Marche pour le Climat 2018 en Pologne : Les faits marquants et les aspects importants

Jacaranda

Samedi 8 décembre dernier à Katowice, 3 000 personnes unies par leur engagement en faveur de la cause climatique ont fait de la marche pour le climat un évènement mémorable, notamment en raison des arrestations massives et de la sécurisation, mais aussi de leurs convictions. Ce « onepager » se propose de donner un aperçu global des aspects marquants de cette marche.

(Photo Luz Razafimbelo) « Politiciens réveillez-vous ! »

Le but de la marche était de faire entendre la voix de ceux qui ne sont habituellement pas écoutés concernant l’action climatique : les minorités ; les populations indigènes ; les femmes ; les autochtones ; ceux qui souffrent aussi en silence des méfaits du réchauffement climatique dû à l’exploitation des énergies fossiles ; les citoyens lambda qui n’ont pas le pouvoir de prendre des décisions politiques. En arguant «  Politiciens, réveillez-vous ! », les manifestants ont interpellé les politiciens à plus d’action en faveur du climat, et à moins de discours. Car les changements climatiques touchent de très près à l’être humain et à l’avenir de cette planète qui court à sa perte et sa destruction, si les pratiques ne changent pas. Ce ne sont pas – seulement – qu’un sujet compliqué que les scientifiques s’époumonent à étudier, qu’un marché dont les businessmen cherchent à profiter, qu’un trafic d’influences et qu’un  conflit d’intérêt géopolitique. Les changements climatiques sont des faits humains ; ils nous concernent tous. Les demandes et revendications des manifestants étaient nombreuses, mais elles pouvaient être regroupées en ces trois points principaux : la justice climatique, la juste transition énergétique, l’arrêt de financement des énergies fossiles, l’égalité des genres face à la lutte contre les changements climatiques, la reconnaissance des droits des populations indigènes, le déblocage des financements promis par les pays développés en raison de leurs responsabilités face aux changements climatiques, etc. Vidya Dinker, présidente de l’Indian Social Action Forum, de rajouter lors de la marche pour le climat de samedi dernier : « Nous réclamons la Justice climatique et nous la voulons ici et maintenant. Il est temps d’agir, nous avons assez parlé. Réveillez-vous politiciens, le financement climatique n’est pas une charité ! Un autre monde est possible » (traduit librement de : « We want climate justice and we want it now. Climate finance is not a charity.One Another world is possible.”)

« Story telling »

Comme le Talanoa Dialogue, la marche a également permis de partager et de s’imprégner d’histoires inspirantes. Le « story telling » permet en effet de convaincre, d’inspirer, voire de mener à l’action.

Développement et agriculture éco-responsable

(Photo Luz Razafimbelo) Il est en train d’expliquer comment l’agriculture biologique peut atténuer les effets du changement climatique.

Cet homme est un agriculteur indigène de l’Honduras. Il plaide pour une agriculture biologique, juste et « intelligente ». En passant, il condamne également la spoliation des terres des peuples autochtones au profit de l’exploitation des énergies fossiles ou des industries agricoles, peu respectueuses de l’environnement. Il a ainsi expliqué que l’agriculture est responsable d’au moins 12% des émissions de gaz à effet de serre. Il faut ainsi réduire ces émissions, et l’agriculture biologique constitue l’un des meilleurs moyens d’y parvenir. Elle représente en plus une occasion de changer de perspectives en mettant l’emphase sur le côté positif ; transformer les défis à relever en termes d’agriculture en opportunités de protection de l’environnement et de sécurité alimentaire, notamment dans les pays menacés par le changement climatique et en voie de développement. Mais aussi pour les pays à fort potentiel agricole et dont la population est à majorité rurale, comme Madagascar et bon nombre de pays africains.

Conversion.

Ce soldat polonais s’est reconverti depuis six ans dans la protection des forêts et des populations menacées en Indonésie. Pourquoi ? Parce que lors de son service, il s’est aperçu à quel point l’exploitation des industries fossiles affectait à la fois le climat, l’environnement et surtout la santé des populations. En d’autres termes, les énergies fossiles, le réchauffement climatique global et la pollution de l’air détruisent des vies -sept millions au moins – chaque année selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). Arrêter l’exploitation des énergies fossiles ici et maintenant est toutefois impossible et réaliste, raison pour laquelle il réclame l’arrêt des financements des énergies fossiles et la transition énergétique juste qui équilibre les besoins de croissance économique, la justice sociale et le bien-être des populations. « Vous mes amis policiers, il y a six ans j’étais là à votre place et je vous invite maintenant à passer de l’autre côté, du côté du peuple, de l’environnement, de la préservation de ce monde qui est nôtre et de notre avenir commun. Protégeons le peuple, protégeons nos enfants, leur avenir, et les politiciens et leurs intérêts ou les opérateurs économiques et leurs profits, quand ceux-ci vont à l’encontre du bien commun et de l’intérêt public » a-t-il ajouté en s’adressant aux centaines de policiers qui ont assuré la haute surveillance  de la marche.

(Photo Luz Razafimbelo) Un monde plus juste, inclusif et harmonieux à l’abri des catastrophes climatiques est possible.

Recherche de l’harmonie dans la diversité. Une jeune femme d’origine afro-américaine a exhorté la foule à laisser de côté les tendances discriminatoires, voire xénophobes qui gagnent du terrain au niveau global ; et même au niveau local, il faut l’avouer. A degrés divers, nous sommes tous concernés par les changements climatiques, leurs effets nous affectent tous, alors si nous voulons réussir à renverser la vapeur pour sauver nos vies et la seule planète sur laquelle nous vivons – jusqu’à maintenant aucune étude scientifique officielle n’a prouvé que l’on peut vivre durablement sur la planète Mars, la Lune, ou autre – il faut apprendre à accepter et gérer nos différences, en faire une force et non des barrières stériles. Utopique ? Peut-être… mais non moins nécessaire et plus efficace pour avoir plus d’impact ; comme le montre le pavillon polonais «  Changing together » / « Changer ensemble ». Une petite anecdote pour revenir à cette nécessité de surmonter la peur/le rejet de l’autre et les tendances discriminatoires qui sont encore tenaces de nos jours et dans bon nombre de cultures… Alors que durant la marche, une autre militante a incité les militants à se tenir la main et à enlacer celui ou celle qui se trouvait juste à ses côtés. Les individus d’une même rangée comportant des Amérindiens, des Polonais, des Indiens et des Russes ne se sont pas prêtés au jeu. Un signe que les résistances perdurent et heureusement pas chez tout le monde. Sur cette voie, nous évoluons certes lentement, mais nous avançons et c’est tant mieux.

 

Surveillance policière et 161 arrestations.  

(Photo C.Wright) La marche pour le climat s’est déroulée sous extrême surveillance policière.

La marche pour le climat qui a rassemblé près de 3 000 personnes à Katowice samedi dernier s’est déroulée sous surveillance policière ; un peu trop au goût des activistes. A chaque passage, notamment devant le hub et les lieux où se déroule la COP 24, les manifestants étaient encerclés par des policiers blindés, et aussi des hélicoptères. 161 individus dont plus d’une douzaine d’activistes ont été arrêtés en amont et pendant la manifestation. Selon les explications de S. Romanko, d’une organisation de la société civile dénommée 350.org, les raisons étaient politiques, car douze activistes ont été empêchés de participer à la COP 24. Ils ont été soit arrêtés aux frontières, soit à l’aéroport. La Pologne a en effet renforcé sa stratégie de lutte contre le terrorisme en amont de la COP 24. Parmi ces personnes arrêtées et encore détenues peu après la marche, des reporters, des Ukrainiens, des Belges, des Géorgiens, des Allemands. Pour les associations de défense des Droits de l’Homme, cela constitue une violation de ces droits humains fondamentaux. Par ailleurs, un membre de la délégation brésilienne a été même tiré dessus par balle, ce qui a conduit le pays à retirer la candidature de son pays à la présidence de la COP 25 (ce qui implique que la présidence de la COP sera ainsi probablement attribuée soit  au Costa-Rica, soit au Chili comme annoncé lors de l’ouverture). S. Romanko exhorte ainsi la présidence de la COP24 à ne plus reproduire ces détentions arbitraires, d’être clair et précis quant à la guidance destinée aux étrangers participants à la COP ; et de dire non à cette tendance dangereuse de la discrimination d’autrui, de la xénophobie qui, malheureusement, gagne du terrain au niveau global. Avant de conclure en disant que : « L’être humain, les populations, les communautés font encore la différence ! ».

Dossier réalisé par Luz Razafimbelo

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