianaivonirina

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  1. Je remercie Madame Andrianaivonirina pour ce texte coloré de la diaspora Malagasy à La Réunion, j’en fais partie depuis presque 34 ans par la force des choses et les aléas de la vie comme on dit chez nous « Ny fitadiavana mahazaka maniraka » encore j’ai eu la chance de pouvoir payer mon billet pour venir à la Réunion à l’époque.
    C’est bien beau de raconter dans un journal local de notre pays nos fêtes de groupes et d’associations à la Réunion avec nos bienvenues aides sociales devant nos compatriotes qui sont pauvres à 85%, ah que nous sommes heureux à la réunion ( sic )!
    Je ne sais pas mais je pense plutôt que le forum d’octobre soi-disant consacré à la diaspora devrait-être plutôt destiné à recueillir nos opinions sur la réalité du pays non ? Et non de faire une exhibition indécente de notre vie sociale si bien épanouie à la Réunion devant le contexte de vie actuel de nos compatriotes !
    Posons plutôt à qui de droit la question quand est-ce que nous pouvons exprimer nos opinions sur la façon de gouverner le pays à travers le droit de vote de la diaspora Malagasy, sans prétention aucune et je tiens à vous le rappeler ou vous le faire savoir si vous ne le savez pas que j’ai été parmi les premiers à le demander à la Réunion dans les années 2000 avec mon Association, eh oui c’était déjà depuis belle lurette pendant le règne de Deba !
    Ou si vous voulez parlons plutôt des dahalo et de l’insécurité perpétuelle qui sévissent dans notre pays en ce moment, de la corruption généralisée au sein de toute l’administration publique !
    Constatation faite disons plutôt que nous ne sommes pas encore et pas du tout indépendant sur beaucoup de domaines mais bon on a changé le « Fahafahana » par fitiavana dans notre Constitution par je ne sais pas qui en 2010 alors je vous pose la question, êtes vous vraiment heureuse Madame à Larun comme vous l’écrivez ? heureuse sur le sort actuel de Madagascar je veux dire.

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