Filière vanille : Le label Madagascar fortement menacé, les planteurs haussent le ton

Assise nationale sur la vanille à Sambava, samedi dernier.
Assise nationale sur la vanille à Sambava, samedi dernier.

De nouvelles pratiques risquent de nuire à toute la chaîne de valeurs de la filière vanille. L’Etat doit être plus actif face à la situation, d’après les opérateurs, lors de l’Assise nationale sur la vanille qui s’est tenue à Sambava, samedi dernier.

Le prix du kilo de la vanille dépasse les 500.000 Ariary à Sambava, alors que la saison de récolte ne fait que commencer. Ce qui traduit une forte hausse par rapport à l’année dernière, où le cours moyen était à 150.000 Ariary, d’après les planteurs. Ravis de ce prix très rémunérant, ces derniers sont également inquiets sur l’avenir de la filière. En effet, cette forte hausse s’est déjà produite en 2003 et a abouti à une crise de la vanille en 2004. « La situation est encore plus inquiétante pour cette fois, car un fait nouveau se produit. Nous savons tous que la vanille de Madagascar est réputée pour sa forte odeur de parfum. Mais aujourd’hui, quelques opérateurs fortunés ont investi dans l’utilisation de machines fast curring avec séchoirs, découpeuses et incubateurs, capables de booster le taux de vanilline. Tout d’abord, ces opérateurs achètent une grande quantité de vanille, même celles qui ne sont pas encore matures. Ils les mettent ensuite en four pour un séchage rapide, puis découpent les gousses pour enfin les mettre sous vide. Avec ce procédé, non seulement la vanille de Madagascar n’a plus la même odeur qu’auparavant, mais des milliers d’emplois sont également menacés. Notre vanille est unique, grâce au travail manuel durant le processus de traitement. Mais face à la situation actuelle, la Grande-île pourra perdre sa place sur le marché international », a dévoilé Ravelonjohany, un opérateur de la vanille participant à l’Assise nationale. Il faut croire qu’avec les machines, Madagascar perdra son point fort et devra s’aligner avec les autres pays producteurs de vanilles ; des pays qui ont également leurs stratégies pour la compétitivité.

Contrôles. C’est surtout la récolte précoce de la vanille qui inquiète la majorité des opérateurs de la vanille dans la région SAVA. Selon eux, l’Etat doit prendre sa responsabilité pour sauver la filière. A noter qu’une forte délégation composée du ministre d’Etat, Rivo Rakotovao, du ministre du Commerce et de la Consommation Henri Rabesahala, du ministre des Transports et du Tourisme, Ulrich Andriantiana, des parlementaires et d’autres hautes autorités ont assisté à cette Assise nationale. Face aux revendications des planteurs, des collecteurs-conditionneurs et des exportateurs, ces représentants de l’Etat ont affirmé que les contrôles seront désormais renforcés pour une application stricte des réglementations en vigueur. « La loi et réglementations sur la vanille n’ont pas été appliquées convenablement, suite à la pratique de mauvaises habitudes. Mais pour protéger la filière, cela doit changer. Nous allons relancer la Plateforme nationale de la vanille (PNV) pour faciliter les échanges et la communication entre l’Etat et les opérateurs de cette filière, et voir comment apporter des améliorations dans les activités. Comme toute chose évolue, nous envisageons également de réviser la loi, avec la Plateforme. En attendant, un inventaire sera fait par l’EDBM », a annoncé le ministre du Commerce, Henri Rabesahala, après la clôture de l’Assise nationale. Cet événement avait d’ailleurs pour thème : « Pour une filière vanille structurée et professionnel ». Il reste à savoir si la tenue de l’Assise aura ses impacts pour sauver la filière, aujourd’hui menacée.

Antsa R.

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