Retour des financements : Un milliard de dollars immédiatement disponible, selon Haleh Bridi de la Banque Mondiale



Jacaranda
Haleh Bridi Country Director de la Banque Mondiale à Madagascar. (Photo : Njaka Rajaonisaona)
Haleh Bridi Country Director de la Banque Mondiale à Madagascar. (Photo : Njaka Rajaonisaona)

Haleh Bridi Country Director de la Banque Mondiale pour Madagascar estime que Madagascar a une formidable capacité de se relever rapidement d’une crise.

Quelle sera l’influence de l’investiture du nouveau président pour la communauté internationale ?

L’investiture d’un président élu est un signe fort dans le processus de sortie de crise. Le réengagement de la Communauté internationale pour accompagner la dynamique est en marche, mais certaines étapes essentielles restent encore à franchir, comme par exemple la nomination du Premier ministre et la formation du gouvernement, ou encore la prise de décisions fortes pour affirmer le respect des principes de bonne gouvernance.

La Banque mondiale va-t-elle lever ses sanctions après la nomination du gouvernement ?

Depuis le 17 mars 2009 jusqu’à ce jour, nous avons appliqué notre politique opérationnelle OP7.30, destinée à gérer les relations avec un Gouvernement de facto. Ce n’était pas à proprement parler une sanction, mais plutôt une mesure de prudence par rapport à un environnement politique incertain dans le pays. Pour preuve, notre portefeuille de projets existants est resté pleinement opérationnel, et on a même pu obtenir le financement additionnel pour deux projets existants, et lancer deux nouveaux projets d’urgence. La mise en place d’un nouveau gouvernement sera un critère important pour nous permettre de demander la levée de l’OP7.30. Cela nous permettra de normaliser nos relations avec Madagascar, avec la perspective de nouvelles opérations, y compris dans le domaine de l’aide budgétaire.

Selon certaines rumeurs, la Communauté internationale refusera la reconnaissance internationale au nouveau pouvoir si Andry Rajoelina devient Premier ministre. Quelle est la position de la Banque mondiale ?

La Banque mondiale est une institution technique, et son mandat ne lui permet pas de prendre des positions politiques. Les impacts de cinq années de crise ont suffisamment conscientisé les Malgaches sur la nécessité de trouver une sortie de crise réelle, et il leur appartient de prendre les décisions qu’ils estiment adéquates dans ce sens, en réduisant de façon durable les risques de nouvelle crise.

Quel serait le timing de la reprise des financements ?

Dans un contexte de crise financière internationale, la disponibilité de l’aide publique au développement est limitée. Les critères essentiels seront la performance du pays dans le domaine de la gouvernance et de la gestion économique, et la démonstration de sa capacité à utiliser l’aide à bon escient. Le plus important à moyen terme, ce sera que le pays définisse ses priorités et sa stratégie, à travers un document de type DSRP, et qui puisse servir de cadre de discussion avec ses partenaires techniques et financiers. Sur cette base, ceux-ci pourront voir comment apporter leur contribution par rapport à la vision nationale. Mais en attendant, les divers partenaires ont près d’un milliard de dollars immédiatement disponibles dans les divers portefeuilles en cours. Le nouveau gouvernement devrait saisir cette opportunité en accélérant l’exécution des projets existants.

Cela va prendre combien de temps à Madagascar pour retrouver sa croissance d’avant-crise ?

L’histoire montre que Madagascar a une formidable capacité de se relever très rapidement après une crise politique. Je pense donc que la volonté des investisseurs nationaux et internationaux de travailler dans le pays, appuyée par la volonté des partenaires techniques et financiers, feront que la reprise de la croissance ne sera pas un problème. La principale question est plutôt de savoir comment rendre cette croissance durable dans le temps,  et surtout comment la partager pour qu’elle ne bénéficie pas seulement à certains groupes privilégiés.

Certaines rumeurs affirment que le bureau de la Banque mondiale à Madagascar va quitter le pays pour s’installer dans un autre pays. Qu’en est-il exactement ?

Ce sont des rumeurs qui n’ont aucun fondement. La Banque mondiale n’a aucune intention de fermer son bureau à Antananarivo. Toutefois, suite à une restructuration des différents départements qui composent la région Afrique au sein de la Banque mondiale, Madagascar sera désormais rattaché à un groupe de plusieurs pays dont le Directeur sera basé à Maputo à partir du 1er avril 2014. Cela n’a aucune influence sur la continuité de nos opérations à Madagascar. D’ailleurs, dans le passé, le bureau de Madagascar avait déjà été rattaché à un département dirigé au niveau de Pretoria.

Recueillis par R.Edmond

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