Extraction d’ilménite dans l’Anosy : 10 ans après, il y en a qui font toujours « mauvaise mine »

Jacaranda
Un des sites d’extraction de la société Rio Tinto QMM à Fort-Dauphin.

Environ trente ans d’implantation et malgré des avancées socio-économiques majeures, le projet minier initié par Rio Tinto QMM à Fort-Dauphin et ses communes environnantes, continue d’essuyer la résistance d’une frange de la population.

Le rejet de la population constitue un des problèmes majeurs rencontrés par les grands investissements dans le secteur extractif. Le cas du projet d’extraction d’ilménite dans la région Anosy n’en fait pas défaut. Au bout de 30 ans, le défi demeure l’acceptation, l’imprégnation et l’adhésion des communautés impactées directement ou indirectement par ses activités.

Un obstacle de surmonté, une partie de la population y démontre une totale adhésion. Ce, suite aux retombées positives qu’ils ont observé ou qu’ils vivent directement. Ceux-là condamnent les non adhérents, ceux qui se sentent lésés et qui manifestent leur protestation, en les qualifiant de « fauteurs de trouble« .

Suite à ces manifestations, une descente de presse a été organisée par l’organisation de la société civile Search For Common Ground (SFCG). Ce, afin de permettre aux médias de mener des investigations sur la situation et de faire connaître la réalité sur place. Pourquoi cette résistance malgré les années de cohabitation ? Quelles solutions préconise la société d’extraction pour y remédier ? Quelles sont les retombées réelles et palpables du projet minier pour Fort-Dauphin, les communes directement touchées ou encore pour la région Anosy ? Autant de questions qui suscitent l’intérêt de tous.

Le port multi usage d’Ehoala figure parmi les infrastructures construites grâce à l’implantation de la société Rio Tinto QMM à Fort-Dauphin.

Ne touche pas à mes terres !

Les récentes actions menées par les contestataires du projet d’extraction d’ilménite à Fort-Dauphin concernaient principalement les questions relatives aux terrains. La problématique foncière étant un sujet très sensible pour les Malgaches et particulièrement pour ceux du sud. Interrogée sur la question, Ndremany (nom d’emprunt), un cadre de Fort-Dauphin a avancé des réponses à deux niveaux. « Il y a eu une partie de la population dédommagée qui a été manipulée par des personnes malintentionnées. Ces dernières ont insufflé l’idée selon laquelle la population aurait pu gagner plus que ce que la société Rio Tinto QMM leur a donné en guise de compensation. Des sommes faramineuses ont été avancées par ces personnes là. Ce qui a été à l’origine de cette virulente réaction de la population. C’est pourquoi,ces contestataires ont exigé une réévaluation des montants des dédommagements ». Toujours selon notre interlocuteur « il convient toutefois de noter que cette frange de la population a toujours été menée par des politiciens dont le mode opératoire est assez connu de tous. Ils mènent les révoltes jusqu’à ce qu’ils se fassent payer pour se taire et pour calmer les manifestants. Une fois arrivé à ce stade, ils s’éclipsent jusqu’à ce que les sommes obtenues soient dilapidées. Et rebelote ! Ils reviennent à la charge et organisent encore et encore des grèves ». « Le pire, c’est que la population les suit à chaque fois » a déploré notre interlocuteur. L’immixtion politique a également été confirmée par Mahafaly Tovoniaina apiculteur de la commune rurale d’Ampasy Nahampoina, où se trouve le site d’extraction. « Il faut savoir que les personnes qui mènent les troubles pour contrer ce projet d’extraction ne sont pas des natifs de l’Anosy » a-t-il noté. Avant de souligner qu’ « elles viennent en fait d’autres régions environnantes et sont ici pour se faire de l’argent ». Aussi, « se sentant lésées par le projet, elles ont demandé de force à être intégrées dans les états parcellaires afin de bénéficier elles aussi des compensations suite aux expropriations ». Toujours selon ses explications, « pour mener à bien leur mouvement, les fauteurs de troubles se disent être appuyés par des hauts dignitaires de la région. Des gens qui peuvent faire la pluie et le beau temps ici et qui – on le sait – ont déjà mené des mouvements protestataires à l’encontre du projet ». Une pression tribale serait en train d’exister dans les zones impactées par le projet. Une pression entre les personnes qui viennent et qui sont attirées par la « manne minière » et celles qui ont toujours été présentes et se disent être les fils et filles de l’Anosy.

Une partie de la population de l’Anosy adhère au projet d’extraction minière.

Responsabilités

D’autres facteurs auraient également contribué à la persistance des résistances. Pour Ny Fanja Rakotomalala, président directeur général de Rio Tinto QMM Madagascar, « la situation actuelle a surtout été causée par un manque de cohésion – dans l’atteinte des objectifs – observé entre les parties prenantes ».Une « difficulté de collaboration entre les deux parties» et qui aurait été causée par « le non respect des lois en vigueur ». Ce dernier aurait quant à lui été provoqué par les crises socio-politiques survenues à Madagascar. Crises durant lesquelles « l’autorité de l’État a connu un certain relâchement », et où « la faiblesse de l’État n’a pas permis à ses représentants au niveau des communautés d’imposer un respect des principes légaux ». Ainsi, l’État central et la région Anosy auraient failli à leurs obligations. Ces dernières, étant inscrites dans le cahier des charges de la région Anosy, impliquent une participation active de la région dans le processus de développement. Notamment, par la mise en œuvre du plan régional de développement où les secteurs de la santé, de l’éducation et de la sécurité ont été mis en avant.

« Lorsque la région Anosy a accepté l’implantation de la société Rio Tinto QMM à Fort-Dauphin, elle a également accepté de contribuer à son développement via une bonne gouvernance des ristournes obtenues par les activités d’extraction » a interpelé Ny Fanja Rakotomalala. Avant de défendre sa société en faisant savoir que « le dernier rapport de l’ONE ou Office National de l’Environnement a démontré que la société a respecté ses parts de responsabilité envers l’État Malagasy». Se projetant dans les années à venir, Ny Fanja Rakotomalala a toutefois lancé quelques pistes de réflexions pour de meilleures collaborations entre les parties prenantes. « Chaque partie prenante doit respecter les cahiers des charges. Il faut impérativement imposer le respect des lois et règlements en vigueur si l’on veut avancer. L’État ainsi que la région Anosy doivent faire en sorte de développer des piliers de croissances pour un essor socio-économique de l’Anosy. La région Anosy ne doit pas s’appuyer sur le projet d’extraction d’ilménite pour parfaire son processus de développement. D’autres secteurs, domaines et facteurs doivent entrer en jeu et c’est le rôle de l’État » a-t-il avancé.

Pôle de croissance

Malgré les informations véhiculées par certains camps, tout n’est pas noir dans l’Anosy. Il suffit d’aller à Fort-Dauphin pour voir que Madagascar n’est pas victime de la malédiction des pays miniers. La commune urbaine de Fort-Dauphin et la commune rurale d’Ampasy Nahampoina vivent actuellement un rythme de développement assez conséquent. Classée avec Nosy Be, comme étant un Pôle de Croissance, la ville de Fort-Dauphin est promise à un avenir radieux. Les projets de mise en place de zones économiques spéciales – qui n’ont pas encore pu se faire, les projets de réhabilitation de la route nationale n°13 reliant Fort-Dauphin à Ihosy (que les Malagasy attendent jusqu’ici), les différents projets de développement ainsi que les potentialités socio-économiques confortent cette situation.

La région a en effet connu au fil de ces années un fort accroissement du niveau de vie. Des infrastructures de base ont été mises en place permettant à la population locale de jouir de leurs droits fondamentaux. L’épanouissement humain se fait particulièrement ressentir dans la ville, notamment chez les jeunes qui commencent à s’intéresser à l’entrepreneuriat via l’existence du Centre d’Affaires Régional Anosy ou CARA et qui ont l’opportunité de s’ouvrir au monde à travers l’apprentissage et l’usage des langues étrangères facilités par le fort développement du tourisme.

Il y va sans dire que l’un des secteurs déterminants de la vie économique de la région est le tourisme. La ville de Fort-Dauphin accueille chaque année des milliers de touristes, dont la majorité arrive par des bateaux de croisière qui y passent grâce à l’existence du port Ehoala. Ce qui permet non seulement une grande rentrée de devises, mais aussi un développement de divers autres domaines d’activités tels que l’artisanat, le transport, l’hôtellerie et la restauration, etc. Ces activités connexes ont pu prospérer. Locations de véhicules, de vélo, de moto ; hébergement et restauration ; vente de produits artisanaux et locaux, ou encore visites de l’aire protégée d’Ampasy Nahampoina, …les touristes étrangers font vivre beaucoup de ménages. Mieux, ils font survivre les différentes activités qui gravitent autour du tourisme. Ce qui contribue par ricochet au développement économique et commercial de la Région.

D’autres changements touchant les couches les plus vulnérables de la population sont également observés dans cette partie du pays. Les programmes de développement intégrés mis en œuvre ont permis d’appuyer des associations et des groupes d’individus dans l’exercice d’activités génératrices de revenus. Tel est l’exemple de l’association Mpamira qui promeut l’apiculture et la culture de baies roses à Ampasy Nahampoina.

Les avancées sont là, mais de nombreux défis restent à relever pour la région Anosy, principalement pour la ville de Fort-Dauphin. Sachant que les produits miniers sont des ressources épuisables et comme l’a souligné le PDG de la société d’extraction, « l’Etat ne devrait pas s’appuyer uniquement sur les mines pour développer la région et le pays ».

Dossier réalisé par José Belalahy

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