Diégo-Suarez (1958-1960) : entre espoir et déception

Jacaranda
La ville de Diégo Suarez avant la Seconde Guerre mondiale.

Les pro-coloniaux et les nationalistes existent depuis l’installation française à Diégo-Suarez. Durant de longues années, la ville est confrontée à une ambiance politique acharnée et mouvementée. En outre, base navale française, ville industrielle, Antsiranana accueille des travailleurs de diverses régions. Ceux- ci adhèrent aux mouvements nationalistes. Quant aux nobles et ampanjaka, ils prouvent leur attachement à la France. La

Un 14 juillet à la place Kabary.

ville de Diégo-Suarez est animée par les deux tendances politiques.

Le général Charles de Gaulle sur le porte-avion « Arromanche » lors de sa visite à Diégo-Suarez le 05 juillet 1959. (photo : Anta)

Les nationalistes : porteurs d’espérance. Influencés par les idéologies de Jean Ralaimongo depuis 1936, les nationalistes d’Antsiranana portent le flambeau après la mort de leur aîné. Grace à leur charisme et leur caractère volontaire, ils arrivent à convaincre la population locale à joindre l’idée nationaliste. La faiblesse de la France à la fin de la Seconde Guerre mondiale nourrit l’espoir des nationalistes malgaches en général et celui de la population de

Les ouvriers yéménites de Diégo-Suarez dans les années 1920. (crédit photo : Cassam Ali)

Diégo-Suarez en particulier. Cela provoque le renforcement de la propagande du MDRM. Néanmoins l’ambiance de liberté s’achève suite à l’insurrection de mars 1947. A la fin des années 1940, pendant que les leaders nationalistes sont enfermés derrière les barbelés de Nosy-Lava, une nouvelle génération prend le relais. Au début, la revendication était  sociale, puis elle prend une forme politique. Imprégnés d’ idées nationalistes, les syndicalistes organisent des grèves contre le pouvoir colonial dans la ville d’Antsiranana. Tout au long des années 1950 la ville de Diégo Suarez est à la une des journaux. Surnommée la ville rouge, Antsiranana est considérée comme la première ville communisante entre les années 1940 et 1960.

Justin Bezara (1900-1968), le nationaliste d’Antsiranana.

1960, un virage inattendu. Les nationalistes connaissent un déclin après l’indépendance. Ils deviennent impopulaires. Comme Justin Bezara, désavoué par son parti AKFM, il va se rallier au gouvernement de Philibert Tsiranana. En 1964, il participe aux élections législatives. Il récolte un score faible de 4%. Dès lors, le nationalisme ferme ses parenthèses dans la région du Nord de Madagascar. Justin Bezara n’a laissé que son nom comme héritage, mais son action est méconnue de la génération actuelle à Diégo-Suarez. Pendant la deuxième république, on a inauguré une Rue qui porte son nom ; rue Justin Bezara. La vieillesse de la génération née de la première moitié du XXème siècle est également une autre raison de l’affaiblissement du nationalisme à Diégo-Suarez. Les piliers de l’anticolonialisme n’ont plus de force. Autrefois qualifiée de ville rouge, Antsiranana change de visage. La population se sent trahie par ses politiciens. Le doute s’installe ! Actuellement, les actions des nationalistes ne sont pas appréciées à leur juste valeur  dans la ville d’Antsiranana.

Iss Heridiny

Telma Fibre Vibe

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5 Comments - Write a Comment

  1. Merci pour ces publications, on n’apprendra jamais assez sur l’histoire de Madagascar. Surtout ne pas rater le beau film documentaire Madagascar 1947 Fahavalo, de Marie Clémence Andriamonta Paes si vous avez l’occasion de le voir ! La réalisatrice est allée à la rencontre des derniers témoins de cette guerre, elle a su recueillir leur parole dans une œuvre sensible et intelligente.

  2. Je vous félicite. J’apprends et j’aime apprendre l’histoire de Madagascar surtout depuis 1885 Je me suis mis à étudier le mouvement politique du Peuple Malgache et sa position au moment de la première guerre mondiale ( il faut toujours remonter dans l’histoire pour comprendre …) Très intéressant de connaître la participation des soldats Malgaches et surtout “comment ils ont été traités” Je m’attarde aujourd’hui sur la seconde guerre mondiale , sur la tragédie malgache de Mars 1947 et les mouvement MDRM / AKFM/
    J’ai pu rassembler des documents inédits . Je pense que lors de mon prochain voyage à Mada je remettrais une copie de ces documents à des autorités compétentes.
    Un mot sur les élections municipales à Antsiranana après la proclamation de l’Indépendance. Le maire qui a été élu se nomme SAUTRON , il est d’origine Réunionnaise. Le Président TSIRANANA n’a pas accepté cette élection et par décret a annulé cette élection. Monsieur SAUTRON était soutenu par les membres de l’ MDRM et par le syndicat C.G.T.M.
    Bonne initiative je vous invite à continuer ..par exemple les habitants et habitants de VATOMANDRY- côte Est région de Tamatave- qui sont elles, qui sont ils et qu’on t-il fait lors de cette tragédie de mars 1947. Donnons au Peuple sa place. . Leur dévouement est inconnu surtout celui des femmes et pourtant…..;j’ai passé plus d’une semaine dans cette ville et j’ai appris ..;appris.
    Je voyage seul . Je vais là où les officiels ne vont jamais . ET ma grande joie : je parle le Malgache. Quel bonheur de pouvoir se parler..

  3. Et pourquoi pas faire deux pays,les côtiers “un président côtier”et les hauts plateaux”un président Merina”,ns les côtiers, sommes pas respectés par les Hovas,il est temps que cela change, depuis plusieurs années, c’est tjrs les mêmes qui gouvernent,Bon entendeur salut

  4. Donc, profitons en comme on a fait en côte d’Ivoire: séparé le Nord des autres parties du pays et guerre civile ensuite… vendons nos armes pour des gens irréfléchis qui ne voient que leurs bouts du nez.. Après, regrettons de toutes les guerres dont nous avons incitées en tuant des innocents sans défenses… Quel absurdité et quelle folie???

  5. Que de souvenirs si forts quand on se promène à ds antsiranana.le pin de sucre ramena le port la route de l aéroport mon coeur est avec tous les malgaches.l occasion aussi de leur dire que j les aiment.veloum

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