Industrie du savon : Des industriels locaux menacés par la hausse du droit de douanes

Jacaranda
Avant de devenir savon, le bondillon subit une transformation industrielle qui utilise de la main d’œuvre.
Avant de devenir savon, le bondillon subit une transformation industrielle qui utilise de la main d’œuvre.

Le débat est encore vif sur la taxation des bondillons, du côté des producteurs de savons.

Les savonneries qui utilisent les bondillons comme matière première de base sont-elles des unités industrielles ? Pour les dirigeants de la Savonnerie et Huilerie du Vakinankaratra, leur système de production répond parfaitement à la définition de l’industrie qui est la production de biens par la transformation des matières premières.

Industrie à part entière. En effet, le bondillon figure parmi les intrants de fabrication du savon ménager, puisqu’il doit encore être mélangé avec de l’oxyde de titanium pour son durcissement, un autre produit chimique moussant et du parfum industriel. Le tout, mélangé avec un procédé de fabrication utilisant en tout 5 machines de production que font tourner quotidiennement plusieurs dizaines d’ouvriers, parmi les 120 employés permanents et saisonniers de l’entreprise, la SAHVA soutient, ainsi à juste titre qu’elle est une industrie à part entière. Seulement d’autres savonniers qui utilisent un procédé plus long ne l’entendent pas de cette oreille. Ces industriels qui utilisent en amont du suif, de l’huile de palme mélangé avec de l’acide pour produire le bondillon avant les autres étapes vers le savon estiment en effet que la production à base de bondillon ne relève pas de l’industrie de la savonnerie.

Matière première de base. Les débats sur fonds de trafic d’influence avaient d’ailleurs provoqué le changement de nomenclature douanière du bondillon dont le taux du droit de douane était passé de 5% à 10% depuis 2013. Un changement qui a obligé l’administration à changer la dénomination des bondillons qui était considéré auparavant comme du liquide, poudre, granulé à usage industriel. En tout cas, dans son état actuel, le bondillon qu’on ne peut d’ailleurs pas utiliser pour la toilette et la lessive sans avoir subi une transformation, est par nature une matière première de base de production de ménage. Seulement, les savonniers classiques, pour des raisons de concurrence ont travaillé pour une surtaxation des bondillons par rapport aux autres intrants. Un lobbying est actuellement enclenché pour faire passer ce taux de droit de douanes de 10% à 15%. Une augmentation de taux qui signerait la mort des savonniers utilisant le bondillon comme matière première.

Perte d’emplois. En effet, avec un droit de douane de 15%, les savonniers comme SAHVA perdront à coup sûr leur compétitivité. Soit, ils seront obligés de vendre à perte, soit ils fermeront tout simplement la porte. Avec ce que cela suppose de perte d’emplois directs et indirects. L’autre possibilité de se maintenir pour ces industriels qui seront pénalisés si cette augmentation du taux de droit de douanes se concrétise, est de délocaliser leur unité de production dans d’autres pays de la région, pour pouvoir bénéficier des avantages tarifaires du COMESA et faire introduire leur production sans payer des droits et taxes douanières. Bref, certains industriels locaux se trompent d’adversaires, car en réalité, l’ennemi commun à abattre ce sont les savons importés, dont le volume est actuellement de 7500 tonnes par an et qui entrent facilement dans le pays. Malheureusement, au lieu de faire front commun, certains industriels préfèrent nuire aux autres.

R.Edmond

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