Voyage : L’Amoronkay des mythes, et des Vazimba

Jacaranda

La région historique d’Amoronkay, communément dénommée le Fanongoavana, recèle encore de ces légendes et de ces mythes séculaires. Présence morale et identitaire. Dernière demeure de Rapeto, terre d’appel de Ranavalona III… l’histoire d’Analamanga y a installé ses coulisses.

Coincée entre les forêts de l’Est, la grande plaine jalonnant jusqu’à l’Ankaratra, Amoronkay est une région idéale pour s’inspirer de mythes et de légendes. Le grand John Ronald Reuel Tolkien, auteur des romans « Lords of the Ring » et « The Hobbit », y aurait probablement fait une halte. Il aurait sans doute été émerveillé par sa forêt verte et dense, ses ramifications territoriales, De là jusqu’à Moramanga,le trajet se ferait en une journée à pied tandis que Tsiazompaniry en seulement six heures, ses sommets exposés aux vents purs, ses personnages mystiques et conquérants …

Une visite dans l’Amoronkay, c’est comme être bercé par l’esprit de la « terre du milieu ». Les hommes y sont rustiques mais espiègles, les femmes quelque peu corsées et fougueuses. Un lieu où l’histoire se reflète dans cette citation, « ceux qui disent ne savent pas, ceux qui savent se taisent ». C’est dire des secrets qui seraient encore bien gardés par les dignitaires et les descendants « Tamoronkay ». « Même nos parents ne veulent pas encore livrer les véracités de notre région », avoue Frédéric Randrianjafy, un jeune actif du village de Merimanjaka.

Une tonalité ancrée dans le lointain, l’Asie du  Sud-est, source des premiers arrivants à Madagascar. « Fanongoavana représente, sur les Hautes Terres , le « point de chute » des immigrants qui vont former la dynastie des souverains de l’Imerina, qu’il s’agisse de « Zaffiramini » arabisés comme le pense Jully, de « Malais » selon Rainitovo, de « Hova » ou d' »Andriana » comme le suggère Savaron ou de « Néo-Indonésiens » d’après les écrits de Ramilison cartographiés par Mille. Partant de la côte Est, lieu du débarquement, leurs itinéraires de pénétration vers l’intérieur de l’ Ile, après la traversée de la zone forestière, aboutissent tous à Fanongoavana. Ce « carrefour » seul point commun des versions divergentes des migrations évoquées auparavant, attire sans aucun doute la curiosité historique », écrivait David Rasamuel dans sa thèse intitulée « L’ancien Fanongoavana » présentée à l’université de Paris I.

Fanongoavana du temps des Vazimba, c’est l’autre appellation d’Amoronkay. Si cette première dénomination semble rappeler un aspect plutôt civilisationnel. « Ce mot veut dire deux choses qui s’opposent, supposant ainsi un choc », affirme Michaël Randriamaniraka, anthropologue et originaire de la région. Tandis qu’Amoronkay dénote plutôt un aspect géographique. « Ses limites se trouvent en équilibre sur le « hay », désignant une terre désertique, sans végétation », explique Frédéric Randrianjafy, le père, descendant d’un régent fondateur d’une dynastie royale.

Aujourd’hui, la région se trouve enclavée, certes accessible, mais manque de regard pour en faire une potentielle destination touristique pour Analamanga. Avec ses hauteurs, le plus haut point culminant atteint les 1 600 km, des points de vue imprenables à dégager comme à Antsampy. « D’ici, on peut voir la mer quand le ciel le permet », évoque fièrement le jeune actif de Merimanjaka.

Maminirina Rado

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2 Comments - Write a Comment

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    Resident à l’étranger et originaire d’Amoronkay, je découvre avec délectation mes origines et leurs histoires. Continuez à nous faire encore apprendre bien des choses.

  2. Je suis particulièrement intéressé par le rappel des faits historiques liés à des zones et lieux de l’Imerina comme Moronkay. Il serait bien si on arrive à éditer des livres qui racontent les différentes sous régions de l’Imerina comme Vakin’i Sisaony, Marovantana, Namehana, zafimbazaha, etc pour mettre en valeur nos richesses culturelles , un des socles du développement régional, et aussi national. Bon courage aux chercheurs et je vous prie d’éditer des livres à la porté de tout le monde après vos recherche car à Madagascar, il y a toujours un gap énorme entre résultats de recherche et connaissances partageables au public.

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