La structure sociale de la région Sofia de l’ère des Sojabe à la période coloniale

Jacaranda
Une photo d’un chef Tsimihety.

Chaque pays ou chaque région a sa propre organisation sociale. Cela répond aux besoins de la société et du contexte de chaque territoire. Enclavée et enfermée en elle-même pendant la  période précoloniale, la région Sofia actuelle avait  une structure sociale particulière.  Pacifiques et travailleurs, ses habitants, les Tsimihety, ont   vécu pendant près  d’un siècle et demi dans une organisation que l’historien Arson Soalahy  Razafimandimby qualifie « harmonieuse ». Mais,  à  l’aube du XXe siècle, la colonisation  change complètement le visage de la société.  

Les Tsimihety partagent  leur frontière  à l’ouest avec les Sakalava, à l’est le Betsimisaraka. Contrairement à ses deux voisins,  ces groupes de personnes  ne disposent pas d’un système de royauté. Ils ont  leur  propre structure sociale qui met en valeur les anciens ou les doyens appelé Sojabe. D’après  le traditionaliste  Patrice Beatrefina,   « Le sojabe et le mpanazary sont une forme d’une institution sociale qui représente la famille ».  Le conseil de sojabe (ancien) est une assemblée de chefs de lignages installés dans le village. Il est également une forme d’un cercle de prise de décision pour les leaders de chaque famille. Ce conseil est limité par quelques chefs de famille et ne contient que les hommes. Il détient un rôle très important dans la société  surtout dans les milieux les plus reculés.  Le conseil nomme le Sojabe. En tant qu’aîné de la famille, le  pouvoir lui est confié pour veiller sur l’intérêt de  la communauté.

La ville d’Antsohihy, actuellement la « capitale Tsimihety »

Sojabe,  le dictateur doux. Le doyen  possède une connaissance importante grâce à leur âge et à leur expérience de vie. Sur ce point, il est  en quelque sorte un « petit vizir » de la société. Il coopère pour défendre l’intérêt du village et de la communauté.  «Raiamandreny an-tanàna»  ou le père du village, il organise ce qu’on appelle  « fivoriampokonolona », une sorte d’assemblée populaire  pour décider  le sort du village. Cette assemblée  est ouverte aux femmes, « mais celles-ci ne constituent que des figurantes ». (JAOTIANA (R), « Le groupe Antivoholava de l’Androna, des origines au XVIIIe siècle). Toutes les décisions concernant   la vie de la communauté comme la sécurité, la coopération avec les autres groupes, le développement économique de la société, doivent être concertées avec les villageois. Le Sojabe ne fait  qu’accepter cette décision de la majorité. Cela  explique qu’il  n’a pas de pouvoir coercitif sur la population. Cette forme de prise de décision s’appelle « Jery ». Toutefois, le Tompotany ou le gardien de la tradition  doit toujours être présent. Celui-ci dicte les « fady » ou les interdits. Il est considéré comme le représentant des ancêtres sur terre.

Le fleuve Sofia arrose presque toute la région.

L’accès au poste de sojabe demande certaines conditions et il ne relève pas d’un ordre dynastique ou social. La nomination se fait seulement après consensus admis entre les membres du groupe social. Elle  est basée sur deux critères : l’âge et le sexe. Tout d’abord, le sojabe doit être un homme parce que, comme dans toutes les sociétés à Madagascar, la masculinité marque la virilité, la  force et la puissance. De plus, outre le critère de sexe, le lignage compte dans la famille. Bref les Tsimihety sont une société patriarcale. L’ancienneté et l’âge sont   des conditions irréfutables pour devenir un sojabe. Un adage malgache le  confirme « ela nihetezana, lava volo ».  La sagesse est aussi un critère important pour  le sojabe. Il  doit également  être un modèle pour les villageois.

A l’avènement de la colonisation, le Sojabe voit son pouvoir diminuer.  Il est devenu impuissant face à l’administration coloniale.

Les femmes Tsimihety habillées en salovana-kisaly.

« Faible » avec « les puissants ». La colonisation est définitivement implantée dans la Grande Ile, après avoir mis toutes formes de dispositions, règle économique, politique, sociale et culturelle. En conséquence, ces mesures provoquent un grand changement dans la vie sociale malgache et en particulier la société Tsimihety. « Les vazaha, a affirmé  l’historien Arson Soalahy  Razafimandimby, ont  chamboulé  l’organisation sociale Tsimihety voire même le désordre social  ». Dans la société Tsimihety, les sojabe disposent un pouvoir important. La prise des décisions restent à leurs mains et aux hommes.  Les colonisateurs s’appuient avec l’organisation traditionnelle pour maîtriser la population enclavée comme Befandriana-Nord, Mandritsara et les alentours. La colonisation est définitivement implantée dans ces contrées.  Pour déraciner ces peuples, les Français ont implanté leur politique d’assimilation. En conséquence, ces mesures provoquent un grand changement dans la vie sociale malgache et en particulier la société Tsimihety. Les Sojabe sont devenus des instruments pour les  colonisateurs.  Ceux-ci  les  servent pour avoir leur notoriété dans le village reculé, afin qu’ils puissent les exploiter économiquement.   Lors des élections 1945-1946, les Sojabe et les notables Tsimihety se sont rangés à coté de l’administration coloniale.

De la colonisation jusqu’à la veille de la quatrième république, les gardiens  de la tradition, les sojabe sont devenus un «outil politique » pour contrôler les peuples des régions enclavées.

Iss Heridiny

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