Produits pétroliers : Jeu et enjeux du retour à la vérité des prix, l’avis d’un expert

Face aux mauvaises interprétations et aux spéculations, le spécialiste Mamy Freddy Andriamalala apporte des éclaircissements au cas des produits pétroliers.
Face aux mauvaises interprétations et aux spéculations, le spécialiste Mamy Freddy Andriamalala apporte des éclaircissements au cas des produits pétroliers.

Une analyse économique et politique sur la suppression des subventions sur les prix à la pompe de carburant et sur l’abandon de taux de change préférentiel à l’importation du pétrole à Madagascar : C’est ce que nous livre Mamy Freddy Andriamalala, docteur (PhD) en Sciences politiques (politiques publiques) et Diplômé de Recherche en Economie du développement et non moins professeur des Finances publiques et des politiques publiques au département Economie de l’Université d’Antananarivo.

Midi Madagasikara. Qu’a fait l’Etat pour maintenir le niveau de prix à la pompe des produits pétroliers ?

Freddy A. Les prix à la pompe sont des prix artificiels administrés. Des mesures énumérées ont été prises par le pouvoir transitoire pour subventionner les compagnies pétrolières, et certains transporteurs urbains, en vue d’éviter une hausse. Ces mesures concernent la suppression temporaire des droits et taxes à l’importation sur les produits pétroliers ; l’octroi de taux de change préférentiel aux compagnies pétrolières pour l’importation des produits pétroliers ; les subventions directes accordées aux compagnies pétrolières et à la JIRAMA pour maintenir le niveau de prix de carburant à la pompe et le prix de l’électricité aux ménages.

Midi. Quels étaient les objectifs visés pour une telle intervention ?

Freddy A. L’objectif global de ces mesures était en premier lieu d’ordre politique. Ces différentes formes d’intervention de l’Etat sur le marché des produits pétroliers pour administrer les prix, ont permis d’éviter une inflation galopante, source d’explosion sociale et d’instabilité politique.

Midi. Et quelles sont donc les retombées de ces mesures prises par l’Etat?

Freddy A. Au niveau macroéconomie, en plus de la suspension de l’aide budgétaire accordée par les bailleurs de fonds traditionnels (FMI, Banque mondiale, et autres) qui pouvait s’élever à plus de 50 milliards d’Ariary par an, les différentes mesures prises par l’Etat sont sources de déficit des finances publiques : Tout d’abord, la suppression des Droits et Taxes à l’Importation sur les produits pétroliers est source de déficit énorme de recette douanière ; ensuite, l’octroi de taux de change préférentiel aux compagnies pétrolières pour l’importation des produits pétroliers ( à titre d’exemple : plus de 70 milliards d’Ariary en 2012 ) et les subventions directes accordées aux compagnies pétrolières et à la société d’Etat Jirama (plus de 50 milliards d’Ariary par an) pour maintenir le niveau de prix constituent des dépenses supplémentaires de l’Etat . Néanmoins, les interventions ont permis la maitrise de l’inflation et le maintien du taux d’inflation à moins de deux chiffres.

Au niveau microéconomie, les entreprises de transport restent temporairement viables et les dépenses de transport et d’énergie des ménages restent stables mais fragiles.

Midi. Quelles sont les éventuelles conséquences de la suppression des subventions sur les prix des produits pétroliers?

Freddy A. La suppression des subventions sur les prix est la fin de l’intervention de l’Etat transitoire sur le marché des produits pétroliers. C’est l’expression de « vérité de prix » prônée par les institutions de Breton-Woods. Ces bailleurs de fonds confirment que la subvention sur le prix est une des sources de dysfonctionnement du marché et de mauvaise allocation des ressources. Ils réclament sans cesse un « Etat minimal national au profit de la Gouvernance mondiale et du marché en tant que mécanisme autorégulateur des prix ».

Les éventuelles conséquences sont diversifiées dont les retombées néfastes peuvent empoisonner la vie sociale et politique si l’Etat n’envisage pas de mettre en œuvre des mesures compensatoires.

Midi. Si on parle d’indicateurs, quelles seront les tendances ?

Elles seront indiquées par une augmentation des recettes de l’Etat par le retour de l’aide budgétaire, la suppression des Droits et Taxes à l’Importation sur les produits pétroliers ;

Une diminution des dépenses supplémentaires de l’Etat par la suppression de taux de change préférentiel aux compagnies pétrolières pour l’importation des produits pétroliers et les subventions accordées aux compagnies pétrolières ;

Une dépréciation de l’Ariary suite à l’effet du mécanisme autorégulateur du marché des monnaies (offres et demandes de l’Ariary et des devises) ;

Une forte hausse généralisée des prix de transport, des produits locaux, des marchandises importées tels que des inputs de production, des médicaments, etc.

Une explosion sociale et intensification de la pauvreté conjuguées d’une instabilité politique ;

Une redistribution des revenus des consommateurs (voyageurs, ménages, etc.) vers les distributeurs des produits pétroliers.

Une pratique éventuelle des accords illicites entre les compagnies pétrolières sur la fixation des prix.

Bref, l’Etat devrait concocter des solutions à ces cas avant de lancer le processus de retour progressif à la vérité des prix.

Recueilli par Antsa R.

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