Le « Fitampoha » de Menabe, dans la tribu  « sakalava »



Jacaranda
La princesse « sakalava » Kamamy Georgette, disparue le 10 février 2018 à l’âge de 81 ans.

Dans chaque région de Madagascar existe un rituel de vénération des défunts, consistant à chouchouter les ancêtres. Pour la majorité des « Malagasy », les ancêtres qui résident dans l’au-delà sont les intermédiaires entre la divinité « Zanahary » et les vivants, donc les autochtones leur  accordent une place primordiale.

 Le « Fitampoha » ou bain de reliques royales, est une cérémonie traditionnelle pratiquée par la tribu   « sakalava » dans la Région du Menabe. Cette  cérémonie dynastique du souvenir des rois sakalava qui a lieu tous les 10 ans depuis 1904 et tous les cinq  ans depuis 1988. Le dernier rituel a eu lieu en 2016, le prochain rendez-vous se tiendra en 2021. C’est- à- dire dans l’Ouest de l’île et du Boeny dans le Nord-Ouest. Cette pratique consiste à nettoyer les ossements des défunts rois qui, jadis,  régnaient  sur le royaume des « Sakalava », ainsi que de les imbiber d’huile aromatisée et de miel, cela dans le dessein de chouchouter les ancêtres royaux et  de montrer un respect envers celui-ci et quémander leur  bénédiction. Autrefois, ce rituel sur le culte des morts se pratiquait annuellement, cela depuis le 17e  siècle et ce fut le Roi Andriandahifotsy qui en est à l’origine. Mais durant l’époque coloniale ce rituel a été presque banni et n’est devenu praticable qu’après une dizaine d’années. Ce rite étant accompagné d’une tenue traditionnelle évidemment.

Institution clé de la royauté « sakalava ». Le bain des reliques est véritablement l’institution clé de la royauté « sakalava ». À l’origine, rituel des prémices célébré par les autochtones, commué en culte guerrier célébrant le retour de la chasse ou d’expéditions menées contre les peuples voisins, cette institution s’est naturellement chargée d’un sens plus politique au moment où Andriandahifotsy a étendu le territoire royal vers l’ouest : intégration des étrangers, contrôle des alliances et affermissement du pouvoir royal. Avec le temps, le « Fitampoha » est devenu le cadre de la stabilisation des lignées à chaque succession royale. Malgré les luttes de légitimité dynastique, la généalogie des rois « sakalava » reconstituée par les historiens sur la base des traditions orales montre que la succession dynastique du Menabe a suivi les règles de préférence patrilinéaire et de primogéniture. En tout état de cause, le « fitampoha » du troisième millénaire n’est plus aujourd’hui que le lieu d’inscription des rapports externes en rapport avec l’autonomie régionale. C’est un espace symbolique révélateur de la fragmentation sociale des lignées en rupture avec les ancêtres. Tout se passe comme si les procédures administratives pouvaient servir directement la cause des solidarités horizontales instituées dans les « familles recomposées » « sakalava » et se substituer aux légitimités ancestrales.

La « Fitampoha » du Menabe.

Déroulement proprement dit . Actuellement, la tribu du Menabe organise ce rite tous les cinq ans  et mise à part le culte des morts, le « Fitampoha » est aussi une grande fête de célébration. Depuis sa naissance, cette coutume s’est toujours étalée sur sept jours.  Pour ce qui est des jours qui précèdent la première semaine, cela se traduit par le regroupement des invités venant de toute la région du Menabe, ainsi que les habitants de Belo- sur- Tsiribihina. Le commencement de la cérémonie se définit par une grande célébration en l’honneur de la tribu et de la célébration elle même, d’où la  viande de zébu et alcool qui s’entassent pour satisfaire l’appétit de toute la tribu, cela étant suivi  d’une musique  traditionnelle. Puis, le 5e  jour, c’est à ce moment que les reliques royales ou le «Dady » bien conservées dans le « Zomba » ou case royale sont amenées sur l’îlot d’Ampasy pour y être lavées sur la plage de  Belo- sur- Tsiribihina. Le 7e  jour, la fin, concerne le séchage, on enduit d’huile de « zébu » les ossements qui viennent d’être lavés. Lors du déplacement des reliques, sont autorisés à approcher les gendres du roi et la femme habitée par l’esprit, ceux qui sont chargés de porter les reliques et celles qui sont choisies pour le bain. Bien après le séchage, les ossements sont induits d’huile de zébu aromatisée, et sont ramenés dans la case royale, le « zomba », là oû  elle est conservée.

 

Cérémonie du « Fitampoha »  à Ampasy.

Histoire fixée. La tradition orale si riche du fitampoha de 1968, dont S. Chazan a recueilli de nombreux exemples auprès des fonctionnaires du culte eux-mêmes, disparue avec le décès des derniers porteurs, se transformait en une histoire officielle écrite et définitivement fixée.  La société de l’Ouest n’est plus, de longue date, exclusivement  « sakalava », elle est métissée de mille et une manières comme le traduit l’idéologie contenue dans l’identité Trimangaro qui relève de trois types de métissages : Grec ou Européen, Arabe/Comorien et Indien. Selon le métissage d’origine les réseaux de parenté ont construit des solidarités internes différentes. Dans tous les cas, l’ancestralité n’est plus ce qui compte dans ces rapports lignagers, dont les lignes de partage de la segmentation génératrice de fraternités sociales sont liées à un parent direct à deux générations ascendantes des lignées paternelles ou maternelles. Les solidarités partent généralement d’une fraternité instituée par la médiation d’une fraternité de femmes, sœurs, ou épouses.

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  1. une petite correction!!! tout les 4 ans mais non pas tout les 5 ans!!! le prochain « FITAMPOHA » aura lieu d’ici 2020! « Timangaro » mais non pas « Trimangaro »

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