Secteur artisanat : Un potentiel de développement mésestimé

Jacaranda
Les produits artisanaux à base de fibre végétal comme le raphia et le sisal constituent plus de la moitié des exportations du pays.

Folklorique, traditionnel, quelques qualificatifs attribués par les Malgaches à leur artisanat. D’autres, plus avisés mais surtout les étrangers y voient toutefois des potentiels de développement économique. Un secteur mal exploité par les malgaches eux-mêmes à cause de nombreux facteurs. L’artisanat contribue toutefois à faire tourner l’économie aussi bien au niveau macro que micro économique. Si les statistiques font savoir que près des 90% des malgaches sont des agriculteurs, elles oublient souvent de mentionner l’autre facette desdits agriculteurs qui vivent également de l’artisanat. Surtout en période de soudure où les denrées alimentaires se font rares et durant lesquelles, il faut à tout prix trouver des activités de substitution. Outre ces faits, l’artisanat malgache souffre également d’une certaine mauvaise image. Qualité aléatoire des produits, non respect des délais de livraison, inexistence de norme de travail, ce ne sont que quelques exemples de la longue liste de fautes – graves – reprochés aux artisans malgaches.

« L’artisanat peut être une des forces motrices du développement de Madagascar. Il faut toutefois savoir bien l’exploiter. Une exploitation efficiente qui requiert la prise de responsabilité de tous les acteurs. Le tout dans une synergie des actions tendant dans l’atteinte des objectifs fixés ». Ce sont là les propos d’Audace Duneste Kajaly, directeur général de l’artisanat auprès du ministère de l’industrie, du commerce et de l’artisanat. Propos qui témoignent de la portée du secteur dans le développement du pays, mais surtout dans sa croissance économique. Les chiffres recueillis auprès du ministère de tutelle confirment cette place privilégiée dans le processus de développement de la Grande Île. Pour l’exercice de l’année 2018, le pays a exporté par exemple des produits dont les valeurs se soldent à 15.939.553,48 euros. Une nette progression des exportations par comparaison à la valeur enregistrée dans l’année d’exercice 2017. Soit, une exportation de 14.850.934,61 euros. Le directeur général de l’artisanat d’expliquer l’avancée obtenue par « les efforts fournis par toutes les parties prenantes. Allant des artisans malgaches qui ont tout fait pour améliorer la qualité de leurs produits au ministère de tutelle par la mise en place du dispositif d’exportation permettant d’avoir des données statistiques à jour et fiable des acteurs et de leurs produits, mais également des revenus obtenus par les exportations ». La situation pourrait toutefois être meilleure si l’on se base sur les explications du directeur général de l’artisanat. Propos confirmés par Soherina, artisane malgache qui note : « le savoir-faire des malgaches est reconnu dans le monde entier dans différents sous- secteurs tels que la vannerie, la broderie, la sculpture ou encore dans le taillage des pierres« .

La France et les Etats-Unis constituent les plus gros importateurs de produits artisanaux malgaches.

Blocage. Divers facteurs entravent cependant l’élan de développement apporté par l’artisanat malgache. L’instabilité institutionnelle se place en tête de liste. Sous estimé par les responsables politiques, l’artisanat n’avait pas vraiment la place qu’il mérite au niveau des départements ministériels. Se baladant d’un ministère à l’autre, le secteur n’a pas pu aller bien loin malgré les volontés accrues des techniciens d’en faire un levier de développement. Tantôt, le secteur était rattaché au ministère du tourisme, tantôt il disposait d’un département ministériel qui lui était propre. Il fut également un temps où le secteur était rattaché au ministère de la culture. Des faits qui témoignent en partie de l’ignorance des malgaches – surtout les responsables étatiques – des potentiels que représente l’artisanat. Si les matières premières et la main d’œuvre existent en grand nombre, le professionnalisme quant à lui laisse à désirer. Faute de normalisation aussi bien des procédures que de matériels de production, de nombreux artisans ne sont pas professionnels. Ce que confirme Audace Duneste Kajaly : « nous comptons plus de deux millions d’artisans répartis dans tout le territoire malgache. La plupart est loin de la modernité, voire de la civilisation. Ce qui constitue un frein au développement de leur savoir-faire, mais surtout des retombées positives que cela pourraient apporter à leur communauté et au pays« . D’où le fait que l’artisanat malgache n’a pas pu « dépasser le simple stade de processus traditionnel si bien que la Grande Île est qualifiée du pays d’échantillon ».

Avec des renforcements de capacités, les talents bruts des malgaches pourraient les aider à aller loin.

Majeurs. D’autre part, malgré le savoir-faire et le talent de nos artisans, le problème lié à l’acquisition des matières premières de qualité est un réel blocage de taille dans ce secteur. Dans le contexte actuel, l’exploitation abusive en vue d’exportation des matières premières usuelles est une réalité menaçante et destructive, non seulement pour l’environnement, mais surtout pour nos artisans. La professionnalisation du secteur se pose donc comme un « must » et un défi à relever par tous les acteurs. Audace Duneste Kajaly d’expliquer : « le processus de professionnalisation devrait d’abord passer par le recensement des artisans qui est actuellement en cours. Leur formalisation, la mise en place des normes et standards ainsi que des infrastructures adaptées aux besoins du secteur. Des efforts qui devraient aboutir à l’élaboration d’un système de protection sociale des acteurs ». Autre défi qui attend les acteurs, la création d’une plateforme permettant de faciliter et d’accompagner les artisans dans l’approvisionnement en matière de qualité. Une initiative qui irait de paire avec la facilitation d’accès à des équipements répondant aux exigences technologiques actuels. Enfin, la promotion du secteur devrait permettre d’accentuer la compétitivité des produits malgaches. Ce, par la mise à jour du cadre juridique régissant le secteur, la mise en place de label national certifiant l’authenticité et l’excellente qualité des produits artisanaux du pays. Toutes ces initiatives devraient toutefois prendre en compte la prédominance du secteur informel, la difficulté d’accès au financement ou encore la pression des produits importés sur le marché national. Sans compter le désintérêt des jeunes par rapport au secteur, alors que celui-ci représente une alternative fiable pour faire face à la crise de l’emploi et à la hausse continuelle du taux de chômage.

Malgré tout ce qui a été dit, le secteur a encore beaucoup de potentiel. Le pays dispose de beaucoup de richesse en termes de diversité des ressources naturelles. Une richesse qui n’attend qu’à être exploitée….de la meilleure façon possible.

Dossier réalisé par José Belalahy

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2 Comments - Write a Comment

  1. bonjour.je suis étranger – mais j’ai le coup de foudre pour Madagascar – et donc je risque de dire pleins de bêtises : d’abord j’observe que les Malgaches affectionnent les discours et les mots creux, véhicules de voeux pieux et d’impuissance annoncée. Ensuite, cette propension à regarder ailleurs, à attendre de l’étranger, de l’Europe et de la France en particulier : il ne peut y avoir de partenariat gagnant-gagnant , surtout avec ceux-là mêmes qui ont construit leur richesse sur la spoliation du Sud. D’ailleurs, s’il y avait quelque avantage à cette pratique, cela se saurait et l’Afrique ( dont Madagascar) ne serait pas dans cette misère. Le salut ( pas le développement = concept miroir aux alouettes pour peuples demeurés) du pays passe par la mise en avant de l’Agriculture, la pêche, l’artisanat.

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