Agriculture: Les paysans du Vakinankaratra pénalisés par le mauvais état des pistes rurales



Jacaranda
Un camion transportant du bois carré s’enlise dans la boue.
Un camion transportant du bois carré s’enlise dans la boue.

Depuis 2009, il n’y a pratiquement pas eu de travaux d’entretien des pistes et  routes d’intérêt provincial dans la région Vakinankaratra

On ne gagne pratiquement rien, mais on ne peut pas également abandonner notre métier de producteur de pommes, car c’est ce que nous faisons depuis des décennies » déclare Rakotoarisoa  J, quinquagénaire, producteur de pommes dans la petite bourgade d’Antanikatsaka, une  commune rurale,  qui, avec celles de Soanindrariny, de Sahanivotry et d’Ambatomena sont les championnes du  District d’Antsirabe 2, dans la région  Vakinankaratra  en matière de  production de pommes . Et il  est bien placé pour parler de la situation de la filière « pomme » dans cette région car il a fait ce métier depuis des décennies.  Il a encore à sa tête les temps glorieux de la première République et même d’une partie de la deuxième et de la troisième où il était très facile d’acheminer la production aussi bien vers Antsirabe que vers Antananarivo, car en ces temps-là, les pistes et autres routes étaient régulièrement entretenues. A un certain moment, l’ancien Président Ravalomanana avait même un projet ambitieux de réhabilitation totale de l’axe Soanindrariny Antsirabe I pour faciliter la collecte des fruits en vue de leur exportation via un « hub » que le patron de l’Empire Tiko projetait de monter à Ambohimandroso.

Etat lamentable. Un projet que l’ancien Président de la République a  probablement emporté à son exil  en  Afrique du Sud. Mais en attendant  son éventuel retour, les paysans souffrent énormément de l’état lamentable des principales  routes rurales d’acheminement des produits. Entre Sahanivotry et Soanindrariny, en passant par Antanikatsaka, une portion de 12 kilomètres, par exemple, les camions mettent actuellement plus de six heures pour passer. A chaque période de pluies,  les voitures légères et les 4×4 ne passent plus, même les Renault Super Goélette qui font office de taxi-brousse et dont les conducteurs connaissent parfaitement les routes ne font plus ce trajet qui est pourtant très utile dans la mesure où l’essentielle de la production de pommes s’y trouve.  Quant aux camions, ils n’arrivent pas à passer sans l’aide d’une main d’œuvre locale qui, à chaque passage s’efforce à combler les trous en utilisant les moyens du bord, en l’occurrence des bêches  et de  paniers et des graviers. Et ils se font payer au prix fort  en demandant 25 000 ariary à chaque intervention. Et comme il en faut au moins 4 pour arriver au bout des 12 kilomètres,  ces interventions font évidemment monter les prix des transports.

Vente à perte.  Des coûts exorbitants qui sont supportés au final par les producteurs. En effet,  ces derniers sont obligés de payer 2 000 ariary par caisse de pommes, rien que pour le transport. Ce qui les oblige parfois à vendre à perte car une fois arrivée à Anosibe, la caisse est vendue entre 2 500 Ar et 5 000 ariary selon la qualité : ordinaire, favori ou primeur. « L’autre problème pour nous est que  le marché d’Anosibe est déjà monopolisé par quelques intermédiaires qui fixent eux-mêmes les prix des caisses ou des colis en fonction de leurs intérêts personnels » ajoute un autre paysan. En tout cas, faute d’encadrement et de formation sur les techniques de vente, ces paysans sont tout simplement obligés de subir le diktat des repreneurs  ou « mpijirika » d’Anosibe. Quoi qu’il en soit, ce mauvais état des routes rurales pénalisent fortement les paysans de cette région, pourtant très riches en potentiels agricoles.

Appel de détresse. Rien que pour les pommes, par exemple, une trentaine de camions transportant  chacun en moyenne 700 caisses y passent. Ce qui fait au moins 2100 caisses acheminées chaque jour, pendant une campagne qui dure entre 3 et 4 mois.  Il y a également la production laitière qui fait l’économie de cette localité qui alimentait d’ailleurs les anciennes unités de Tiko et à un certain moment le trajet Antsirabe Soanindrariny était dénommé la Route du lait. Actuellement, non seulement la production laitière ne trouve plus preneurs, mais elle ne peut pas être acheminée convenablement faute de route. Du coup, les paysans de ces communes  n’ont qu’un seul souhait : la réhabilitation urgence des routes car à défaut, la pauvreté s’accroîtra encore davantage. Avec le retour à l’ordre constitutionnel et un Président de la République qui a visiblement la volonté de relancer rapidement  l’économie du pays, cet appel de détresse des paysans du Vakinankaratra sera probablement entendu, et des actions d’urgence seront engagées pour une réhabilitation des pistes rurales du Vakinankaratra, une région très riche en potentialités agricoles et dont le rôle dans l’économie nationale n’est pas négligeable.

R.Edmond.

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